Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société générale tenu pour responsable d’une perte de 4,9 milliards d’euros en 2008, a mis en danger la banque et ses salariés, a dit un de ses collègues au tribunal de Paris.
Entendu comme témoin au troisième jour du procès, Selim Nemouchi a contesté les affirmations du prévenu, dont la principale ligne de défense est que ses pratiques étaient courantes à la banque et dans le domaine de la finance.
Mais la défense de Jérôme Kerviel a contesté sa déposition en montrant qu’il avait lui-même bénéficié des gains initiaux de l’ancien trader grâce à un transfert en 2007.
Selim Nemouchi a présenté son métier d’une manière assez similaire à celle de la banque.
« En tant que trader, on a tous des objectifs et des limites à respecter. Il (Jérôme Kerviel) a mis la banque en danger, je suis assez déçu par son comportement », a dit le témoin, qui était au moment des faits un ami du prévenu.
« On se bat pour faire gagner un petit peu d’argent à la banque au quotidien avec des limites. Là, on n’est plus du tout dans une activité de trading », a-t-il ajouté.
Pour Selim Nemouchi, les prises de position à risque vertigineuses de 2005 à 2008 prises par Jérôme Kerviel sur des indices boursiers européens, ayant atteint plus de 49 milliards d’euros, étaient « débiles ».
Me Olivier Metzner, avocat de Jérôme Kerviel, a d’abord ironisé sur cette déposition en lançant à Selim Nemouchi : « Si vous disiez le moindre mal de la Société générale, pensez-vous que vous pourriez encore prendre votre poste demain ? ».

« SPIRALE »

L’avocat a repris les dépositions de Selim Menouchi à la police, où il déclarait que la « rumeur » avait déjà fait connaître en interne à la Société générale que Jérôme Kerviel avait fait des gains exceptionnels en 2007.
Le dossier, produit aussi par Me Metzner, montre qu’une partie de ces gains a été transférée au crédit de trading de Selim Nemouchi, qui travaillait dans une autre unité.
Jérôme Kerviel avait gagné au 31 décembre 2007 1,4 milliard d’euros mais avait déclaré seulement 50 millions d’euros, ce qui était déjà un chiffre exceptionnel.
Il a poursuivi début janvier ses manoeuvres en engageant davantage d’argent, jusqu’à près de 50 milliards d’euros, alors que se profilait l’effondrement des marchés dû à la crise des « subprimes ». « J’étais dans une spirale », a-t-il dit au tribunal.
Me Metzner a aussi fait projeter sur l’écran du tribunal un document retrouvé dans les scellés, interne à la banque, qui affiche comme limite d’engagement nominal des traders sur l’activité de Jérôme Kerviel le chiffre O.
Claire Dumas, représentante de la banque, a reconnu qu’en effet, il n’existait pas de limite nominale, mais que les traders avaient l’obligation de prendre une « couverture », une position sur le même produit dans l’autre sens afin de limiter le risque.
Selon Claire Dumas, divers systèmes de contrôle et de récapitulation des activités des traders existaient, mais il n’était pas possible d’y détecter les gains faramineux de fin 2007, soit 1,4 milliard d’euros, ou les commissions payées aux courtiers pour passer les ordres de Jérôme Kerviel.
C’est lors de la liquidation des positions de Jérôme Kerviel entre le 21 et le 23 janvier 2008, par un autre trader de la banque, que ce gain est devenu une perte de 4,9 milliards.
La banque y était contrainte selon Claire Dumas car elle risquait une perte pouvant aller jusqu’à 29 milliards, et donc l’explosion.
Le procès se poursuit vendredi. Poursuivi pour « faux, usage de faux, abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique », le jeune homme de 33 ans encourt jusqu’à cinq ans de prison et 375.000 euros d’amende.

Reuters