« Régulièrement, la presse se fait l’écho de maltraitances mais rien n’y fait et il est toujours normal pour un homme algérien de lever la main sur sa femme, sa petite amie, sa fille, sa sœur, etc… »

La phrase vous semble un rien stigmatisante ? Elle figure noir sur blanc dans le guide « Le Petit Futé » sur l’Algérie. C’est un riverain qui nous l’a signalé, après lecture du quotidien algérien El-Watan qui signait lundi 23 août un article outré sur le guide de voyage.

Après avoir tardé à réagir, Jean-Paul Labourdette, directeur de la collection, nous a rappelé de l’étranger ce jeudi midi. Pour dire à son tour son « étonnement » :

« Ce guide a plus de deux ans, c’est sa quatrième édition, il a été relu par nous et validé par le bureau de la censure des autorités algériennes… Je ne comprends pas bien pourquoi El-Watan fait cette polémique aujourd’hui. Pourquoi s’attaque-t-on au “Petit Futé” ? »

« Nous faisons la promotion de la destination ! »

Pour désamorcer les critiques qui commencent à poindre, l’éditeur affirme qu’il est au contraire parmi les seuls à « faire la promotion de l’Algérie » – « Le Quai d’Orsay nous l’a même parfois reproché ! »

Parce qu’il assume « ne pas tout peindre en rose », le patron du « Petit Futé » endosse l’intégralité des extraits dénoncés par El Watan qui épingle notamment des phrases comme celles-ci :

  • Page 105 : « Le nouveau code de la famille présenté par Bouteflika en mars 2005 est loin d’être satisfaisant. L’idéologie islamiste a complètement assombri le regard des hommes sur les femmes. On voit, mais on ne connaît pas la femme. On ignore ou on en veut à celle qui par sa seule existence vous attirera dans les filets du mal. Comme ailleurs, et peut-être plus qu’ailleurs, les femmes sont souvent rabaissées, voire battues… »
  • Page 460 : « Ce qu’il vous faudra chercher à éviter à tout prix, c’est de donner prise aux ragots, l’une des principales activités algériennes, que ce soit dans un petit village ou à Alger ! »
  • Page 106 sur la prostitution : « A Alger ou à Oran, du Club des Pins aux cabarets les plus miteux en passant par les restaurants, les bars d’hôtel et bien sûr Internet et les sites de rencontres, des dizaines de filles cherchent une vie meilleure malgré les tabous, malgré le hijab facilitant paradoxalement les choses. »

« La société algérienne telle que l’auteur l’a ressentie »

Jean-Paul Labourdette, lui, rétorque qu’il faut « s’intéresser à l’intégralité de l’ouvrage », mais aussi qu’il y a « quand même des réalités » :

« Ça n’a rien de stigmatisant. Je ne vois pas pourquoi l’auteur n’aurait pas le droit d’écrire l’analyse qu’il fait de la société algérienne telle qu’il l’a ressentie. Une partie des extraits critiqués figuraient d’ailleurs dans les éditions précédentes et il n’y a jamais eu de problème.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas décrire notre vision. Surtout que des dizaines d’articles dans la presse européenne relatent ces faits, par exemple sur la situation des femmes, la corruption, le système économique du pays. »

D’autres passages, moins immédiatement stigmatisants, continuent d’agiter la polémique de l’autre côté de la Méditerranée. El-Watan épingle par exemple que « Le Petit Futé » souligne l’absence de papier toilette ou le piètre confort du parc hôtelier.

Pour lester sa défense, « Le Petit Futé » assure que les commentaires sur le site d’El-Watan et les échanges sur Facebook sur la sujet donnent raison aux auteurs du guide. Pour Jean-Paul Labourdette, la question principale demeure toutefois :

« Qui et pourquoi s’en prend-on au “Petit Futé” ? »

Le patron du guide précise qu’à l’occasion de la cinquième édition, à paraître d’ici quelques semaines, « deux ou trois phrases seront peut-être modifiées » à la marge, mais pas « ce qui rend compte de réalités factuelles ».

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