Des évangélistes américains invitent à brûler un coran

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Le général Petraeus condamne une initiative qui augmenterait les risques courus par les soldats américains.

Ce n’était au départ que le projet d’une poignée d’évangélistes américains. C’est aujourd’hui une polémique mondiale. L’intention affichée du Dove World Outreach Center, une église fondamentaliste de Floride, de brûler en public un coran à l’occasion du 11 Septembre a forcé le général David Petraeus en personne à intervenir.

Dans un communiqué, le commandant des forces militaires en Afghanistan souligne le danger que l’autodafé ferait courir aux troupes américaines. «Les images d’un coran en flammes seront sans aucun doute utilisées par les extrémistes en Afghanistan et dans le monde pour exciter l’opinion et inciter à la violence.» L’ambassade américaine à Kaboul a de la même manière condamné cette «tentative délibérée d’insulter une communauté». Mardi, la Maison-Blanche s’est dite préoccupée par la situation.

Diplomates et militaires redoutent que les photos de l’incendie attisent l’antiaméricanisme comme, en leur temps, les images des tortures infligées aux prisonniers d’Abou Ghraïb.

Ces inquiétudes n’ont rien d’exagéré. Lundi, plusieurs centaines de manifestants se sont regroupés devant une mosquée des alentours de Kaboul pour brûler des drapeaux américains et des portraits du pasteur de Dove Center. La colère ne se limite pas à l’Afghanistan. Elle a gagné tout le monde musulman, où l’on ne transige pas avec le respect dû au livre saint. Mardi l’Iran a ainsi prévenu que la profanation déclencherait des réactions «incontrôlables». «Nous conseillons aux pays occidentaux d’empêcher l’exploitation de la liberté d’expression pour insulter les livres saints, sinon les sentiments que cela provoquerait dans les nations musulmanes ne pourraient être contrôlés», a insisté le porte-parole des Affaires étrangères à Téhéran.

En Indonésie, pays musulman le plus peuplé du monde, des radicaux ont déjà manifesté devant l’ambassade des États-Unis à Jakarta et menacé de déclencher une guerre sainte. Les chrétiens de l’archipel, redoutant d’être les premières victimes de la vindicte, ont exhorté Barack Obama à intervenir. Brûler le coran «nous ramènerait au Moyen-Âge et constituerait un acte contre la civilisation», a expliqué l’Union des églises protestantes d’Indonésie.

Ces tensions interviennent alors que l’anniversaire du 11 Septembre est plus que jamais utilisé comme une tribune par les islamophobes américains. La construction d’un centre islamique près de Ground Zero a, ces dernières semaines, déchaîné les passions.

L’an dernier, le Dove World Outreach Center, un groupuscule fondé en 1986, avait distribué des tee-shirts affirmant «L’islam est diabolique». L’initiative avait fait les unes des journaux. Cette année, la cinquantaine de membres de l’Église baptiste a donc décidé de passer de l’insulte au blasphème.

Interrogé sur CNN, Terry Jones, le pasteur du Dove Center, a certes reconnu qu’il serait «tragique» que des vies soient perdues à cause de son projet. Mais, a-t-il ajouté, «j’ai le sentiment que nous devrons tôt ou tard résister à l’islam».

Il n’est pas certain que les prières et les appels à la raison du général David Petraeus parviennent à le faire changer d’avis.

lefigaro.fr