Les ensorcelés paru le 26 août aux éditions Buchet-Chastel

Mettre des mots sur l’innommable, donner un sens à l’absurde, trouver une issue. Une chape s’abat au sol, laissant le sol trembler et traçant des fissures à jamais béantes : « Au commencement fut l’assassinat de ma mère et de ma sœur »

Dans son livre Les ensorcelés, Fadéla HEBBADJ nous livre d’abord ce que fut ce cri assourdissant. Pourtant quelques instants plus tôt, la vie de la petite
fille de six ans qu’elle était alors dessinait encore dans les airs les volutes acidulées du bonheur. Une enfant libre découvre, espiègle, tous les tons de
l’amour. Aucune autre vérité, rien d’autre n’existait, rien d’autre ne pouvait exister que ce fidèle paradis.
Et le monstre survint, cortège funeste. D’abord le crime de la mère et de la sœur de Fadéla HEBBADJ. Mais le monstre réservait son autre profil. La justice française expédia l’affaire, sans enquête, sans instruction.

Puis une sentence infâme, le non-lieu. L’assassin d’une mère de trente-quatre ans et de sa fille de dix-sept ans fut libéré suite à un non-lieu. D’un mot, une justice dévoyée niait, taisait une réalité hurlante. Non-lieu.

« Une vie interminable allait suivre », Fadéla HEBBADJ nous ouvre, page après page, les portes de la drôle de maison que devint sa vie. Bien au-delà de la narration d’un fait divers odieux et du traitement judiciaire ignoble, nous découvrons là une écriture forte, généreuse, tantôt corrida, tantôt mélopée,
écriture salamandre traversant les flammes pour se livrer sans fard et sans pudeur. Cette écriture s’incarne, elle devient minotaure et défie le labyrinthe
d’une réalité scélérate. Ses sabots frappent le sol et nous intime d’écouter et de comprendre.

Ce texte puissant creuse et inscrit sur nos tablettes un alphabet nouveau, celui de l’homme debout, capable de démasquer les vérités de fiel et de
découvrir un monde, le nôtre. Un monde que nous finirons bien par devoir voir en face. Tendez l’oreille, n’entendez-vous pas le souffle du minotaure.

Jamila KIRAM