En 1999, pour marquer son retour en Algérie, Bouteflika s’était présenté comme l’homme providence dans un pays où le peuple croit encore que le changement peut venir d’un seul homme, et non pas qu’il soit le résultat d’un effort collectif.

Durant ses deux premiers mandats, Bouteflika s’est assené la tâche « de relever l’Algérie et de la réconcilier avec elle même ». L’ambition d’être l’homme providence est une qualité, mais le pouvoir est enivrant.

Bouteflika est un homme du système, avant toute autre chose. C’est la transcendance de soi qui permet de réaliser des faits marquants. Dans ce domaine, Bouteflika s’est avéré incapable. Tout pareil comme ses homologues arabes.

Par ailleurs, vouloir rester président, juste pour le titre, est l’autre ambition cachée du président, certainement celle qui le motive le plus, mais qu’il n’osera probablement jamais avouer publiquement. Alors on maquille la réalité par des grands discours, pour mieux la travestir.

Bouteflika vieillit mal; plutôt que de cultiver la sagesse, il cultive le culte de sa personnalité.

Décider de rester au pouvoir à 72 ans, c’est une pratique que l’on rencontre que dans les pays réfractaires à la démocratie par les urnes !

La parenthèse de 1988, avec tous les espoirs qu’elle avait pu suscité, va vraisemblablement laisser place à un retour à la case du « faux départ » du début: le changement dans la continuité, à savoir la pratique d’un pouvoir sans partage, comme au temps du parti unique.

Concernant notre président fraîchement « réélu », il faut savoir que tout homme politique qui se respecte, dressera un jour ou l’autre le bilan de son parcours. Il osera enfin se livrer à une autocritique pour savoir quel homme il fut.

Le jour où Bouteflika fera le bilan, et tirera les conclusions qui s’imposent, sans faux semblant; alors ce jour là , son dernier plébiscite, avec 90 % des voix, lui causera un véritable cas de conscience. Ce n’est pas le score d’un démocrate, loin s’en faut, mais plutôt d’un Ben Ali, le président tunisien.

Bouteflika, comme le peuple algérien au lendemain du scrutin, aura du mal à avaler ses propres couleuvres, tellement elles sont énormes.

Ou bien-et c’est une autre hypothèse tout à fait plausible- Bouteflika aurait déjà tiré son bilan, qui se résumerait à cette posture égoïste : « après moi, le déluge »…

Fayçal Anseur