Armande Altaï, la directrice de la Star Academy Française, se confie à Algerie-Focus.com, et nous parle dans l’interview qui suit de son attachement à l’Algérie, pays de son enfance.

Dans votre livre*, vous évoquez l’Algérie, votre bref séjour avec votre famille à Alger – rue Michelet, square Bresson – la guerre, mais aussi la vie, celle de votre sœur qui a échappé à un attentat à la bombe à Médéa grâce à deux mystérieux bienfaiteurs algériens…

Effectivement. Mon père était un officier dans l’armée Française, pas très sympathique et un peu trouble. Il était revenu d’Indochine avec une autre femme et deux filles et un garçon, mes demis frères. Après l’éclatement de la guerre d’Algérie, il est retourné à Alger accompagné de ses ces trois enfants et de sa nouvelle femme, mais cette dernière l’a quitté en laissant derrière elle les deux filles. Il a alors fait appel à ma sœur (Paule) pour les prendre en charge. Elle les a trouvées dans un état lamentable, délaissés. Un jour, elle a décidé de les emmener au marché de Médéa pour leur acheter des vêtements neufs, des fruits. A ce moment là quelque chose de terriblement étrange s’est passée. Elles devaient être suivies. Deux jeunes gens algériens se sont jetés sur elles et les ont mises dans une rue, tout de suite après, une bombe a explosé dans le marché. Elles étaient donc sauvées par ces jeunes qui connaissaient mon père. Ils les ont ensuite accueillies dans leur famille où elles sont restées quelques semaines, très bien traitées, gâtées même. J’ai trouvé ce geste fabuleux. C’est une leçon d’humanité. Je pense qu’il y’a des trésors d ‘humanité merveilleux comme cette famille algérienne. Il y’a plein d’espoir grâce à des gens comme ça….

Il parait que vous avez des liens de parenté par alliance avec une grande figure de l’histoire algérienne et de la résistance en l’occurrence l’Emir Abd El kader… !

C’est une histoire un peu rocambolesque. Mon oncle le frère de ma mère, un architecte de métier, voulait à un certain moment s’éloigner de la Turquie. Il avait trouvé un poste de gouvernant enseignant dans une famille à Nice, en France. En fait, c’était la famille de la petite fille de l’Emir Abd El kader. Mon oncle s’occupait de l’éducation de ses enfants. Par la suite il est tombé amoureux de Zola, l’une de ses filles, belle avec des yeux bridés. Mais cette dernière était promise à un autre. Alors ils ont décidé de s’enfuir. Ils ont été poursuivis. Ils se sont mariés clandestinement. De cette union sont nés deux de mes cousins germains : Hannibal et Gouten ; ils sont restés longtemps honnis par les deux familles, mais avec le temps, on leur a pardonné et de nouveau ils sont retournés dans le clan Niçois…

Vous aviez signé la pétition qui circulait sur le net, lancée par des personnalités françaises et algériennes, pour « demander aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie ». Pourquoi ?

Évidemment que j’ai signé la pétition. Le pourcentage des jeunes est immense en Algérie, ils ont donc besoin de reconnaissance et d’espoir en l’avenir. Il faut cesser d’opposer le pire des uns au meilleur des autres. La France moderne doit reconnaître que l’esprit de conquêtes et de profits des hommes du 19ème siècle avec son cortège de crimes et de racisme, ne doit plus être. Néanmoins, une minorité conservatrice s’obstine à penser que le colonialisme avait « des côtés positifs ». Il est absolument nécessaire de regarder le passé dans les yeux, ne jamais oublier que la torture avait été « autorisée » à partir de 1957…

On ne peut pas effacer 132 ans de mitoyenneté culturelle. Et la France et l’Algérie peuvent s’apporter mutuellement énormément de richesses.

Pensez-vous que Sarkozy est l’homme de ce rapprochement, entre les deux peuples algérien et français?

Notre président actuel à vouloir trop ouvrir l’éventail risque de le briser. Il veut plaire aux conservateurs, mais il a tellement besoin d’être aimé, que s’il sent qu’une majorité plus progressiste emporte le combat des idées, il ferait tout pour leur plaire aussi, pour rester au pouvoir. Ce qui peut être une chance (rires)

Votre mère est une turque musulmane née à Damas. Enfant, elle vous a bercé par de la musique de tous genres, y compris la musique orientale : Oum Kalthoum, Asmahane…Est-ce que ce frottement par la musique au monde oriental a eu de l’influence sur votre carrière de chanteuse. ?

Je suis faite de cette musique. Ma mère dormait en écoutant Oum Kalthoum. Nous connaissons -mes sœurs et mon frère- toutes ses chansons phonétiquement par cœur. Ma mère est morte, d’ailleurs, sur cette musique. Nous l’avons retrouvé le lendemain avec radio le Caire à fond. Cette langue et cette musique orientale m’émeuvent énormément. Nous parlions le Turc et l’Arabe, mais nous les avions oubliés quand nous sommes venus vivre en France. Je suis profondément marquée par Oum Kalthoum qui me fait pleurer quand je l’écoute. Et puis aussi Mohamed Adb El Wahab, Farid El Attrache, Fairrouz. Tout ça est vieux maintenant, mais c’étaient les héros de ma mère…

Et la musique algérienne… ?

Quand je regarde la chaîne algérienne « ALGERIE TV », je m’aperçois qu’il y’a des voix sublimes avec des vibratos extraordinaires, moins lascifs que ceux du moyen orient, avec des ornementations qui flamboient à la manière du flamenco, des finesses musicales approchant du style modal du Jazz. Des jeunes qui chantent des chansons dont je ne comprends pas les mots, mais musicalement je trouve ça magnifique. Pour mon nouveau disque, je me suis laissé aller à toutes ces inspirations orientales.

Les grands chanteurs de raï, comme Khaled par exemple , ont fait des duos avec pas mal d’artistes connus mondialement. Seriez- vous intéressés de vivre une expérience pareille. ?

Ce serait merveilleux, mais j’ai peur de me sentir frustre à côte de la finesse de chanteurs comme Mami qui a un niveau international (sourire), mais je serais honorée, effectivement.

La Star Academy est arrivée jusqu’au Liban, qui a organisé un concours interarabe de la chanson orientale. Si on vous proposait de parrainer une Star Academy en Algérie, ou dans un autre pays arabe, accepteriez-vous de le faire ?

Au Liban, il y’= avait des éléments formidables. Je me rappelle d’un chanteur palestinien qui a fait pleurer toute la Palestine. J’ai trouvé ça magnifique.

Je ne pourrais pas donner des cours en arabe, mais si l’occasion se présente je donnerais volontiers des cours en français ; je serais très curieuse d’assister à un cours oriental, je serais moi-même ravie d’apprendre ces techniques Lorsque je regarde sur le câble les chaînes des différents pays orientaux, je me rend compte que les jeunes chanteurs ont quelques choses de très moderne même psychédélique, sans rien perdre de leur racines et de leur couleur d’origine. Et je pense même que la musique de la jeunesse occidentale commence à se laisser imprégner par les rythmes, les instruments et les voix orientales Je n’ai pas encore entendu un oriental chanter faux. J’entend, par exemple, dans les voix des chanteurs algériens quelque chose de fort, comme si l’Afrique a poussé sa corne de gazelle jusqu’en Algérie.

Si l’un de ces pays arabes vous invite à se produire devant son public, feriez vous le voyage ?

Pourquoi pas ? Il faut que je répète beaucoup pour être à la hauteur (rires). Je serais ravie bien sur.

Un mot pour vos fan(e)s dans le monde arabe…

Je suis intimidée ; je ne sais pas quoi dire…Ces fans là sont particuliers. Dès que je vois des gens orientaux, que je croise, que je connais ou que je reçois dans mes cours ; dès qu’ils se déplacent ils sont dans le swing, ils ont une espèce de justesse, d’harmonie. Ils sont plus amis avec leurs corps que certains occidentaux…Je trouve que les mélanges enrichissent toujours la musique…Inchallah.

Interview réalisé à Paris par Fayçal Anseur

« Cette musique qui me vient de loin ». Armande Altaï- JC Lattès www.armandealtai.com

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Armande Altaï en concert le 8 novembre 2010 à Alhambra à Paris