Les occidentaux font pression sur la Suisse… Et gagnent. Pourquoi pas les Algériens ?

Y a-t-il quelqu’un ou quelques-uns pour oser la dignité algérienne en 2011 ?
Le régime fiscal est le barème par excellence de la bonne gouvernance d’un pays et de la justice sociale qui y règne. Depuis le début de l’année 2010, les pays occidentaux se sont employés à récupérer quelques milliards de dollars que leurs contribuables nantis, jouissant du secret bancaire suisse, cachaient au régime fiscal de leurs pays respectifs. Nous, en tant qu’Algériens (c’est aussi le cas de nos voisins africains) au fait de l’ampleur de la saignée de nos économies nationales et le pillage que pratiquent nos classes dirigeantes et leur « partenaires » étrangers, nous regardons avec un œil, envieux certes, mais surtout embarrassé, ce ménage occidental (que nous rêvons de voir chez nous) mené par des services fiscaux intègres et compétents, à grand renfort médiatique et des rencontres au sommet entre les présidents des pays concernés.

Ce branle-bas de combat, et plus encore le zèle des fonctionnaires des différents gouvernements, pour retracer et récupérer les impayés d’impôt de leurs compatriotes récalcitrants, sont impressionnants et prouvent que la justice dans ces pays ne fait pas de compromis et ne tolère aucune impunité. Il ne s’agit pourtant que de fraudes sur l’impôt, et on ne parle pas de véritables crimes ni de pratiques maffieuses réservée par excellence à certains dirigeants du tiers-monde et dont l’Algérie, pour notre grand malheur, occupe l’humiliante place de haut du pavé.

Il faut bien savoir que l’évasion fiscale dont il est question ici, vise des revenus (souvent gagnés plus ou moins honnêtement) et dont les détenteurs refusent de déclarer dans leur propre pays pour ne pas payer de taxes, ni d’impôt. Cela n’a rien à voir avec ceux qui vident les caisses de leur l’État, ou détournent les biens publics. Mais, tout de même au pays du droit, ne pas déclarer la totalité de ses revenus aux autorités fiscales équivaut à subtiliser des recettes qui auraient dû atterrir dans les caisses de l’État et servir l’intérêt public. Commettre cet impair dans un pays qui se respecte, c’est porter atteinte aux principes fondamentaux de l’État de droit, qui matérialisent, d’une part, la cohésion de la société cimentée par la solidarité sociale entre ses différentes couches, et d’autre part, la crédibilité de l’État et de ses institutions, notamment à travers le contrôle et la redistribution équitable des richesses.

Cela semble aller de soi… si simple dans une société organisée, mais si laborieux, et par moment de grand découragement, quasi irréalisable dans des pays chaotiques, à l’instar du nôtre, où les tenants du pouvoir font fi des valeurs universelles et des règles de déontologie et d’éthique, qui sont indissociables d’une bonne gouvernance. Ils ont instauré un système de leur convenance : la « Hogra » dont les résultats effrayants s’affichent à l’échelle du pays. Et dans ce système le régime fiscal a un rôle de premier plan. Il incarne, à lui seul, une parfaite illustration des inégalités sociales et il contribue à l’appauvrissement des plus pauvres et à l’enrichissement des plus riches. Qui paie sa juste quote-part d’impôt en Algérie, exceptés les salariés qui sont retenus à la source? Et peut-être quelques petits commerçants qui n’ont pas de quoi graisser la machine. Et encore, ces derniers trouveront les moyens de le récupérer sur le citoyen consommateur.

Si toutes les opérations menés par les gouvernements occidentaux pour rapatrier les impôts de leur citoyens peuvent se chiffrer en quelques milliards de dollars, cela ne représente qu’une infime partie des sommes colossales subtilisées au trésor public algérien. En l’absence de chiffres fiables, les Algériens ont fait leurs comptes, ne serait-ce qu’à travers le nombre impressionnants de milliardaires qui planent au-dessus de la misère du peuple. Certains parlent de quelques 3000 milliards de DA de fuite! Même si ce montant peut sembler exagéré, il ne serait pas si loin que ça de la vérité. Et comme, l’Algérie est contrainte au cumul des mauvais records, il ne serait pas étonnant de trouver notre régime fiscal parmi les plus corrompus du monde. Cela doit faire mal à la fierté de beaucoup d’Algériens. Mais pas assez, apparemment, puisqu’ils ne s’en offusquent pas suffisamment, même ceux supposés être les gardiens du « temple » pour mettre fin au déluge infligé à leur pays et réhabiliter, aux yeux du monde, la dignité de leur peuple.

Mais au fond, y’a-t-il une autorité morale en Algérie pour imposer une bonne conduite aux gestionnaires des biens publics? Une autorité, dont l’action et l’objectif ne souffrent d’aucune compromission, voués aux seuls intérêts suprêmes de la nation? Une autorité soucieuse de l’intégrité de l’Algérie et de son peuple et qui puisse diligenter des enquêtes sérieuses et imposer à la Suisse, comme les gouvernements occidentaux l’on fait, de rapatrier les fonds publics détournés par des Algériens? La réponse semble évidemment négative puisque l’hémorragie des richesses nationales se poursuit au vu et au su de tout un chacun, sans pour autant soulever de révolte à la mesure de la catastrophe et des crimes qui se commettent jour après jour.

Quoi qu’on dise des gouvernants occidentaux (on ne parle pas de leur politique internationale) leur pratique de la gouvernance ne souffre que de petits larcins, qui ne portent nullement atteinte aux intérêts suprêmes de leurs nations respectives. Un voyage gratuit en bateau par-ci, une villa par-là, un passe-droit, à l’occasion, pour aider un proche, une petite enveloppe pour booster une candidature à l’élection, bref, pas de quoi fouetter un chat en terme de corruption, de détournement et de trahison. Du moins aux yeux des peuples habitués au pire. Et pourtant, peu de ces politiciens échappent à la vigilance citoyenne et journalistique, et sont souvent redevables pour ces petits larcins.

Nous, qui sommes rodés par la démesure des abus des nôtres, serions portés à fermer les yeux, tant ces petits privilèges nous sembleraient sans impact ni sur la vie de leurs citoyens, ni sur l’économie de leur pays. Mais dans un État de droit, les principes sont inviolables et les lois au-dessus de tous. Les gouvernants occidentaux ne sont pas blancs comme neige, loin s’en faut, il n’y a pas de parfait, ni en politique, ni ailleurs, mais la loyauté de ces gens envers leur pays et leur nation, sont à l’épreuve de tout. Ce qui est loin d’être le cas de leurs homologues arabo-musulmans et africains, en général et Algériens, en particulier, dont les cartes de visite débordent de crimes et de forfaitures en tous genres. Continuer de fermer les yeux dépasse l’entendement…

Zehira Houfani Berfas