Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a appelé à une marche pacifique à Alger, ce samedi, pour réclamer la démocratisation du régime. Une forte présence policière a empêché les manifestants de se rassembler.
Alger est bouclée. Les forces anti-émeute empêchent le rassemblement prévu par le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), ce samedi, pour exiger une « démocratisation » du pays. « La police empêche les manifestants de se réunir, témoigne Ahmed Tazir, correspondant de France 24 à Alger. Tout regroupement de plus de 10 personnes est dispersé. »

Un impressionnant dispositif policier a été déployé dès les premières heures du jour, quadrillant entièrement la ville. « L’ambiance est actuellement très tendue à Alger », raconte par téléphone Fayçal Métaoui, journaliste politique pour le quotidien indépendant « El Watan ». « Il y a des policiers partout, les entrées principales de la ville sont barrées, le trafic ferroviaire est arrêté, les bus sont contrôlés. Certains sont obligés de faire demi-tour, principalement ceux qui viennent de Kabylie « , poursuit-il.

Selon le journal « El Watan », des affrontements ont également éclaté en périphérie d’Alger entre les forces de sécurité et des manifestants qui tentaient de gagner la capitale. Parallèlement, selon le leader du RCD Saïd Saadi joint par France 24, des heurts auraient fait plusieurs blessés devant le siège du parti, encerclé par la police. Alger est en « état de siège », assure-t-il.

« Impasse historique »

Le RCD demande la libération des détenus politiques, la levée de l’état d’urgence en vigueur depuis 1992, le respect des libertés individuelles et collectives garanties par la Constitution, et la dissolution des assemblées élues, « à l’origine de toute l’instabilité politique dès lors qu’elles ont été imposées par la fraude électorale, selon Saïd Saadi. C’est un mot d’ordre très consensuel », assure le leader du RCD.

« Nous ne sommes pas simplement en état de crise politique, nous sommes dans une impasse historique, poursuit ce dernier. Il n’y a plus la moindre passerelle entre les autorités et la société. Si nous n’arrivons pas à enclencher un processus pacifique vers une phase de transition, la violence sera beaucoup plus dévastatrice en Algérie qu’elle ne l’a été en Tunisie ».

Vendredi, les autorités locales ont, pour leur part, appelé les résidents d’Alger à ignorer les appels à la manifestation prévue samedi devant le Parlement, à 11h.

« Il est demandé aux citoyens de faire preuve de sagesse et de vigilance, et de ne pas répondre à d’éventuelles provocations destinées à porter atteinte à leur tranquillité, à leur quiétude et à leur sérénité », indiquait un communiqué de la préfecture d’Alger.

Les manifestations sont interdites en Algérie depuis 1992, date à laquelle l’état d’urgence a été décrété.
Pour l’heure, la contestation populaire n’a pas abouti à une inflexion du gouvernement algérien. « Il est trop tôt pour dire si ce mouvement aura les mêmes conséquences que celui qui a lieu en Tunisie, estime Fayçal Métaoui. Les services de police algériens sont bien plus expérimentés qu’en Tunisie en matière d’émeutes, explique le journaliste. Mais effectivement, si rien ne change, si le gouvernement ne lâche pas un peu de lest, les choses risquent de se corser. »

France24