POST-MORTEM MARCHE (partie 1)

Nous sommes un petit groupe de citoyens qui n’appartenons à aucun parti, ni organisation quelconque. Notre dénominateur commun est notre algérianité. Nous nous sommes mobilisés depuis quelques semaines pour participer à la marche qui aurait dû avoir lieu hier samedi 22 janvier 2011. Nous avons mis beaucoup de temps et d’énergie pour organiser cette journée. Afin que tous les efforts fournis ne soient pas perdus, il est intéressant de revenir sur la journée, d’analyser et de débattre pour en tirer des leçons. Je vous propose cet article que nous allons discuter au sein de notre groupe afin de récolter le maximum de feed-back parmi les lecteurs de Focus. Quoi, comment et pourquoi c’est arrivé?

Je ne fustigerais pas ce gouvernement, car nous sommes tous d’accord que nos dirigeants sont corrompus, incompétents, démontrent et prouvent un mépris ouvert envers nous le peuple. Je préférerais me pencher sur nous. Que nous arrive-t-il? Pourquoi en sommes nous arrivés là ?

Le premier élément qui saute aux yeux est que ces dinosaures qui forment notre gouvernement on fait du bon travail. Je ne parle pas de la répression d’hier, je parle de ce travail de brain-washing (lavage de cerveau) que nous subissons depuis des décennies et sans broncher. C’est vrai que, excellent manipulateur, doit être le premier critère de sélection pour nos politiciens. Les fameuses dix stratégies de manipulation ont été testées et même perfectionnées sur nous par ce pouvoir. Le résultat est que nous sommes divisés, nous avons peur, et pire encore nous répétons les mots que ce gouvernement oppresseur a mis dans notre bouche. Nous sommes arrivés à réfléchir à travers le cerveau de notre oppresseur. Nous sommes tout un peuple qui vit une situation de violence. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la femme victime de violence conjugale. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la dynamique, je vous réfère à ce lien qui explique le cycle de violence conjugale. http://algerie-focus.com/2010/08/22/le-cycle-de-la-violence-conjugale/ . Je nous imagine, nous, les 36 millions d’algériens mariés à ce pouvoir et subissant sa violence depuis des décennies. Quelques personnes sont nouvelles au sein du gouvernement mais la dynamique reste la même. Je dis bien quelques personnes car on a l’impression que beaucoup sont là depuis 1962. D’ailleurs, le palais du gouvernement ressemble étrangement à une résidence pour personnes âgées.

Nous sommes divisés: L’expérience d’hier prouve notre division. La marche a échoué pour plusieurs raisons dont la plus importante est notre division. Un parti lance l’appel et tous les autres boycottent. Les raisons invoquées bonnes ou mauvaises foisonnent, mais si nous réfléchissons en termes de résultat, le gouvernement a gagné. Nous avons été les seuls à vouloir mettre les divergences de côté (ACA GROUP) et nous unir ne serait ce que pour une journée avec ce parti. Malheureusement, le groupe est encore jeune et nous ne comptons que 3000 membres. Le gouvernement a gagné et encore une fois a prouvé sa suprématie sur nous le peuple. En regardant les vidéos diffusant la marche, nous pensons plus à une marche de policiers. 20 000 policiers pour surveiller 4 chats. Oui, Monsieur le président, le message que vous avez émis hier est clair et bien compris, vous êtes vous et vos généraux les plus forts.

Le comble de l’histoire est qu’hier, une fois la marche tournée au fiasco, quelques organisations se sont réveillées pour décider, enfin, de s’unir et annoncer une marche pour une date ultérieure. Quel est l’objectif ultime? Régler notre problème en tant que peuple ou assister d’abord à un échec d’un parti quelconque? Ces organisations qui dévoilent la date de la marche prévue me poussent à aborder le deuxième point.

Nous avons peur: Pourquoi dévoiler la date? Si pour contrer un parti, le pouvoir a prévu 20 000 policiers, il demanderait peut être l’aide des américains pour mater la marche de toutes ces organisations. Non? Nous avons tellement peur que nous ne pouvons plus rien décider sans l’aval de notre oppresseur. Si nous apprenons de nos erreurs, il faudrait trouver le moyen d’organiser une marche surprise. Seulement, nous sommes trop divisés, nous ne nous faisons plus confiance. Nous avons peur de l’autre car l’autre pourrait être un infiltré ou pourrait travailler juste pour lui afin de faire partie du futur gouvernement. C’est un méchant cercle qu’il faudrait briser hier car aujourd’hui pourrait être trop tard, si on veut avancer. Imaginez vous dans un cercle, j’ai peur de l’autre donc je m’en éloigne, plus je m’éloigne, plus j’ai peur et plus je le déteste. Si on applique cela à toute la société, imaginez la paranoïa et même la schizophrénie que ce gouvernement sème en nous. Nous sommes à la veille de mettre nos pilules directement dans le tajine, pour toute la famille. C’est plus économique pour l’état. Le travail du pouvoir est excellent. Le résultat est flagrant.

Nous répétons les mots que ce gouvernement oppresseur a mis dans notre bouche:

1) Si Boutefflika part, il n’y a personne pour le remplacer. C’est une assertion fausse! C’est ce que le pouvoir a mis comme idée dans notre cerveau et c’est ce que le pouvoir a mis comme mots dans notre bouche pour le dire! Boileau a bien dit que le cimetière est rempli d’indispensables. Et, s’il venait à mourir? Je garde bien cet espoir, pas vous? De toute façon, nous savons tous, que pouvoir en Algérie ne veut pas dire seulement Boutef. Il y a Boutef, il y a les généraux, il y a les frères de Boutef et toute la horde d’hommes d’affaires et ministres autour, tout cela chapeauté par l’oncle Sam. Vous comprendrez bien, que contrairement aux tunisiens, un seul avion ne suffirait pas. On devrait inventer un train volant pour l’occasion. Tiens! J’oubliais l’opposition que je préférerais appeler la superposition. C’est vrai, au lieu de s’opposer, ces gens là ont fait le choix de se superposer au pouvoir. En plus, cela paye bien! Imaginez! Quel algérien refuserait de toucher 300 000 dinars, pour lever le bras de temps en temps en affirmant un gros oui! Il est vraiment malin, ce pouvoir, il a tout prévu.

2) Si nous nous révoltons contre ce pouvoir, les islamistes vont occuper la place. Encore une assertion fausse! Les islamistes ont le dos large! C’est devenu une arme galvaudée et désuète aux mains des despotes arabes. Benali a voulu l’utiliser comme dernier atout pour sauvegarder son trône et a échoué. Qui nous dit que ce n’est pas ce pouvoir qui encourage ou encouragerait un jour les islamistes? Qui nous dit que le pouvoir n’a jamais et ne fera jamais des sales coups qu’il mettra sur le dos des islamistes?

3) Si nous nous révoltons contre ce pouvoir, c’est à cause d’une influence extérieure. Troisième assertion fausse et en plus très irrespectueuse envers nous. Ce pouvoir veut nous mettre dans la tête que nous ne sommes pas assez intelligent pour réaliser notre mal-vie. Qui est influencé et même dirigé actuellement par les américains, le pouvoir ou nous? Qui a placé ce gouvernement, les occidentaux ou nous le peuple?

Pour finir, ce que je retiens de cette journée, est que nous autres, le peuple, nous encourageons ce pouvoir par nos comportements programmés par ce même pouvoir. Nous l’aidons à abuser de nous et à s’installer dans une zone de confort au détriment de notre bien être et au détriment de l’épanouissement de notre jeunesse. Ce gouvernement qui est tellement bien au palais, a développé le syndrome du vieillard. Un individu qui reste trop longtemps dans une place finit par penser qu’elle lui appartient. Ce pouvoir nous dit ce que lui veut qu’on entende. Avez-vous remarqué que nos politiciens marchent tous les fesses serrées de peur qu’il y ait un son de vérité qui s’échappe? N’avez-vous pas des fois l’impression que nous dérangeons ce pouvoir juste parce que nous existons en tant que peuple?

Ce texte est la première partie d’une réflexion sur le post-mortem de la marche d’hier. Selon ma perception des choses, j’ai essayé de souligner le pourquoi de l’échec de la bataille d’hier. Un prochain article se concentrera sur les faits qui se sont passés hier est qui me font penser que c’était un petit succès qui va nous permettre de gagner la guerre.

Nacera Kherbouche

Administratrice de Action pour le Changement en Algérie (ACA GROUP)