Des journalistes lancent une pétition contre Echourouk et Ennahar et dénoncent « la presse policière »

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Un groupe de journalistes et de citoyens algériens lance une pétition sur Facebook contre les deux journaux arabophones Echourouk et Annahar, qu’il accuse de servir de support médiatique au pouvoir en place et de pratiquer l’intox et la propagande. Un rassemblement est par ailleurs prévu le dimanche 30 janvier à la Maison de la Presse à Alger pour dénoncer ces pratiques.

C’est le journaliste Chafaâ Bouaiche qui a lancé la pétition. Il nous explique les raisons qui motivent cette action.

Algerie-Focus.Com : Pourquoi cet appel contre ce que vous qualifiez de presse « policière » et quels sont vos arguments ?

Chafaâ Bouaiche : Lors des dernières émeutes qui ont secoué l’Algérie, Echourouk et Ennahar, pour ne citer que ces «journaux», ont brillé par une propagande grossière et dangereuse contre les militants qui aspirent au changement dans notre pays.

Au lieu d’informer, ils ont préféré taire les événements pour sombrer dans la désinformation. Si les responsables des deux «journaux» sont en «guerre», il faut dire qu’ils se sont coalisés pour désinformer l’opinion publique sur les faits de la dernière révolte.

Des journalistes n’ont pas hésité à traiter les jeunes révoltés de «voyous» venant ainsi au secours du pouvoir en louant sa politique. Pire, lors de la dernière marche interdite du Rassemblement pour la culture et la démocratie à Alger, les deux quotidiens se sont érigés en porte-parole du pouvoir et de ses appareils sécuritaires.

Durant la semaine précédant la manifestation, ces journaux ont accentué leur propagande en rappelant, comme l’a fait la télévision unique, l’interdiction de la manifestation par le wali d’Alger, ceci pour faire peur aux citoyens.

Pire encore, Ennahar, le journal de Anis Rahmani, un ancien journaliste de Khalifa TV, s’est étonné de la décision d’un parti algérien d’organiser une manifestation «fi 3izi halet Ettawari’» ( en plein État d’urgence). Rahmani, le lendemain de la manifestation, a décidé d’ester en justice ce parti «pour avoir invité des journalistes à une manifestation interdite» !!

Pourquoi réagir maintenant et pas avant ?

Aujourd’hui, je pense que les journalistes algériens n’ont pas le droit de se taire. Il est de notre devoir de dénoncer les dérives de ces organes de propagande. Par notre silence, nous risquons de voir tous les journaux se «chouroukiser» et se «nahariser». Notre réaction est une manière de mettre en garde les autres journaux quant à leur manière de traiter l’information.

Si nous citons Echourouk et Ennahar c’est parce qu’ils sont les journaux préférés des services de sécurité et notamment de la police. Auparavant les policiers réprimaient les manifestants par «devoir professionnel», aujourd’hui, ils le font par « conviction ». Ainsi ils s’appuient sur les arguments d’Ennahar et d’Echourouk pour justifier la répression des Algériens.

Vous lancez une pétition pour dénoncer ces deux titres et vous comptez organiser un rassemblement à la maison de la presse, le dimanche 30 janvier. Votre action a-telle eu les échos escomptés notamment auprès des journalistes ?

Des journalistes ont signé la pétition, d’autres qui ne l’ont pas fait participeront à ce rassemblement. Il n’y aura peut-être pas grand-monde dimanche, mais le plus important est de mener notre action.

SI les journalistes manquent d’engagement c’est peut-être du à l’absence d’un syndicat ou de toute autre organisation crédible.
Nous avons espoir que notre action puisse ouvrir des perspectives. Pour ainsi envisager d’autres actions et d’autres formes d’organisation.

4- Quelle est la situation de la presse algérienne aujourd’hui. Quelles sont ses limites en matière d’indépendance éditoriale ?

La situation de notre presse est catastrophique sur tous les plans. Beaucoup de journalistes touchent des salaires dérisoires et vivent dans la détresse. Dans le même temps, des patrons de journaux sont devenus milliardaires. En l’absence d’une dynamique sociale susceptible d’ouvrir des perspectives, les journalistes acceptent leur sort.
Un exemple pour illustrer l’ambiance : un directeur d’un journal a décidé hier d’imposer aux journalistes une feuille de pointage.
Quant à la ligne éditoriale, beaucoup de journaux ont plutôt une « ligne téléphonique », ceci pour reprendre l’expression d’un pseudo directeur d’un pseudo journal.

Propos recueillis par Fayçal Anseur