En Algérie, un peuple mène un combat contre des pressions financières sordides, intenables, insupportables. L’Etat Algérien, en concertation avec la politique européenne, bloque l’immigration. Complice de lois extérieures abjectes. Mais quelles sont les chances qu’il propose à son peuple ? Comment dans un pays très riche, peut-on vivre avec 100 ou 150 euros par mois avec une famille à charge ?

Ce n’est pas la première fois que le peuple s’insurge contre le pouvoir politique, mais c’est la première fois qu’il gagne, en précédant les actions meurtrières éventuelles des militaires. Rien ne peut arrêter la colère d’un homme qui désire construire son avenir. Mais il s’agit là d’un peuple.

Les émeutes du 5 Janvier 2011, laisse une trace mémorable, cette date marque un tournant décisif dans l’histoire nouvelle de l’Algérie. Elle nous ramène à une date historique, celle du 5 Octobre 1988.

L’Algérie, depuis longtemps, désire tenir son avenir en main.
Je me souviens de Chadli, soucieux uniquement des destructions matérielles plutôt que des morts tués par son armée.

Je me souviens de la honte ressentie par mon père en le voyant à la télévision, s’inquiéter pour des biens détériorés dans les magasins. Mon père qui a fait la guerre pour une Algérie fière, désœuvrée par un homme soit disant politique, préoccupé par des questions matérielles.

L’état de siège décrété à Alger. Toutes les autorités administratives et de sécurité, placées sous le commandement militaire qui tuent dans la rue.

Comment ne pouvions-nous pas penser au massacre de Sétif ? Comment ne pouvions-nous pas penser à nos anciens bourreaux ? Des victimes fauchées par des balles perdues puis des tortures. Que fait l’Etat à son peuple ? Il agit comme ses anciens bourreaux.

Les stocks de produits de premières nécessités sont pourtant pleins mais au lieu de distribuer de la nourriture, on tire. Comme si il était plus productif pour le pays de gaspiller des balles dans le ventre d’hommes et d’enfants qui réclamaient de l’espoir. L’armée tire sur une foule, les morts sur la route. Comment ne pas penser aussi à Kateb Yacine, au milieu d’un amoncellement de cadavres ?

Après ce fameux 5 Octobre, il y a eu les événements des années noires.
Le 5 Janvier 2011, la population se révolte contre la fin d’un système politique. C’est une chance. Le peuple se relève pour se réapproprier son destin. L’Etat pourra-t-il maintenant l’écouter ou choisira-t-il de faire encore revivre ses anciens démons ?

« Restez-là, Harragas et acceptez l’absence de perspectives, soumettez-vous à nos caprices ! » Est-ce la seule réponse qu’un gouvernement politique peut donner ? Est-ce le seul chemin qu’il peut offrir à son peuple ?

Il est temps pour l’Algérie de changer. Ces émeutes signifient que la construction se déroulera avec ou sans l’Etat. La puissance d’une construction est en marche.

Faroudja Amazit, une amie, m’a dit un jour : « L’’Algérien est un diamant, il suffit de le tailler pour s’en rendre compte ».

Toutes les émeutes qui ont du sens et qui sont justes, ne m’affligent pas. Quand elles sont légitimes et qu’elles gagnent, elles me redonnent confiance en l’espoir.

Fadéla Hebbadj, professeur de philosophie, auteure.