La ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a été bousculée par des Palestiniens qui lui ont lancé des oeufs et l’ont manquée de peu avec une chaussure vendredi dans la Bande de Gaza, lui reprochant des propos qu’elle n’avait en réalité pas tenus. C’était la première visite d’un chef de la diplomatie française dans la Bande de Gaza depuis 2005.

Les incidents se sont soldés par une légère blessure à la tête de l’un des membres de la délégation française, Valérie Hoffenberg, représentante de la France pour le processus de paix au Proche-Orient. Cette dernière s’est dite « extrêmement choquée ». « Je dois dire que je n’ai jamais vu autant de haine dans les yeux que là en quelques heures », a-t-elle ajouté dans un entretien téléphonique à l’Associated Press, estimant toutefois que « ça ne correspond certainement pas à tous les habitants de Gaza ».

« Il faut ramener les choses à leur juste proportion, c’est un petit groupe de personnes un peu excitées », a également déclaré le porte-parole des Affaires étrangères à l’AP. « Quelques petites manifestations ne doivent pas occulter l’engagement de la France en faveur des populations gazaouies », a insisté Bernard Valero.

Les manifestants croyaient que Mme Alliot-Marie avait qualifié de « crime de guerre » l’enlèvement en juin 2006 du soldat franco-israélien Gilad Schalit, détenu depuis par le Hamas dans la Bande de Gaza. C’est en réalité le père du militaire, Noam Schalit, qui a tenu ces propos la veille après avoir rencontré la ministre à Jérusalem.

Réagissant à ces propos mal attribués, un porte-parole du Hamas, Sami Abou Zuhri, a reproché à la cheffe de la diplomatie d’être « totalement partiale au profit d’Israël » et d’ignorer les milliers de Palestiniens détenus en Israël. « Ce sont eux les vrais prisonniers de guerre », a-t-il lancé.

Un peu plus tard, des dizaines de Palestiniens parents de détenus en Israël attendaient Mme Alliot-Marie au point de passage d’Erez entre Israël et la Bande de Gaza. Certains se sont allongés sur la route et d’autres ont sauté sur sa voiture, tandis que des oeufs ont volé. La ministre a évité une chaussure au moment où elle montait dans une jeep, sous une importante protection.

La police du Hamas au pouvoir dans le territoire a finalement dispersé les manifestants mais d’autres se sont réunis devant un bureau des Nations unies à Gaza, première arrêt de la ministre française, avant de la suivre à l’hôpital Al-Quds, récemment réhabilité avec des fonds français. Des oeufs ont encore été lancés sur le convoi.

La France considère Gilad Schalit comme un otage dont elle exige la libération. « Sa situation d’isolement total, d’absence de tout contact, sans accès du Comité international de la Croix-Rouge, sans échanges avec sa famille, sans même un signe de vie depuis très longtemps est profondément inhumaine », a réaffirmé Mme Alliot-Marie dans un entretien publié vendredi par le quotidien israélien « Haaretz » (classé à gauche). En 2009, une vidéo montrant le jeune soldat avait été diffusée par ses ravisseurs.

La France et l’Union européenne considérant le Hamas comme une organisation terroriste qui a pris illégalement le contrôle de la Bande de Gaza en 2007, la ministre des Affaires étrangères n’a pas rencontré de responsables du Mouvement de la résistance islamique pendant sa visite à Gaza.

Lors d’un discours au Centre culturel français, elle a appelé à la création d’un Etat palestinien indépendant et à la sécurité pour Israël. Elle a également exhorté l’Etat hébreu à lever totalement les restrictions à la circulation des biens et des personnes venant de ou à destination de la Bande de Gaza.

Michèle Alliot-Marie, qui est arrivée jeudi en Israël, se rendait ensuite en Egypte et devait achever sa visite au Proche-Orient à Amman en Jordanie dimanche.

AP
(*) titre de la rédaction