Montés sur des chevaux et des chameaux, des partisans du président égyptien Hosni Moubarak armés de fouets, de bâtons et de pierres ont chargé mercredi les manifestants antigouvernementaux sur la place Tahrir, dans le centre du Caire.
L’armée a tiré en l’air pour tenter de séparer et de disperser les groupes rivaux, a rapporté la chaîne de télévision Al Djazira.

Un correspondant de Reuters a vu des dizaines de personnes le visage en sang à la suite des échauffourées. Sous la pression de leurs adversaires, de nombreux opposants ont fui la place, leur lieu de rassemblement depuis plusieurs jours.

« Ce sont les voyous du Parti national démocratique (au pouvoir). J’étais à l’entrée de la place Tahrir, faisant un barrage humain, et un groupe (…) s’en est pris à nous et ensuite j’ai été touché par une pierre », a déclaré Walid, le visage en sang.

D’autres opposants ont affirmé que des policiers en civil étaient mêlés aux partisans de Moubarak, ce qu’a démenti le ministère de l’Intérieur.

Environ 1.500 partisans de l’opposition, moins que les jours précédents, s’étaient rassemblés dans la matinée dans ce lieu symbolique pour exiger le départ immédiat de Hosni Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis près de trente ans.

ELBARADEÏ VEUT QUE L’ARMÉE « PROTÈGE LES ÉGYPTIENS »

Plusieurs centaines de leurs amis venus du nord de la ville avaient tenté de leur venir en renfort mais ils ont été repoussés par les partisans de Moubarak, dont certains sont montés sur des véhicules de l’armée pour leur lancer des pierres.

Les manifestants pro-Moubarak, qui scandaient « Merci, Monsieur le président », portaient des pancartes sur lesquelles on lisait: « Nous allons libérer Tahrir ».

D’autres affiches accusaient les médias arabes, notamment les chaînes de télévision Al Djazira et Al Arabia, de diffuser de la propagande anti-Moubarak.

L’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradeï a accusé le gouvernement de recourir à « la tactique de la peur » pour faire taire l’opposition.

Affirmant avoir des preuves que des policiers en civil étaient impliqués dans les affrontements, il a souhaité que l’armée sorte de sa neutralité et s’attend à ce qu’elle intervienne « dans la journée » pour « protéger les Egyptiens », selon Al Djazira. Il a dit également espérer que Moubarak s’en irait « avant vendredi ».

COUVRE-FEU ALLÉGÉ

A Suez, entre 300 et 400 pro-Moubarak ont défilé dans la ville, brandissant des drapeaux égyptiens et des banderoles « Oui à Moubarak », « Moubarak, tu es dans nos coeurs ».

Dans la matinée, l’armée avait demandé aux manifestants antigouvernementaux de mettre fin à leurs actions, affirmant que leur message avait été entendu et qu’il fallait désormais faciliter le retour au calme.

Lors d’une allocution télévisée mardi soir, Hosni Moubarak a annoncé qu’il ne briguerait pas un septième mandat à l’élection présidentielle de septembre mais qu’il voulait garder jusque-là les rênes du pouvoir pour assurer la transition.

Le couvre-feu a été allégé et court désormais de cinq heures du soir à sept heures du matin, au lieu de trois heures de l’après-midi à huit heures du matin, et internet a commencé à être rétabli au Caire et dans d’autres villes comme Alexandrie.

Malgré ces mesures d’apaisement, l’opposition continue à exiger le départ de Moubarak et a redit qu’elle ne voulait dialoguer qu’avec le vice-président, Omar Souleimane. Elle a appelé à la poursuite des manifestations place Tahrir et a décidé le maintien de son grand rassemblement de vendredi.

Reuters