Des émeutes ont éclaté à Benghazi, en Libye, où plusieurs centaines de personnes ont affronté dans la nuit de mardi à mercredi des policiers soutenus par des partisans pro-gouvernementaux, rapportent des témoins et des médias locaux.

La télévision publique libyenne fait état pour sa part de rassemblements de soutien au dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, dans différentes villes du pays mercredi matin. La chaîne a diffusé des images d’une manifestation pro-Kadhafi dans les rues de Tripoli.

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k1 150x150 - Emeutes dans la ville libyenne de Benghazi (+vidéo)

A Benghazi, ville côtière de l’Est libyen, l’arrestation d’un militant des droits de l’homme a servi de déclencheur aux violences.

Selon l’édition en ligne du quotidien Kourina, les émeutiers réclamant sa libération étaient armés de bombes incendiaires et ont jeté des pierres en direction des forces de l’ordre. Plusieurs véhicules ont été incendiés.

Les autorités ont accédé à leur demande, mais les manifestants ne se sont pas dispersés, marchant sur la place Chajara où ils sont restés une partie de la nuit.

Le bilan avancé par le quotidien de Benghazi, qui cite le directeur d’un hôpital de la ville, Abdelkrim Goubaili, est de 38 blessés, pour la plupart des membres des forces de sécurité. Tous les blessés ont ensuite pu quitter l’hôpital.

D’après un habitant de la ville, 500 à 600 personnes ont manifesté leur colère. « Ils sont allés au comité révolutionnaire (cellule de base du pouvoir-NDLR) dans le quartier de Sabri puis ont tenté de se rendre au comité révolutionnaire central », a-t-il raconté.

Sur une vidéo mise en ligne sur le site YouTube, censément enregistrée pendant les tensions de la nuit, on voit une foule de manifestants massés devant ce qui ressemble à un bâtiment public et scandant: « Il n’y d’autre Dieu que Dieu » et « la corruption est l’ennemi de Dieu ».

« Benghazi est calme à présent. Les banques sont ouvertes et les enfants vont à l’école », a dit ce même habitant contacté un peu plus tard dans la matinée.

BENGHAZI, UNE VILLE PARTICULIÈRE

Par le réseau social Facebook sur internet, les opposants à Kadhafi ont demandé à la population libyenne de descendre dans les rues jeudi prochain à l’occasion d’un « jour de colère ».

Il est impossible à ce stade d’évaluer les conséquences de ces événements, même si les exemples en Tunisie et en Egypte, deux pays voisins de la Libye, ont incité des opposants libyens en exil à tenter de mobiliser, utilisant notamment les réseaux sociaux sur internet.

Le gouvernement libyen a adopté pour sa part une série de mesures visant notamment à réduire les prix des produits de première nécessité.

Le régime de Tripoli s’apprêterait en outre à libérer 110 militants incarcérés du Groupe islamique libyen de combat, une organisation interdite par les autorités. Selon Mohamed Ternich, président de l’Association libyenne des droits de l’homme, ce sont les derniers membres de cette organisation toujours détenus à la prison Abou Salim de Tripoli.

Fethi Tarbel, le militant dont l’arrestation a déclenché les émeutes de Benghazi, a travaillé avec les familles des détenus de la prison d’Abou Salim, où le pouvoir incarcère opposants et islamistes.

La plupart des analystes s’accordent à penser qu’un scénario à l’égyptienne ou à la tunisienne est peu probable dans la Jamahiriya libyenne, qui dispose d’importantes ressources financières pouvant être utilisées pour calmer les esprits.

En outre, la société libyenne est structurée sur un système de liens tribaux et familiaux. Dans ce cadre, s’il devait y avoir contestation du régime de Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, elle se développerait plutôt en coulisse que dans les rues.

La ville de Benghazi, située à un millier de kilomètres à l’est de Tripoli, occupe une place particulière dans l’histoire libyenne. Nombre des opposants à Kadhafi en sont originaires et la ville a été écartée des principaux projets de développement économique, renforçant son particularisme.

Reuters