Les Etats-Unis ont nettement durci le ton mercredi à l’égard des autorités égyptiennes, qu’ils ont exhortées à prendre « de vraies mesures concrètes » pour satisfaire les manifestants qui réclament depuis 16 jours la démission du président Hosni Moubarak.
« Ce qu’on voit se dérouler dans les rues du Caire n’est absolument pas surprenant quand on voit le manque de mesures prises par le gouvernement pour satisfaire leurs demandes », a déclaré le porte-parole de la Maison blanche Robert Gibbs lors de son point de presse quotidien. Le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Aboul Gheit avait auparavant accusé Washington de chercher à imposer sa volonté au Caire.

Le vice-président américain Joe Biden a présenté mardi aux autorités égyptiennes un programme en quatre points qui recommande notamment la levée immédiate de l’état d’urgence, en vigueur depuis l’assassinat d’Anouar el Sadate, en 1981.

Le message était adressé à Omar Souleimane, ex-chef des services de renseignement nommé vice-président au début de la crise, qu’Hosni Moubarak à chargé des négociations avec l’opposition.

Jugeant les recommandations de Joe Biden « tout à fait inutiles », le ministre égyptien des affaires étrangères, interrogé par la chaîne de télévision PBS, s’est dit stupéfait de ses exigences en ce qui concerne l’état d’urgence.

« Nous avons 17.000 prisonniers dans les rues, échappés des prisons qui ont été détruites. Comment pouvez-vous me demander de lever l’état d’urgence alors que je suis en difficulté?

« Laissez-moi le temps de reprendre les choses en main, de stabiliser la nation, de stabiliser l’Etat et nous nous pencherons ensuite sur ce sujet », a poursuivi Ahmed Abou Gheit.

« AUCUN RETOUR EN ARRIÈRE POSSIBLE »

Le porte-parole de la Maison blanche a quant à lui jugé l’administration égyptienne dépassée par les événements.

« Il est clair que le gouvernement égyptien va devoir prendre des mesures concrètes pour atteindre le minimum que la population qu’il représente attend de lui », a estimé Robert Gibbs.

« Beaucoup de choses ont changé en Egypte rien qu’au cours de la semaine dernière. Nous pensons qu’aucun retour en arrière n’est possible », a renchéri Ben Rhodes, conseiller adjoint de la Maison blanche à la sécurité nationale, ajoutant que Washington se montrait très attentif aux conséquences économiques de la contestation.

Partenaire de première importance en tant que gardien du canal de Suez, l’Egypte est également un acteur de premier plan du processus de paix au Proche-Orient et Washington se montre également attentif aux inquiétudes de son allié israélien.

Reçu mercredi à Washington pour la première fois depuis le début des troubles, le ministre israélien de la Défense Ehud Barak s’est entretenu avec son homologue Robert Gates, avec la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et avec Thomas Donillon, conseiller de Barack Obama à la sécurité nationale, selon l’ambassade israélienne aux Etats-Unis.

Ses interlocuteurs, indique la Maison blanche dans un communiqué, lui ont rappelé leur « engagement inébranlable en faveur de la sécurité d’Israël, notamment à travers l’appui continu à l’armée israélienne et la coopération sans précédent entre nos deux gouvernements ».

Barack Obama a par ailleurs évoqué la situation en Egypte avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite, ajoute la présidence.

L’administration américaine, qui prône avec insistance « une transition ordonnée », table sur l’aide annuelle de 1,3 milliard de dollars allouée à l’Egypte pour faire entendre son message. L’idée de fixer des conditions au versement de cette aide a donné lieu mercredi à un intense débat à la Chambre des représentants.

Howard Berman, chef de file du camp démocrate au sein de la commission des Affaires étrangères de la Chambre, a plaidé pour le maintien de l’aide « aussi longtemps que l’armée jouera un rôle constructif en faveur de la transition démocratique ».

« Leur conduite doit déterminer le montant et la nature de l’aide qu’ils reçoivent », a rétorqué Elliot Abrams, expert du Proche-Orient et membre du Conseil des affaires étrangères.

Reuters