Depuis l’éclatement de la révolte des jeunes algériens, le 5 janvier dernier, la scène nationale est en ébullition. Le caractère violent et radical du mouvement des jeunes a fini par réveiller définitivement le Gouvernement de son immobilisme pour donner un coup de fouet à la scène politique algérienne interne qui agonisait jusqu’à alors.

Poudre aux yeux ou réformettes, nul ne pourra contester que la colère des jeunes a bousculé Bouteflika et son équipe. Depuis, il s’en est passé des choses en Algérie avec notamment la création de la CNCD ; une Coordination regroupant des partis politiques et des représentants de la société civile, qui a tenté deux marches sur Alger revendiquant «un changement démocratique», sans succès néanmoins.

La CNCD s’est ensuite divisée pour donner naissance à deux ailes, l’une composée de partis politiques et l’autre de la société civile. Aujourd’hui, il est encore difficile de pronostiquer sur le devenir des deux entités. Par contre, ce qui est sûr, c’est que tout ce remue-ménage a profité à certains et condamner d’autres.

Pour ce qui est des grands perdants, difficile de ne pas évoquer le cas du RCD et de son Président Saïd Sadi. Étant le seul parti politique agréé au sein de la CNCD, le RCD était tenu de mobiliser, les autres membres n’ayant pas de bases populaires solides. Il n’en fut rien, puisque la participation a été très faible et n’a cessé de décliner de semaine en semaine. L’argument sécuritaire ne peut expliquer à lui seul la défection des Algériens, ou du moins, des sympathisants du RCD, puisque tout le monde sait que quand les Algériens croient en une cause, aucun dispositif sécuritaire ne peut les arrêter.

Le RCD a ainsi reçu une sérieuse claque populaire, dont il devra méditer les causes. Aussi, le RCD a été clairement mis en cause par les membres mêmes de la CNCD qui l’accusait de «tentative de récupération» et de «visée hégémonique». Pour un parti qui promeut la démocratie et combat le régime, ce n’est pas vraiment une bonne carte de visite.

Pour ce qui est de son Président, les dégâts sont encore plus importants. A la CNCD, plusieurs membres ont dénoncé ses frasques médiatiques et son monopole de la parole, ce qui n’a pas persuadé Sadi de faire marche arrière allant même jusqu’à effectuer un marathon médiatique en France –avec tous les risques de manipulation que ceci engendre- à la veille de la 2ème marche.

Pire encore, le Président du RCD sèche même la marche pour laquelle il a fait tant de promotion sur les plateaux télé français pour des raisons ambiguës. A tout cela, il faut ajouter l’histoire des bodys garde que lui assurent l’Etat et ses privilèges en tant que député. Pas vraiment le profil d’un opposant, en tous les cas, pour le chômeur de Laghouat.

A présent, le RCD doit sérieusement penser à redorer son image et à récupérer ce qu’il peut encore récupérer, tout en évitant d’accuser tous ceux qui le critiquent d’être des agents de Bouteflika. Peut-être que ceux qui le font attendaient juste un peu plus de sa part…

Khalil Mehdi