Pathétique était la « sortie » médiatique du « leader Kadhafi, tôt ce matin à Tripoli. Dans une mise en scène bâclée, apparemment improvisée à la dernière minute, dans l’urgence, Kadhafi apparaît, le visage décati, au pied d’un véhicule qu’il remonte après une très brève allocution à un micro qui lui est tendu.

Un parapluie à la main, dans son habituel accoutrement folklorique de bédouin, il est filmé en plan serré, après un court travelling vertical de haut en bas pour montrer qu’il pleuvait bien et que la scène se déroulait à Tripoli. Ce plan serré ne laissait apparaître qu’une partie du véhicule et le mur décrépi qui servait de fond de décor. Digne d’une séquence de bas-quartier dans une série de mauvais goût.

Kadhafi voulait démentir les rumeurs, persistantes après son silence, montrer qu’il est bien à Tripoli et qu’il ne s’est pas enfui au Venezuela, comme avancé, selon lui par ses détracteurs et les « ennemis de la Libye ». Non seulement qu’il ne s’est pas enfui mais qu’il circule dans la ville pour prouver encore qu’il tient toujours les rênes du pouvoir. Il a déclaré qu’il a discuté avec des jeunes à la Place Verte mais que la pluie a écourté cet échange. Une pluie de « bon présage » a-t-il ajouté !

Telle une étincelle et en moins de 22 secondes, Kadhafi, si familier aux très longues joutes sur les plateaux des médias libyens et les tribunes internationales, n’en profita pas, prenant prétexte de la pluie qui s’abattait sur la ville dans cette longue nuit de lundi à mardi. Cette fois-ci, il n’eut que le temps de dire quelques phrases et insulter les médias qu’il qualifia de « chiens errants ».

Pas besoin d’analyser profondément la réalisation de ce « clip » pour s’apercevoir que le régime est aux abois. Une communication de l’urgence, dans l’urgence qui illustre bien que le temps est compté pour le régime de Kadhafi … à la seconde près. Cette urgence montre surtout le désarroi de Kadhafi et ses communicants en flagrant manque d’imagination …. sauf pour livrer à son peuple désarmé une guerre sans répit et sans pitié.
A la différence de Néron, le romain, le dictateur libyen manque assurément de poésie …

Dahou Ezzerhouni