Militante des droits de l’homme, Nassera Merah participe en tant que citoyenne et non en tant que membre de la Coordination nationale, aux manifestations organisées à Alger.

Ce samedi 19 février, la manifestation s’est tenue dans une grande tension… C’est aussi votre avis ?

Oui. D’abord une tension anti-parti, contre le RCD, partagée à la fois par les manifestants et par la population. Les jeunes râlaient clairement contre Saïd Sadi, lui reprochant de faire campagne sur les télés françaises. Mais les faits sont là : il vampirise le mouvement et n’apporte que la division. Ensuite, il y a eu des tensions entre les manifestants et les jeunes du quartier. Ces derniers expliquent très bien que, lorsqu’il y a une marche, ils ne peuvent pas sortir les tables grâce auxquelles ils font du commerce. Ils en veulent donc aux organisateurs de la marche de ne pas s’intéresser à eux, de ne pas leur demander leur avis. Les gens ne sont pas dupes : ils voient bien que les têtes du mouvement ne font pas de terrain, qu’ils se contentent de pérorer en réunion sans jamais aller au contact de la population.

Il semble aussi qu’il y ait des tensions au sein de la Coordination : certains collectifs de jeunes ont menacé de se retirer…

Mais il faut voir ce qui s’y passe, c’est la confusion la plus totale ! Réclamer un «changement du système» ne suffit pas, il faut des perspectives, des idées constructives. On ne pourra jamais copier les scénarios tunisiens et égyptiens. Les jeunes espéraient que les anciens militants allaient les aider. Au lieu de cela, les «dinosaures» les renvoient sur le banc de touche pour mieux se mettre en avant. Ils devraient les laisser trouver leur propre mot d’ordre, sinon je crains que les jeunes, spoliés de leur combat, ne se découragent.

Concrètement, que faudrait-il faire pour donner du poids au mouvement ?

Il faut s’arrêter pour réfléchir. Cesser d’appeler à des marches et ouvrir un débat. Problème : les partis refusent le débat d’abord parce qu’ils n’ont rien à proposer. Ils n’ont rien fait, n’ont créé aucune association de quartier ou d’étudiants. Ensuite, parce que tout le monde sait qu’au sein des partis comme des associations les plus importantes, il n’y a pas de place pour la discussion. Ils critiquent tous le système mais sont pire que Bouteflika ! Par ailleurs, je crois que les jeunes –même s’ils veulent la rue, et c’est compréhensible- devraient accepter la salle de meeting que leur proposent les autorités. Cela leur donnerait une légitimité : en leur accordant un local, le pouvoir les reconnaît en tant que structure, en tant qu’opposition.

Blog de Mélanie Matarese (Journaliste à El Watan)