Notre confrère Kamel Daoud, talentueux chroniqueur au Quotidien d’Oran se demande dans sa dernière chronique s’il faut se battre pour les algériens ? Sa question, comme sa chronique, sont vraisemblablement nées de sa récente mésaventure avec la police lors de la manifestation du 12 février à Oran à laquelle il avait pris part.

Kamel Daoud a été honteusement molesté par certains agents de l’ordre public alors qu’il essayait de soutenir un universitaire venu lui aussi manifester et que la police avait pris à partie. D’autres journalistes, notamment Djaffar Bensalah d’EL Khabar ont été eux aussi maltraités par la police, des femmes ont été jetées par terre, etc. Une manifestation hostile au pouvoir n’a jamais été une partie de plaisir, qui plus est, dans un pays comme l’Algérie, où il est déjà arrivé que l’on tire sur la foule à balles réelles.

Cependant, doit-on pour autant s’interroger sur l’utilité d’un tel engagement ? Et si d’autres algériens, moins concernés que moi, se moquent de mon engagement, dois-je regretter de m’être engagé et d’avoir pris quelques coups au passage ?

Kamel Daoud, pense que ces interrogations sont légitimes en Algérie. Je dirais plutôt que la question est mal posée. Je pense qu’il faut se demander ceci : si je manifeste, est ce que je le fais pour moi, ou pour les algériens ? Si je le fais pour ma conscience, pour mon engagement personnel, en toute conviction citoyenne, alors je le fais en homme libre, comme un algérien qui réclame sa dignité, son indépendance. C’est mon opinion, en effet, je pense que chacun de nous dois le faire d’abord pour lui, pour sa conscience en pensant aux autres algériens. On peut aussi appeler cela un devoir.

Or, si je ne le fais que pour les algériens, c’est que d’emblée je me sens investi du rôle de supra-citoyen, de celui qui a réglé son problème avec l’Algérie du pouvoir, et qui, par bravoure, vient au secours des autres algériens. Kamel Daoud, si tu dois te battre pour les algériens, en attendant des applaudissements, c’est que c’est ton amour propre qui a été blessé Samedi à Oran. Et les algériens n’y sont pour rien, bien au contraire, ils vivent ces brimades quotidiennement.

Avec tout mon respect et toute mon amitié.

Fayçal Anseur