L’implication directe de certains journalistes dans la lutte des clans à laquelle on assiste depuis peu leur fait perdre le nord, les paroles, le sens du verbe et le sens tout court. On a eu droit au chroniquer super-militant des droits de l’Homme qui se demandait s’il fallait y aller et se sacrifier pour un peuple qui, finalement, ne le mérite peut-être pas.

Rien que le fait de poser la question est une preuve irréfutable que le peuple ne marchera jamais avec ce genre d’élite qui n’arrive pas à le comprendre et qui s’obstine à exiger de lui ce que lui est en droit d’exiger d’elle, c’est-à-dire un minimum d’empathie. Le chroniquer du Soir d’Algérie nous refait le coup, en prenant position pour la marche, ce qui est son droit et en s’entêtant à vouloir nous vendre Saïd Sadi comme un sauveur injustement haï et rejeté en accusant ceux que sa présence dérangeait, et ils sont très nombreux, de déserteurs de la cause démocratique.

En réalité, cette façon de voir les choses n’est propre qu’au Président du RCD lui-même, puisque se considérant comme le porte-parole légitime des démocrates en Algérie, Sadi s’octroi souvent le droit exclusif d’agréer les militants de la démocratie et d’en désigner les ennemis. Le chroniquer du Soir aurait sûrement dû réviser sa copie, non pas parce qu’il n’a pas le droit de dire ce qu’il avait dit, mais parce que beaucoup de ce qu’il avait dit est ni plus ni moins qu’une insulte pour tous ceux qui ne voient pas en Sadi un sauveur du cas algérien, et ils sont aussi très nombreux, pour ne pas dire majoritaire.

Inutile donc de refaire l’Histoire algérienne pour se rendre compte que Sadi est loin d’être un exemple en la matière et qu’il n’incarne plus la figure de l’opposant pour des raisons que le chroniqueur connaît certainement. Quant à la défection des Algériens et leur allergie à tout ce qui porte l’étiquette RCD, le chroniquer pourra y trouver une explication plausible dans l’implosion même de la CNCD causée en grande partie par la présence des partis politiques et les tentatives hégémoniques et de récupération du RCD, mais ça, le chroniquer le sait aussi.

La vérité toute simple est que le chroniquer du Soir pourra fumer autant de thé qu’il voudra, Sadi est tout sauf un opposant. Et même s’il l’est, il est loin d’être crédible. Et même s’il l’est, on a quand même le droit de ne pas le soutenir.

Ali B.

La Chronique en question
Prenez une douche, vite !

Alors ? C’est ça le débat ? Hada ma yella ? Vous n’avez rien trouvé d’autre comme sujet de discussion que la «présence ou non de Sadi dans les marches du 12 et du 19» ou encore les «tentatives de récupération de la Coordination par le RCD» ? Ben dis donc ! Vous ne nous parlez plus que de cela. Saïd Sadi est soudain devenu le problème numéro 1 de l’Algérie.

De votre salon douillet, les persiennes et les fenêtres fermées, et les rideaux opaques tirés, vous nous jurez que vous seriez allés marcher si et seulement si Sadi ne figurait pas parmi les marcheurs. Ah ! La belle affaire ! Le suprême courage. L’inimitable bravoure en pantoufles et pyjama ! La vérité elle pue. Elle pue de la même manière que vous suintez mauvais des aisselles. Cette peur d’y aller, de prouver qu’il y a une démocratie au-delà d’un clic sur Facebook. Et pour masquer votre peur, vous agitez Sadi sous notre nez. Vous l’agitez même plus fort que vous n’auriez agité Abdekka, pourtant le seul vrai bourourou dans cette histoire.

Quel cruel dilemme que celui qui vous agite en ce moment. Vous n’avez pas le cran de créer votre révolution du jasmin, vous n’avez pas l’intelligence d’occuper votre place Tahrir. Alors, et pour détourner notre attention olfactive des relents horribles qui se dégagent de vos frocs, vous nous proposez l’os Sadi à mordiller. Vous nous sortez de vos entrailles bourrées de paille un combat à engager contre un leader politique qui, lui, y va. Oui ! Sadi y va.

Et ça, vous ne pouvez le gober, parce que prisonniers de vos sofas et de votre douillet confort. Il vous emmerde au plus profond ce dirigeant du RCD qui descend dans l’arène, qui fait face aux flics chargés de la castagne. Il vous emmerde parce qu’il vous place en mode «lâcheté». Lâcheté non assumée et qui s’agrippe lamentablement à ce mauvais et pitoyable alibi. Bonté divine ! De quel droit devrait-on interdire à un dirigeant de parti d’opposition de faire de l’opposition, dans la rue, en première ligne ? Qui a décrété que le RCD n’avait pas le droit d’intégrer une marche, une coordination et un mouvement appelant au départ du régime ?

La vérité, oui, une autre vérité, c’est que Sadi présent ou non dans ces marches, vous n’y seriez pas allés, de toutes les façons. Pour une raison toute simple. On ne se façonne pas virtuellement manifestant de la place Tahrir ou de la place de la Perle. La vérité, et je vous rassure, c’est la dernière, c’est que vous chlinguez la peur.

Et terrorisés à l’idée même de vous retrouver en face de la matraque et des balles, vous vérifiez que votre porte est bien fermée à double tour, vous vous dirigez vers votre ordinateur et avec vos doigts encore humides de trouille vous tweetez : «Je t’assure que j’y serais allé s’il n’y avait pas Sadi !» S’il vous plaît, profitez du fait que vous soyez à la maison et prenez une douche, vite. L’odeur que dégage votre couardise devient insupportable ! Intolérable ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

(Le Soir d’Algérie, Hakim LAALAM)