Des milliers de manifestants à Bahreïn continuaient mercredi à occuper une grande place à Manama, la capitale, au troisième jour d’un mouvement de contestation réclamant des réformes politiques dans le royaume, allié stratégique des Etats-Unis.

Plusieurs milliers de personnes ont passé la nuit de mardi à mercredi dans un campement de fortune sur la place de la Perle, à Manama. Les forces de sécurité se sont repliées, apparemment pour faire baisser la tension, après des affrontements qui ont fait deux morts et des dizaines de blessés.

Les manifestations ont commencé lundi pour demander à la monarchie sunnite de desserrer son étreinte sur le pouvoir et d’offrir un rôle accru à la majorité chiite, qui se plaint d’être tenue à l’écart des processus de décision. Mais les revendications se sont ensuite élargies.

De nombreux manifestants demandent des emplois, de meilleurs logements et la libération de tous les prisonniers politiques, et on entend de plus en plus des slogans appelant à tourner la page de la dynastie sunnite au pouvoir depuis plus de 200 ans. Les réseaux sociaux sur Internet regorgent d’appels à poursuivre les manifestations, et d’insultes de partisans présumés du gouvernement à l’égard des manifestants.

Le mouvement semble encore désorganisé, aucun leader clair n’ayant émergé. Selon cheikh Ali Salman, dirigeant d’Al Wefaq, la principale coalition chiite du royaume, aucune demande appelant à un rôle de l’islam dans le système politique n’a été exprimée. « Nous ne cherchons pas un gouvernement religieux comme en Iran, mais nous demandons un gouvernement civil », qui représente les chiites et les sunnites, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Al Wefaq compte 18 élus sur un total de 40 au Parlement, mais boycottent l’assemblée pour dénoncer les violences contre les manifestants.

Le ministre britannique en charge du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, Alistair Burt, s’est dit « préoccupé » par des informations faisant état d’un « usage excessif de la force » par la police. Aux Etats-Unis, le porte-parole du département d’Etat P.J. Crowley a déclaré que l’administration Obama était « très préoccupée » par les violences contre les manifestants. Bahreïn, qui abrite la 5e flotte américaine, est un allié-clé de Washington dans le golfe arabo-persique.

Mardi, le roi Hamad bin Isa Al Khalifa s’est exprimé à la télévision, chose rare, pour présenter ses condoléances aux familles des deux victimes, promettre une enquête sur ces morts et s’engager à passer des réformes, notamment sur le contrôle des médias et de l’Internet par le pouvoir.

Le gouvernement a annoncé mercredi que des personnes soupçonnées d’implication dans la mort des deux victimes ont été arrêtées, sans fournir plus de précisions. Les obsèques mercredi de l’un des deux morts, Fadhel al-Matrook, 31 ans, ont pris un tour politique, les participants à la procession funéraire réclamant la démission du Premier ministre cheikh Khalifa bin Salman Al Khalifa.

Les deux victimes étaient membres de la communauté chiite, qui représente 70% de la population et se plaint de discriminations. Ces derniers jours, les dirigeants du pays ont tenté de désamorcer les appels à des réformes en promettant près de 2.700 dollars (3.650 euros) pour chaque famille et en s’engageant à assouplir le contrôle de l’Etat sur les médias.

AP