L’Administration Obama n’a pas montré des signes permettant d’entrevoir une quelconque politique énergétique cohérente et bien définie en dépit du fait qu’elle a promis au tout début de son mandat une remise en cause de la politique énergétique de l’Administration précédente sous le double signe de la lutte contre le changement climatique et le développement des énergies renouvelables . En revanche, l’ancienne administration Bush a fait du concept de sécurité énergétique des États-Unis (c’est-à-dire la sécurisation des approvisionnements pétroliers de l’étranger et la réduction de la dépendance aux hydrocarbures) l’un de ses principaux objectifs stratégiques. Bien que cette politique s’affiche comme purement sécuritaire : la sécurité énergétique étant entendue comme le corollaire de la sécurité nationale stricto sensu, il n’en demeure pas moins qu’elle a été constante et défendue tout au long du mandat de l’administration Bush.

Le paradoxe inhérent au fléchissement des options énergétiques de l’administration actuelle et l’éclipse totale de sa loi sur le climat s’explique par un fait tout simple : tandis que M . Obama est réticent à s’aliéner certains puissants lobbys économiques américains comme le lobby pétrolier en faveur des libéraux et des environnementalistes et ne voudrait pas choisir une option énergétique qui déclencherait un conflit avec un lobby déterminé, les néo-conservateurs de l’administration Bush n’ont pas hésité à prendre partie pour les pétroliers, le lobby nucléaire et le Pentagone, lequel est chargé de préserver et de sécuriser les voies d’approvisionnement énergétiques mondiaux.

La victoire législative des Républicains et leur reprise de la Chambre des Représentants ont confirmé l’échec de la vision énergétique-climatique de l’administration Obama. Cette évolution signifie que celle-ci est condamnée à reprendre à son compte la politique de l’administration ancienne et de donner ainsi libre court à un révisionnisme énergétique. Mais afin de comprendre pleinement cette situation, il convient d’analyser la « défunte » loi « Trade and Cap » puis voir de près en quoi consistent les véritables enjeux de la sécurité énergétique aux États-Unis qui expliquent en fait pourquoi la stratégie de l’ancienne administration sera sans doute réhabilitée.

La défunte loi trade and Cap

Le projet de loi sur le climat défendue tambour battant par M. Obama au début de son mandat était plutôt favorable aux environnementalistes et aux libéraux parce quelle permet de réduire les émissions des gaz à effet de serre mais aux dépend des importations provenant des pays comme la Chine et l’Inde. Une législation a été votée le 26 juin 2009 par la Chambre des Représentants du Congres américain comprenant une mesure d’ajustement fiscal aux frontières qui traite des problèmes de compétitivité et d’émissions de gaz à effet de serre.

La section 401 de la Résolution numéro 2454 intitulée « American Clean Energy and Security Act » élaborée par les congressistes Henry Waxman et Eduard Markey qui nécessitait un vote au Senat pour qu’elle devienne une Loi, autorise le Président des Etats-Unis à imposer aux importateurs de certains produits en provenance des pays en développement, des charges à l’horizon 2020. Ces importateurs devraient acheter des droits d’émissions de CO2 auprès de l’International Reserve Allowances pour les émissions provoquées par les produits importés. En réalité, ces charges sont quasiment des taxes supplémentaires sur les importations. Le montant de ces taxes dépend de la quantité de dioxyde de carbone émise durant le processus de fabrication de ces produits appelé dans le jargon technique « Process and Production Methods » (PPM).

Les intérêts des firmes américaines sont relativement préservés dans cette loi puisque elles pourront maintenir leur compétitivité vis-à-vis des importations tout en obtenant une limitation du niveau global d’émissions polluantes.
Mais ceci n’a pas convaincu les industriels du pétrole et de l’électricité. Ces derniers ont fortement combattu la loi Trade and Cap et ont renforcé leur lobbying en injectant beaucoup d’argent au profit des congressistes, des patrons des chaines de télévision, des grands titres de la presse américaine et des compagnies de lobbying dans un effort de grande envergure pour miner cette loi.

Les responsables du parti républicain, qui a reconquis la majorité à la Chambre des représentants et a accru son influence au Sénat, se sont opposés vigoureusement l’an dernier à cette loi. Mais ce qui a le plus affaibli ses défenseurs c’est le fait que ce n’était pas la majorité des Démocrates qui était totalement acquise au plan de M.Obama. C’était plutôt les environnementalistes et les libéraux qui lui ont apporté leur soutien indéfectible. L’échec de cette loi signifie que les Etats-Unis sont sanctuarisés par le concept de sécurité énergétique et par le problème de leur dépendance aux hydrocarbures importés. La problématique de la sécurité énergétique refait aujourd’hui surface dans un contexte international marqué par une sanctuarisation de la guerre contre le terrorisme dans le théâtre afghan.

Le pétrole contribue pour près des deux cinquième de l’approvisionnement énergétique aux États-Unis plus qu’aucun autre facteur de production. L’abondance du pétrole est vitale pour des secteurs comme le transport aérien (un marché important) et terrestre (étendue du territoire) ainsi que pour des pans entiers de l’économie nationale comme la santé, l’agriculture, la pétrochimie.

Par ailleurs, la croissance du secteur de la défense qui engloutit plus de 400 milliards de dollars par an avec son implication sur la sécurité nationale n’est pas sans incidence sur l’augmentation de la demande. Par conséquent, le développement du pays dépend et dépendra beaucoup de l’approvisionnement de l’«or noir ». Dès lors, les importations américaines de pétrole sont passées de 2 milliards de barils en 1981 à plus de 4,28 milliards en 2010.

Les États-Unis consomment, aujourd’hui, 30 millions de barils/jour, soit le quart de la consommation mondiale quotidienne. Les États-Unis avant l’ère terroriste du 11 Septembre 2001, étaient donc hantés par le risque d’une « crise énergétique » dans certaines régions du pays qui s’annonçait rude dans un contexte marqué par de grandes ruptures électriques en Californie et dans le Nord du pays. Les arrêts soudains de l’approvisionnement des pipelines (comme celui de Prudhoe Bay en Alaska) ont eu souvent un grand impact sur le prix à la pompe et ont entraîné un regain d’intérêt pour la sécurité énergétique du pays.

En plus de la grande « élasticité » de la demande en énergie, il y a une forte corrélation entre l’approvisionnement énergétique et la croissance économique aux Etats-Unis. L’idéologie en matière d’énergie aux États-Unis dissimule une rhétorique tacite selon laquelle personne ne voudrait voir le développement et la consommation s’arrêter.

En d’autres termes, l’administration américaine ne voudrait pas être confrontée ni à une baisse de la croissance, ni à une réduction « difficile » des besoins énergétiques. Nous pouvons effectivement voir que la diversification des sources d’approvisionnement des États-Unis s’inscrivant sous le double signe de la sécurité énergétique et de la réduction de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur sont en fait très difficiles à mettre en œuvre dans la pratique, ce qui accentue la perception de la vulnérabilité énergétique chez les Américains. Le véritable problème n’est pas que l’économie américaine est piégée par des choix économiques qui la rende stratégiquement vulnérable. Une centaine de centrales nucléaires font que 3% seulement de l’électricité provient du pétrole en traduisant un choix durable pour l’énergie nucléaire.

Par ailleurs, le poids du transport qui repose entièrement sur les carburants fossiles est un problème dont toutes les grandes nations font face. La seule explication valable est que la mondialisation des échanges énergétiques fait que la demande internationale est trop forte en raison des nouvelles économies émergentes qui phagocytent une part considérable du marché international ainsi qu’en raison de l’absence chez la plupart des exportateurs de pétrole, de grandes capacités excédentaires. C’est, d’ailleurs, une situation qui est appelée à devenir cruciale durant les prochaines décennies.

La vulnérabilité et la complexité de l’approvisionnement énergétique mondial

Les importations américaines de pétrole atteignent, en 2009, 11 millions de barils/jour, soit 58% de la demande de pétrole aux Etats-Unis. Le plus grand exportateur de l’Amérique est le Canada avec 2,4 millions de barils/jour, suivi de près par le Mexique (1,2 millions de barils/jour), puis par l’Arabie Saoudite (1 million de barils/jour). Le Venezuela et le Nigeria sont également deux grands exportateurs pour les Etats-Unis avec respectivement, 1 million et 0,8 million de barils/jour. Ceci implique deux éléments significatifs : les importations sont relativement diversifiées par rapport aux sources d’approvisionnement. L’objectif étant de réduire la dépendance vis-à-vis du Moyen Orient et les Etats-Unis cherchent à renforcer la sécurité énergétique en recourant, de plus en plus aux sources d’approvisionnement les plus proches. En effet, 80% du pétrole importé provient du Canada et du Venezuela.

Toutefois, l’approvisionnement énergétique du pays est caractérisé essentiellement par des éléments stratégiques qui ne cessent de devenir cruciaux ces dernières années et qui sont constitutifs de la problématique de la dépendance vis-à-vis des sources de pétrole étrangères. Ces éléments sont, à la fois, d’ordre externe et interne : sur le plan extérieur, la majorité des réserves mondiales de pétrole et du gaz naturel est contrôlé par des États qui sont accusés par Washington de ne pas respecter les forces du marché. Ceci s’interprète de la façon suivante : Il existe des superpuissances pétrolières qui monopolisent les approvisionnements énergétiques du monde.

Plus de 80% des réserves mondiales sont détenues par des compagnies nationales dont l’Etat est propriétaire. Un rapport américain sur la sécurité énergétique daté de 2001, intitulé le Rapport Cheney reconnaît cette difficulté de la manière suivante « Il est indispensable de ne pas regarder la sécurité énergétique comme isolée du reste du monde. Dans des marchés énergétiques mondiaux, l’énergie américaine et la sécurité économique sont directement liés, non seulement, à la production nationale et aux approvisionnements énergétiques internationaux, mais également de ceux de nos partenaires commerciaux. Une perturbation significative dans les approvisionnements mondiaux de pétrole pourrait affecter considérablement notre économie ainsi que notre capacité à promouvoir nos objectifs stratégiques, tenant compte du haut degré de dépendance vis-à-vis des importations de pétrole. »

Les prix et les investissements énergétiques sont donc influencés par les politiques de ces pays. La production mondiale dépend de nombreux facteurs qui deviennent de plus en plus volatils : instabilité politique, terrorisme, investissements, réformes du secteur pétrolier et perturbation du marché énergétique.

La dépendance des États-Unis au pétrole est donc aggravée par des facteurs qui sont loin d’être seulement liés à des enjeux internes. Le contrôle par ce pays des sources d’approvisionnement est donc un problème réel et sa capacité à favoriser le développement des investissements dans ces régions est un facteur qui compte dans la balance énergétique. Le problème avec ces investissements c’est quelles n’interviennent pas du jour au lendemain et dépendent des choix stratégiques faits dans ces pays. L’Agence Internationale de l’Energie prévoit que pour faire face à la demande mondiale, il est nécessaire d’investir plus de 17 000 milliards de dollars, dont la majeure partie concerne le Moyen Orient. Ceci fragilise le marché énergétique et contribue à la hausse des prix. Même si ces moyens financiers pourraient être mobilisés, il n’en demeure pas moins que l’augmentation de la production mondiale dépendra, ostensiblement, de la bonne volonté des pays producteurs. A titre d’exemple, des pays comme le Venezuela et la Russie adoptent une stratégie visant à préserver leurs réserves de pétrole et de gaz naturel et à contrôler le secteur pétrolier de manière à détenir une grande marge de manœuvre.

Le Venezuela a diminué les profits des entreprises pétrolières étrangères et à enlevé des parts de marché à des compagnies internationales, ce qui a poussé ces dernières à limiter leurs engagements dans ce pays. Les nécessités du développement économique dans des pays comme la Russie, le Venezuela et le Mexique les poussent à pratiquer une politique d’augmentation des prix, plutôt que de la production. Ces pays dépendent, par ailleurs, des investissements privés qui sont seules à même d’explorer et d’exploiter dans les régions nouvelles riches en pétrole et en gaz naturel.

D’autres facteurs externes interviennent pour compliquer davantage l’équation énergétique des Etats-Unis. La dépendance par rapport au pétrole et au gaz naturel de certaines régions du monde comme le Golfe Persique, l’Amérique Latine et le Canada sont, inexorablement, des éléments structurants pour la dépendance énergétique. Le Golfe Persique est, cependant, la région clé pour les Etats-Unis ainsi que pour leurs alliés occidentaux. La région dispose de réserves de pétrole estimées à 715 milliards de dollars, soit plus de la moitié des réserves mondiales (57%). Elle est également leader dans le gaz naturel avec des réserves représentant 45% du total mondial. Avec de telles réserves, la capacité de production dans ces pays atteint 23 millions de barils/jour, soit 32%. La production de pétrole dans cette région est appelée, d’ailleurs, à augmenter sensiblement dans les prochaines années. Elle sera de 35 millions de barils/jour en 2020. Les seules capacités excédentaires sont situées dans le Golfe Arabe, plus particulièrement en Arabie Saoudite avec 0.5 à 1 millions de barils/jour. Ce dernier pays est le plus grand exportateur mondial de pétrole, il produit près de 11 millions de barils/jour d’hydrocarbures.

Les estimations affirment que cette capacité de production sera maintenue pendant plus de 50 ans. Un tel potentiel le rend comme un moteur de la production au sein de l’OPEP et il est responsable de la hausse constante des approvisionnements de ce cartel mondial vers les Etats-Unis, avec plus de 40%. L’Arabie Saoudite pratique, en effet, une politique de développement des réserves afin de baisser les prix. Il est donc incongru de vouloir trop surestimer toute politique de diversification des sources d’approvisionnement des Etats-Unis.
Ainsi, certains milieux politiques aux Etats-Unis appellent, non seulement, à la diversification des sources énergétiques étrangères mais également à un affaiblissement de l’importance du Moyen Orient et de l’OPEC dans les approvisionnements mondiaux par la promotion des investissements dans les régions alternatives. Une telle approche a été recommandée à plusieurs reprises dans des rapports sur la sécurité énergétique préparés par des groupes d’experts américains.

Il convient d’évoquer un aspect important sous-jacent à la vulnérabilité les approvisionnements énergétiques vers les États-Unis qui touche à la sécurité de la production et de l’exportation de pétrole vers les Etats-Unis. Les infrastructures mondiales et les voies de distribution utilisées par les Etats-Unis ainsi que par l’ensemble des pays importateurs et exportateurs de pétrole et de gaz naturel n’ont pas été adéquatement protégés et modernisées. La grande inquiétude des Etats-Unis porte, en particulier sur les menaces qui jettent leur ombre sur les approvisionnements au Moyen Orient. En décembre 2005, des attentats suicides ont visé l’installation pétrolière d’Abqaiq en Arabie Saoudite, là où 6.8 millions de barils/jour sont raffinés. Les dirigeants d’Al Qaeda ont, d’ailleurs, montré une vidéo dans laquelle il a été révélé que les infrastructures énergétiques sont visées. D’autres régions dans le monde qui sont riches en pétrole ont été secouées par des attaques qui ont ciblé les installations énergétiques. Le Nigeria reflète, le mieux, cette situation : des groupes insurrectionnels se sont attaqués aux pipelines du Delta du Niger en causant une baisse de la production dans ce pays.

La sécurité des approvisionnements énergétiques prend, par ailleurs, une dimension hautement stratégique pour ce qui concerne les voies internationales de transit. Près de 90% du pétrole exporté du Golfe Persique, soit les deux cinquièmes du pétrole commercialisé dans le monde, transite par tankers à travers le Détroit d’Hormuz, situé entre l’Iran et Oman. Les 17 millions de barils/jour transitant par ce Détroit sont acheminés ensuite vers l’Ouest (Etats-Unis et Europe) à travers Bab al-Mandab, situé entre Djibouti, l’Erythrée en Afrique et le Yémen sur la Mer Arabe. Bab al-Mandab lie la Mer Rouge et le Golfe d’Aden jusqu’au Canal de Suez et au pipeline traversant l’Egypte et débouchant sur la Méditerranée. La seule autre voie disponible c’est de faire le tour de l’Afrique par le Cap de Bonne espérance.

Ces points très névralgiques ont été et reste toujours menacés par des conflits. Il existe un différend territorial entre les Emirats Arabes Unis (EAU) et l’Iran à propos de la souveraineté sur les trois Iles que sont Abu Musa, la Grande Tunb et la Petite Tunb, toutes situées dans le Détroit d’Hormuz. Il convient de rappeler que les troupes iraniennes avaient occupé ces Iles en 1992. Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) a adopté en 2001 une déclaration qui soutient la souveraineté des EAU sur ces Iles. Toutefois, l’Iran a rejeté l’offre du CCG de porter l’affaire devant la Cour Internationale de Justice (CIJ). Certains rapports évoquent, en particulier, le danger que représente la présence iranienne dans ce détroit vital. Bab Al-Mandab a été également affecté par un conflit : en 1995, le Yémen a affronté militairement l’Erythrée pour asseoir sa souveraineté sur l’Ile de la Grande Hanish, située au Nord de cette zone. De plus, l’attaque terroriste contre le navire de guerre américain USS Cole au Yémen a poussé, certains experts aux Etats-Unis, à croire que le « terrorisme maritime » est susceptible de menacer sérieusement les tankers venant du Golfe Persique.

Afin de sécuriser ces voies d’approvisionnement, les Etats-Unis ont déployé, depuis la guerre Iran-Irak, des navires de guerre dans la région. L’OTAN est également associée pour des missions de surveillance maritime dans la Mer Arabe. Un expert américain est allés jusqu’à affirmer que les dépenses militaires dédiées à la sécurisation du pétrole du Moyen Orient atteignent 50 milliards de dollars. Le contournement de ces voies d’acheminement implique l’emprunt de longues routes, très coûteuses qui réduisent les capacités et surchargent les livraisons. Afin de limiter la dépendance du Détroit d’Hormuz, l’Arabie Saoudite possède un Pipeline Est-Ouest d’une capacité de 5 millions de barils/jour de pétrole brut traversant le pays et débouchant sur le port de Yanbu. Le Gaz naturel est également acheminé à travers l’Arabie Saoudite par pipeline jusqu’à la Mer Rouge. Toutefois, le contournement du Détroit d’Hormuz et de Bab Al-Mandab par le pipeline Est-Ouest ne résout ni le problème de l’écart entre la capacité de production et la demande internationale, ni la nécessité de couvrir le trafic dirigé vers le Sud de la région.

Par ailleurs, le paradoxe du commerce énergétique fait que l’approvisionnement mondial est tel que les pays importateurs « financent » les pays exportateurs, même si ceux-ci ne respectent pas les règles du marché et adoptent une politique visant à la hausse des prix. Le fait que le Canada et le Mexique sont de grands exportateurs pour les Etats-Unis ne signifie pas que ceux-ci sont à l’abri des perturbations du marché et de l’augmentation du prix. Ceci est un facteur qui ne cesse de devenir récurrent. L’une des raisons à ce phénomène, est l’absence de capacités excédentaires permettant à l’offre de pétrole d’être toujours en mesure de satisfaire la demande. Il y a quatre ans, la capacité disponible de production permettait de faire face à la demande mondiale de plus de 10%. Aujourd’hui, ce taux n’est que de 2%. De cette manière, toute perturbation du marché international entraîne une hausse des prix. Par ailleurs, les réserves mondiales s’épuisent, au fur et à mesure, en raison de l’essor économique dans certains pays comme la Chine, la Russie, le Mexique et le Brésil. Certains experts parlent même d’un pic de la production mondiale qui sera suivi d’un déclin.

Les États-Unis sont, par ailleurs, très vulnérables à la dépendance énergétique car ils « dévoient » eux-mêmes la politique de diversification d’approvisionnement en renonçant aux ressources énergétiques iraniennes. Pourtant, l’Iran est le quatrième grand exportateur mondial de pétrole. De cette manière, toute perturbation de l’approvisionnement mondial de l’Iran entraînerait, inévitablement, une hausse importante du prix du baril qui pourrait ainsi atteindre, selon certaines estimations, plus de 300 dollars. Néanmoins, depuis 1996, Washington a imposé des sanctions contre l’Iran dans le cadre de Iran-Libya Sanctions Act (ILSA). Celui-ci impose un moratoire ainsi que des sanctions discrétionnaires à l’encontre des compagnies non américaines investissant plus de 20 millions de dollars par an (le chiffre a été remonté à 40 millions de dollars en 1997) dans l’industrie iranienne du pétrole et du gaz.

L’ancien Président Clinton avait même signé deux ordonnances prohibant aux compagnies américaines de faire des affaires avec l’Iran. Cette législation interdit spécifiquement tout contrat de financement dans le développement des investissements pétroliers de ce pays. En août 2001, l’ancien Président Bush a adopté des amendements qui touchent certains investissements et a étendu le mandat de l’ILSA de 5 ans. Il a, de même, reconduit, le 10 mars 2005, les sanctions, au titre de la législation Clinton, pour une autre année de plus pour motif que l’Iran « aurait poursuivi son soutien au terrorisme, saper le processus de paix au Moyen Orient et entretenu des efforts pour acquérir des armes de destruction massive ». Sur un autre plan, la richesse pétrolière de l’Iran, la hausse des prix, les distorsions du marché énergétique mondial ainsi que la hausse constante de la demande internationale sont tels qu’ils permettent à Téhéran de mettre en échec la politique de sanctions américaine. Celle-ci a, en outre, menacé d’utiliser le pétrole comme arme contre toute tentative d’agression contre elle.

La vulnérabilité des États-Unis vis-à-vis de la dépendance aux sources d’approvisionnement énergétique prend, par conséquent, une dimension stratégique qui ne se limite pas seulement à la notion de sécurité nationale mais s’étend également à l’influence des Etats-Unis dans le monde : le rapprochement entre Washington et les pays d’Asie Centrale dont l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan n’a pas des ressorts exclusivement énergétiques. Même si ces pays sont des producteurs ainsi que des exportateurs non négligeables de pétrole et de gaz dans la région caspienne, il n’en demeure pas moins que les intérêts américains dans des domaines comme la non-prolifération, la lutte contre le terrorisme et l’affaiblissement de l’influence de l’Iran sur les pays voisins sont des éléments géostratégiques qui sont sous-jacents à la politique régionale des États-Unis.

Le Kazakhstan a, non seulement, renoncé, en 1990, à ses armes nucléaires héritées de l’Union Soviétique, mais il est une puissance économique dans la région dotée d’une véritable économie de marché. Il entretient également de bons rapports avec Washington. Quant à l’Azerbaïdjan, sa position stratégique entre la Russie, la Géorgie, l’Arménie et l’Iran ne rend pas indifférente Washington. Sa proximité avec l’Iran est particulièrement un aspect clé.

En s’appuyant sur sa puissance pétrolière, Téhéran est, en effet, engagée dans une politique de coopération énergétique avec les pays d’Asie Centrale. Le Turkménistan et l’Iran ont achevé la construction d’une voie de transport de gaz naturel d’un coût de 190 millions de dollars. Appelé Korpezhe-Kurt Kui, ce pipeline lie les deux pays et il est le premier pipeline de gaz naturel qui contourne la Russie. Il devra transporter, pendant 25 ans, plus de 61.5 milliards de mètres cube/jour.

Par ailleurs, l’Iran a signé des accords avec le Turkménistan ainsi qu’avec le Kazakhstan en matière d’échange énergétique qui implique l’acheminement du pétrole de ces deux pays vers les raffineries dans les régions du Nord de l’Iran en échange de quantités similaires dans les ports iraniens du Golfe Persique. De plus, Téhéran a modernisé, début 2004, son port de Neka en Mer Caspienne afin de permettre de développer des capacités d’échange avec les pays de la région pouvant atteindre 50 000 barils/jour à 170 000 barils/jour.

L’Iran a, enfin, proposé à la Russie de signer un contrat d’échange énergétique d’une durée de 25 ans afin de délivrer plus de 300 000 barils/jour de pétrole russe au port iranien de Neka. En contrepartie, les Russes devront recevoir une quantité égale de pétrole léger dans les Iles Kharg au Golfe Persique. Les capacités de Neka peuvent atteindre jusqu’à 700 000 barils/jour. Téhéran augmente, enfin, la capacité de ses raffineries à Tabriz et Téhéran qui devrait atteindre jusqu’à 500 000 barils/jour.

Au-delà de la coopération énergétique à l’échelle régionale, l’Iran entreprend, grâce à sa puissance pétrolière, d’étendre son influence sur les pays d’Asie Centrale. Elle s’engage, par exemple, dans la construction de mosquées, d’écoles, dans le soutien aux défavorisés ainsi que dans l’enseignement religieux en Azerbaïdjan. Il existe également des liens très forts entre la communauté azérie en Iran et les populations en Azerbaïdjan. Washington se préoccupe davantage de l’influence iranienne grandissante dans ce pays.

L’interaction entre le facteur énergétique et la politique régionale des Etats-Unis est, d’ailleurs, reflétée dans cette « compétition » avec le Venezuela en Amérique Latine. Ce dernier pays utilise sa puissance pétrolière afin, d’une part, mettre en échec les accusations de Washington sur le fait qu’il serait un « régime populiste », tout en s’engageant, d’autre part, dans une politique régionale qui s’articule autour du développement de la coopération économique et politique avec les pays de la région des Caraïbes. Ceci s’est traduit par la promotion d’une initiative Andine connue sous le nom d’ALBA et dans le rejet des idées américaines de libre-échange et de démocratisation comme ceci est démontré par l’échec du projet américain d’une zone de libre-échange des Amériques ALCA lors du Sommet des Amériques qui s’est tenu à Mare Del Plata (Argentine) en novembre 2005.

La baisse de la production aux États-Unis

Concernant les facteurs internes qui fragilisent la dépendance américaine aux approvisionnements mondiaux en hydrocarbures, il y a le problème de la maintenance et de la sécurité des installations énergétiques aux États-Unis. L’échelle colossale de ces infrastructures comprenant 257 440 kilomètres de pipelines pétroliers, 4 000 plateformes off-shore et 10 400 centrales électriques est telle que les problèmes de sécurité de ces installations est devenue une question cruciale. L’expérience toute récente de ce pays laisse entrevoir l’ampleur des risques encourus. La coupure d’électricité en Californie en 2003, la hausse spectaculaire des prix lors des catastrophes de Katrina et de Rita l’an dernier et l’interruption de l’approvisionnement par pipeline à Prudhoe Bay en Alaska le démontrent clairement. Par ailleurs, il y a le problème de l’inadaptation du réseau américain de pipelines face à l’accroissement de la demande en pétrole aux États-Unis.

L’insuffisance des capacités avait causé d’innombrables problèmes pour transférer le pétrole d’une région à une autre du pays. Ces infrastructures seraient, pour la plupart, vielles et inadaptées aux exigences environnementales.

La récente catastrophe nucléaire japonaise aura sans aucun doute un impact psychologique sur la perception américaine sur la sécurité des installations énergétiques qui ne se limitent pas au nucléaire.
Mais l’élément clé qui aggrave la dépendance énergétique des Etats-Unis de l’extérieur, c’est le déclin de la production nationale et l’épuisement des réserves de pétrole et de gaz du pays. Selon le rapport de Energy Information Administration (EIA) de 2004, les réserves américaines sont estimées à 21.4 milliards de dollars dont 80% sont situées dans trois Etats (Texas, Louisiane, Alaska et Californie). Celles-ci ont baissé de plus de 17% depuis 1990.

En même temps, la production connaît un « essoufflement » significatif. Alors qu’en 1985, les États-Unis avaient une production estimée à 10.6 millions de barils/jour, ils ne peuvent produire, aujourd’hui, que 5.4 millions de barils de pétrole/jour seulement. C’est le taux le plus faible depuis 50 ans. L’évolution de la production de pétrole est, néanmoins, très variable entre les régions pétrolifères : tandis que la production baisse sensiblement dans les régions « onshore » comme le Texas et la Californie, celle du Golfe de Mexique, laquelle est essentiellement offshore, connaît un essor significatif en dépit de plusieurs infléchissements, par la suite de la catastrophe Katrina. Il est possible que cet essor soit dû, justement, à la hausse des prix. Celle-ci rend les explorations et l’exploitation dans les zones offshore, lesquelles, sont habituellement très coûteuses, profitables à terme. L’« énigme » de la production offshore aux États-Unis est nettement reflétée dans les remous provoqués par certaines révélations sur des découvertes de pétrole dans le Golfe du Mexique. Il semble, d’après les tests effectués à 282 kilomètres des côtes de la Louisiane, que des réserves estimées à 3 ou 15 milliards de barils gisent à 6 096 mètres au-dessous de la mer. De telles ressources pourraient augmenter les réserves américaines de pétrole de plus de 50% et semble même être la plus grande découverte depuis celle de Prudhoe Bay en Alaska, il y a de cela 38 ans.

Cependant, les coûts d’exploration et de production dans de telles zones off-shore sont très élevés. Rien que les tests ont coûté 100 millions de dollars. Les installations de production dans la région pourraient coûter entre 250 et 500 millions de dollars en plus d’une série de puits pétroliers de 120 millions de dollars chacun.

En tout, des dizaines de milliards de dollars seront nécessaires afin de ramener le pétrole jusqu’aux marchés énergétiques des Etats-Unis. Même si ces nouvelles réserves sont très attractives dans une région pas très éloignée des pays consommateurs et ce, au moment où les compagnies pétrolières occidentales ont du mal à trouver des opportunités dans les parties du monde qui sont très instables politiquement à l’instar de l’Afrique, de la Russie et du Moyen Orient, elle n’est, nullement, susceptible de réduire la dépendance des Etats-Unis aux importations de l’étranger. De plus, il n’y aura point d’incidence sur les distorsions du marché énergétique mondial et encore moins sur la hausse des prix. La catastrophe de British Petrolieum dans le Golfe du Mexique montre clairement les limites de l’exploration et de l’exploitation pétrolières dans les eaux profondes.

Le problème de la production américaine de pétrole, c’est son instabilité et sa vulnérabilité par rapport à des éléments qui ne cessent de devenir préoccupants. La conjonction entre des facteurs comme l’épuisement des réserves, les coûts exorbitants de la production offshore qui sont le résultat de l’épuisement des puits onshore amenant les compagnies américaines à explorer dans les eaux profondes, la difficulté à augmenter le nombre des puits ainsi que les catastrophes naturelles qui affectent, désormais, les infrastructures pétrolières et gazières contribuent à infléchir les capacités de production.

Juste un rappel historique plein d’enseignements pour le futur énergétique du Golfe du Mexique : au moment où les Etats-Unis s’attendaient à une augmentation des capacités avec l’ouverture de nouveaux champs pétrolifères off-shore dans le Golfe du Mexique à la fin 2003, 2004 et même en 2005 (southern Green Canyon deepwater area, Mars, Mad Dog, Ursa, Thunder Horse and Nakika Federal) et après que les effets dévastateurs de l’Ouragan Ivan de Septembre 2004 (qui avait perturbé considérablement les opérations au Golfe du Mexique avec 102 pipelines et 27 plateformes offshore affectés ou gravement touchés) aient été résorbés, les ouragans Katrina et Rita ont entraîné dans leur effets dévastateurs de l’année 2005, une perte de 86 millions de barils de pétrole brut et plus de 134 milliards de mètres cubes de gaz naturel. De plus, 804 millions de barils/Jour de pétrole raffiné n’ont pas été acheminés vers le marché.

La région de l’Alaska est, elle aussi, confrontée à une baisse de la production. Il y a là quelque chose de vraiment problématique dans la mesure où cette région était la plus prometteuse en production de pétrole aux Etats-Unis avec un « pic » de 2.02 millions de barils/jour en 1988. De plus, l’un des plus grands gisements onshore de pétrole léger de l’Amérique du Nord venait d’être découvert en 2000 (le champ pétrolier d’Alpine à une capacité de 63 000 barils/jour). En 2009, la production n’était que de 710 000 barils/jour, dont 48% sont produits à Prudhoe Bay. Cette baisse drastique de la production pétrolière en Alaska pousse, désormais, l’Administration américaine à réfléchir sérieusement à un développement de la production dans la région arctique, en particulier dans l’Arctic National Wildlife Refuge (ANWR).

Cette zone pourrait, selon un rapport de l’EIA, produire, à l’horizon 2013, entre 0.6 et 1.6 millions de barils/jour avec un pic en 2024. Cependant, la question de l’intégrité environnementale et les inquiétudes des autres pays ayant également un accès à la région arctique sont des facteurs qui limitent l’engouement de l’administration à voir dans les ressources énergétiques des régions inexploitées, une « aubaine » pour sortir de la dépendance aux sources étrangères de pétrole et de gaz.
La portée de ces questions importantes prend une dimension politique dans le débat intérieur aux États-Unis.

La National Energy Policy

Afin de comprendre l’envergure de la question énergétique aux États-Unis aujourd’hui, il est nécessaire de la placer dans son contexte historique : l’un des piliers de la sécurité énergétique aux États-Unis a été la constitution, dès l’embargo de l’OPEC de 1973, d’une Réserve Stratégique de Pétrole (RSP). Celle-ci a été forgée dans le cadre de l’implication des Etats-Unis dans l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA).

Les stocks stratégiques des 26 pays membres avoisinent 1.4 milliards de barils, soit 115 jours d’importation et les Etats-Unis, à eux seuls, détiennent 700 millions de barils. L’évolution de ce stock au cours des années 2000 affiche une augmentation constante avec un taux de croissance de 78%.Il convient de préciser que le stock stratégique en pétrole des Etats-Unis est maintenu dans des cavernes salées souterraines dans quatre sites non loin du Golfe du Mexique (dans les Etats de Louisiane et du Texas).

Toutefois, l’ancienne administration a introduit dans la pensée stratégique américaine quelque chose de nouveau : l’impérieuse nécessité de réduire la dépendance énergétique du pays de l’extérieur. Le point de départ de cette obsédante vision sécuritaire est le discours du Président Bush devant l’Etat de l’Union en Janvier 2006, dans lequel il a affirmé que l’«Amérique était devenue dépendante vis-à-vis du pétrole et qu’il fallait briser cette dépendance». D’aucun n’ignore que la guerre contre le terrorisme a dissimulé cette vision même si certains croient toujours que la guerre contre l’Irak n’a été que le prolongement logique de cette nouvelle vision sécuritaire.

Au début de l’année 2001, l’ancien président Bush avait crée le National Energy Policy Development Group (NEPDG). Composé de hauts officiels du gouvernement, ce groupe devait faire l’examen d’un plan d’ensemble qui aborde les véritables exigences énergétiques des États-Unis. Il était dirigé par le Vice Président de l’époque et ancien Président de la compagnie Halliburton, Dick Cheney.

La stratégie développée par ce groupe fut ensuite intitulée National Energy Policy. Elle ne visait point la réduction de la consommation énergétique mais plutôt la réduction de la dépendance vis-à-vis des importations par une augmentation de la production nationale en exploitant les réserves du pays par des forages dans les régions non habitées. Il est affirmé sur un ton dramatique « le déséquilibre fondamental entre l’approvisionnement et la demande définit la crise énergétique nationale [….] Si la production énergétique augmente au même niveau que celui de la dernière décennie, nos besoins énergétiques projetés excéderont le niveau attendu de la production. Si on laisse ce déséquilibre progresser davantage, il devra saper notre économie, nos standards de vie ainsi que notre sécurité nationale».

Il est proposé, dans ce rapport, non seulement une politique énergétique reposant sur les technologies mais également l’exploitation de la partie arctique de l’Alaska. L’idée étant non seulement de forer dans le versant nord de l’Alaska, une région fournissant déjà 17% de la production américaine de pétrole, mais également dans la partie arctique qui, selon les estimations du rapport, recèlent 22.5 milliards de barils de pétrole et près de 92 trillions de mètres cube de gaz naturel. Les deux zones qui promettent de vastes ressources sont Petroleum Reserve Alaska (NPRA) et Arctic National Wildlife Refuge (ANWR).

Toutefois, une telle politique avait suscité une longue controverse sur l’impact environnementale réel de tels projets d’investissement pour des écosystèmes protégés. Le constat justifiant une telle option est que les Etats-Unis auront besoin de 50% de plus en gaz naturel et près d’un tiers de pétrole supplémentaire pour face à la demande. Les estimations prévoient, en effet, un déclin de la production américaine de pétrole qui jusqu’à 2013 ne dépassera point la barre des 5 millions de barils/jour.

Le débat national aux États-Unis sur la politique énergétique

Le débat sur l’énergie aux États-Unis est reflété dans les tendances de deux groupes dont les objectifs sont diamétralement opposés : le groupe qui pourrait être qualifié d’« idéaliste » préconise la rupture avec la dépendance au pétrole en favorisant des politiques économiques et fiscales favorables à la substitution du pétrole par les énergies renouvelables et les biocarburants. Quant au deuxième groupe qui pourrait être qualifié des « réalistes », il refuse de nier l’importance du pétrole et se limite à préconiser des politiques de conservation de l’énergie, de diversification des sources extérieures du pétrole et du gaz, de développement du nucléaire et des énergies propres, d’augmentation de la production nationale de pétrole dans les régions non exploités comme la partie Arctique de l’Alaska ainsi que de coopération internationale avec les producteurs et les consommateurs des hydrocarbures. La politique de l’administration américaine reflète les préoccupations des deux groupes. Elle aspire donc au compromis plutôt qu’à une politique véritablement « transformationnelle » en matière de sécurité énergétique. C’est, d’ailleurs, pour cette raison qu’elle a été accusée de faible et d’insuffisante.

Le groupe idéaliste organisé autour de Set America Free Coalition considère que la production de pétrole aux Etats-Unis connaît un fléchissement en raison d’une baisse des réserves et que la demande poursuivra sa croissance. Il est également hostile au développement de l’industrie nucléaire parce celle-ci rend moins sécurisés les dispositifs nucléaires et constitue une atteinte à la politique de non-prolifération. Les initiatives de l’administration dans le domaine nucléaire sont, selon ce groupe, de nature à affaiblir les contrôles sur l’exportation de l’uranium hautement enrichi susceptible d’être utilisé pour la fabrication des armes nucléaires. Il a été souligné, dans le même ordre d’idées, que l’invitation d’autres pays à un accès libre aux réacteurs de recherche avancés en l’absence d’un mandat en matière de restriction du transfert de pareilles technologies à d’autres nations est susceptible d’affaiblir la politique de non-prolifération.

Par ailleurs, le reprocessing du combustible nucléaire devrait encourager d’autres nations à le faire, ce qui traduit un désengagement d’une politique suivie par les Etats-Unis depuis l’Administration Ford. Ce groupe est également hostile à l’intensification de la production dans les zones off-shore, y compris dans les régions fermées au forage pétrolier et il est favorable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans une logique de lutte contre le changement climatique.

L’idée-force du groupe « idéaliste » est la substitution, à long terme, des hydrocarbures par les « hydrates de carbone » et les biocarburants comme le Méthanol du cellulose dans la consommation énergétique aux États-Unis, plus spécialement dans le secteur du transport, lequel représente 60% de la demande américaine en énergie en mettant fin au monopole du pétrole. Des modèles de voitures connues sous le nom de E85 recourant à l’utilisation du méthanol existent, en effet, et sont encouragés dans plusieurs États.

Certains hommes politiques aux États-Unis sont particulièrement engagés dans cette stratégie, même si, celle-ci, serait tributaire des solutions technologiques qui devrait être apportées. En particulier, les biocarburants ne sont pas la « solution miracle » qui mettrait fin à la dépendance au pétrole. Il n’est proposé, ni plus ni moins, que des mélanges de carburants introduisant le méthanol du cellulose. Néanmoins, les partisans de cette politique défendent une option énergétique qui rendra possible de créer davantage d’emplois et de marchés et de donner libre court à la compétitivité de la production américaine de méthanol du cellulose. Les lobbys d’agriculteurs soutiennent, en effet, cette tendance qui favoriserait leur secteur.

Le groupe réaliste est, pour sa part, relativement « hétérogène », mais ses leviers stratégiques sont profondément ancrés dans l’establishment politique et économique aux États-Unis. Il est appuyé par la sphère dirigeante des grandes compagnies pétrolières américaines ainsi que par les milieux politiques conservateurs liés aux intérêts des grandes firmes. L’idéologie de ce groupe trouve, par ailleurs, un écho parmi les responsables républicains du Congrès et du Sénat.

Tous ses acteurs tendent à « discréditer » les axes du groupe idéaliste en soulignant que ses efforts sont essentiellement dirigés vers une infime partie de la consommation énergétique réelle aux États-Unis (durant les 25 prochaines années, les sources alternatives d’énergie ne contribueront qu’à hauteur de 1% seulement dans l’approvisionnement énergétique mondial), que le problème de la dépendance au pétrole n’est pas aussi facile à éluder et qu’il n’est que le résultat de la logique des marchés internationaux. Le pronostic des réalistes est que le gouvernement n’est pas en mesure de changer quoi que se soit à une telle situation.

Selon les tenants de cette vision réaliste, les avocats des nouvelles énergies doivent résister aux tentations rhétoriques qui consistent à suggérer que les problèmes énergétiques pourraient être facilement résolus. Ils ne le sont pas. Revivre la dépendance au pétrole, par n’importe quelle manière, devrait, de toutes les façons, requérir plus d’investissement en temps, en argent et en volonté politique. Selon eux, il n’y a pas de solution miracle et toute prête et il faudrait tenir compte de la vulnérabilité des États-Unis aux approvisionnements énergétiques internationaux qui engendre une toxi-dépendance (avec 5% seulement de la population mondiale, les États-Unis consomment plus de 25% du pétrole mondial. Même si le prix du baril descend à 60 dollars, les États-Unis dépenseront de toutes les façons, 4 320 milliards de dollars en importations de pétrole par an).
Par ailleurs, ce groupe rappelle que la plupart du pétrole de la planète est concentré dans des régions hostiles aux États-Unis ou qui sont vulnérables aux bouleversements politiques et au terrorisme.

La concurrence énergétique de la Chine

La satisfaction des besoins sans précédents en ressources énergétiques constitue aujourd’hui l’un des objectifs majeurs de la politique étrangère de la Chine. L’essor de l’économie chinoise, une urbanisation rapide, une industrie manufacturière en plein essor, des marchés à l’exportation de grande dimension, la taille de la population et le nouvel engouement des Chinois pour les voitures ont développé une demande qui pèse dans la balance énergétique mondiale.

La Chine est, aujourd’hui, le deuxième importateur de l’énergie de la planète et représente 31% de la demande mondiale en pétrole. La croissance de la consommation de pétrole dans ce pays représente en 2009 le tiers de la consommation mondiale.
La Chine poursuit, ainsi, sa politique d’investissement et d’accès aux sources mondiales du pétrole et de gaz qui devenue l’une des grandes préoccupations des tenants d’une sécurité énergétique aux États-Unis.

En effet, l’anxiété des milieux dirigeants aux États-Unis à l’égard de cette forte polarisation par la Chine de la demande mondiale en énergie concerne quatre problématiques qui se ramènent toutes à la question de la sécurité énergétique : la première est afférente à la part substantielle de la Chine dans les importations mondiales de pétrole et de gaz qui est potentiellement dommageable à l’avenir pour une sécurité des approvisionnements vers les États-Unis. Il n’y aura que l’Europe et les États-Unis qui seront en tête des approvisionnements énergétiques mondiaux.

Une telle configuration de la balance énergétique mondiale aura, sans doute, une incidence, non seulement sur les prix des carburants aux États-Unis, mais également sur la dépendance au pétrole de l’Amérique qui mettra, invariablement, a mal la sécurité énergétique à laquelle aspire l’Administration américaine.

Au-delà de cette préoccupation d’ordre interne, la stratégie d’approvisionnement en pétrole de la Chine constitue, par ailleurs, un défi régional pour les États-Unis. Ceux-ci assisteront, sans pouvoir rien faire, à une intégration de cette puissance asiatique avec les vastes espaces que sont la Russie de l’Est et l’Asie Centrale. Non seulement, Pékin développe ses propres pipelines à l’intérieur du pays mais ses compagnies nationales participent à l’édification d’un réseau de transport énergétique avec les régions voisines.

En effet, la Chine a été, en mai 2006, approvisionnée en pétrole brut importé à travers son premier pipeline pétrolier transnational liant Atasu au Nord du Kazakhstan et Alashankou dans la région autonome du Xijiang dans le Turkménistan chinois (1000 kilomètres). L’extrême Est de la Russie deviendra lui aussi une source de pétrole pour la Chine. Alors que les États-Unis font déjà face à une augmentation du prix du pétrole en raison de l’absence d’une capacité excédentaire de production utilisant les réserves de certaines régions du monde, voilà que la Chine sera en mesure d’accéder, de plus en plus, au pétrole de l’Est de la Sibérie.

Les réserves prouvées dans cette région atteignent 7 milliards de barils. Il semble que cette orientation stratégique de la Chine vis-à-vis d’un approvisionnement énergétique sûr et durable à partir de la Russie et de l’Asie Centrale vise à ne pas dépendre, totalement, du pétrole du Moyen Orient en raison du passage obligé de ce pétrole par les détroits d’Hormuz (Golfe Persique) et de Malacca (Asie du Sud Est) lesquels deviennent, de plus en plus, des zones à haut risque.

Le troisième facteur préoccupant pour les Etats-Unis qui est de loin le plus important, est l’acquisition par les compagnies pétrolières chinoises d’intérêts dans l’exploration et la production du pétrole et du gaz dans 21 pays dans le monde. En 2004, le pays avait haussé sa production pétrolière à l’étranger à hauteur de 20%.

En 2005, China National Petrolieum Corporation (CNPC) a annoncé que 18 milliards de dollars seront ajoutés à ces investissements entre 2005 et 2020. Cette compagnie avait, d’ailleurs, acheté, en août 2005, PetroKazakhstan, une compagnie canadienne disposant de larges réserves en pétrole dans la partie centrale du Kazakhstan (11 champs pétroliers). Elle a, en outre, investi plus de 8 milliards de dollars au Soudan dans la production ainsi que dans le transport par pipeline sur une distance de 1 500 kilomètres jusqu’à la Mer Rouge. Ce pays fournit jusqu’à 4% du pétrole importé par la Chine. 28% du pétrole importé par la Chine provient d’Afrique (Congo, Soudan, Angola). Entre 2005 et 2010, 1 des 5 nouveaux barils entrant dans le marché mondial viendront du Golfe de Guinée.

Les États-Unis ont, jusqu’ici, entamé une réorientation géopolitique afin d’accorder une importance stratégique à la région riche en pétrole du Golfe de Guinée à l’Ouest de l’Afrique où des milliards de dollars ont changé de main avec un impact négatif pour les États-Unis. Cependant, les États-Unis n’ont pas apporté de réponse et n’ont pas suffisamment réagi à l’intensification de l’activité de la Chine en Afrique qui a des conséquences, non seulement, pour l’accès aux ressources énergétiques mais, plus important encore, sur la poursuite, par les États-Unis, de ses objectifs en matière de diversification de ses sources d’approvisionnement énergétique dans le monde.

La Chine a récemment développé ses activités en Angola et au Nigeria. En relation avec sa soumission pour obtenir des droits pour un bloc d’exploration en Angola, elle a accordé à ce pays 2 milliards de dollars comme partie d’un ensemble d’aide à long terme. L’Angola a surpassé, en février 2006, l’Arabie Saoudite comme premier exportateur de pétrole vers la Chine. Selon des estimations, ce pays importe de l’Angola jusqu’à 750 000 barils/jour de pétrole. De plus, la Chine et le Nigeria ont signé, en juillet 2005, un accord de vente de pétrole brut d’un montant de 800 millions de dollars.

En contrepartie, la Chine a investi déjà 7 milliards de dollars dans ce pays couvrant un large éventail de secteurs dont l’agriculture et la vente d’avions de chasse. Pékin dispose donc d’une base solide en Afrique. Les échanges sino-africains sont, par ailleurs, institutionnalisés à travers le Forum Afrique Chine qui a été établi en 2000.

D’autres compagnies chinoises développent une stratégie d’accès direct au secteur pétrolier dans des régions comme la Russie, le Moyen Orient, l’Amérique du Nord et le Sud Est asiatique. Sinopec a ainsi acquis, en juin 2006, 97% du capital de la compagnie TNK-BP pour une valeur de 3.5 milliards de dollars. Celle-ci produit 120 000 barils/jour de pétrole et détient 1 milliard de barils de réserves prouvées en Russie. Sinopec a conclu également un contrat pour le développement des champs pétrolifères de Yadavaran (Iran) d’une capacité de production potentielle de 300 000 barils/jour et a pu acquérir 40% de Syneco Energy’s pour une valeur de 4.5 milliards de dollars devant produire plus de 100 000 barils/jour en 2010. Enfin, China National Offshore Oil Co.’s (CNOOC) est devenue la première compagnie pétrolière en Indonésie en achetant les champs pétrolifères de Repsol YPF’s.

Cet élan d’investissement des compagnies chinoises dans le monde suscite l’inquiétude des milieux politiques aux États-Unis. Le point culminant de la controverse chinoise a été la dispute à propos de la tentative avortée de CNOOC pour acheter UNOCAL, la neuvième grande entreprise pétrolière aux États-Unis et qui dispose de larges réserves au Sud Est asiatique. CNOOC a retiré son offre s’élevant à 18.5 milliards de dollars en août 2005. Les investissements d’UNOCAL sont, non seulement, importants dans le Sud Est asiatique mais également aux États-Unis eux-mêmes.

En effet, cette compagnie avait, en juin 2003, déclaré qu’elle envisageait de bâtir un terminal portuaire de pétrole brut et un Système de Transfert Offshore (BOOTS) d’une capacité de 1.2 millions de baril/jour dans le Golfe du Mexique à 160 kilomètre au Sud de Beaumont (Texas) qui sera lié aux raffineries de Houston/Texas City, Beaumont/Port Arthur et Lake Charles. Ce projet devra coûter 500 millions de dollars.
De nombreux politiciens à Washington ont considéré, en effet, une telle acquisition par la Chine d’une compagnie pétrolière américaine comme de nature à porter atteinte à la sécurité nationale aux États-Unis. Ceux-ci arguent, en outre, que la Chine ne respecte pas les « règles du jeu » dans sa stratégie énergétique car elle cherche constamment à « contrôler l’énergie à la source » en faisant référence à ses nombreux investissements pétroliers dans de nombreux pays.

Il est indubitable que la classe politique aux États-Unis est devenue consciente du fait que cette nouvelle réalité a de sérieuses implications, non seulement, sur la sécurité énergétique aux États-Unis mais aussi en termes de rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine, laquelle incarne, le plus, ce qui semble être le « grand jeu » du 21ème siècle. Cette préoccupation américaine concerne des considérations diplomatiques, militaires et stratégiques, autant qu’économiques et politiques et reflète la nouvelle attitude des Etats-Unis qui tend à percevoir la Chine comme une menace pour les Etats-Unis.

L’accès à de nombreux intérêts pétroliers dans le monde est devenu, désormais, une source de friction entre Washington et Pékin.
Le contrôle par la Chine de ses approvisionnements énergétiques s’élargit, ces dernières années, à des régions qui sont traditionnellement des sources privilégiées de pétrole et de gaz pour les États-Unis. La pénétration chinoise en Amérique Latine implique, non seulement, des investissements mais également un activisme diplomatique Déjà, en novembre 2004, le Président chinois, Hu Jintao a déclaré que 20 milliards de dollars seront investis dans le pétrole et l’exploration gazière au Brésil.

Par ailleurs, le Vice Président chinois, Zeng Qinghong, a signé, en juin 2005, de nombreux accords commerciaux et d’approvisionnement pétrolier avec le Venezuela d’un montant de 1.4 milliards de dollars. Il est à rappeler que le Venezuela est le quatrième grand exportateur de pétrole des États-Unis. La Bolivie est également concernée par la pénétration chinoise en Amérique Latine. La compagnie chinoise, CNPC avait, d’ailleurs, acheté des biens d’Encana’s oil en Equateur.

Pékin entretient aussi des rapports suivis avec le plus grand exportateur des Etats-Unis en pétrole, l’Arabie Saoudite. Le Président Hu a effectué une visite dans ce pays en avril 2006 au cours de laquelle, les deux Parties avaient signé des accords énergétiques et de défense. Il a été révélé, dans le contexte de cet évènement diplomatique entre le deuxième importateur mondial d’énergie et le premier exportateur mondial de pétrole, que les deux pays auraient discuté un plan pour la création d’une réserve stratégique de pétrole dans une ville au Sud Est de la Chine qui seraient approvisionnée par l’Arabie Saoudite. La compagnie saoudienne Aramco participe, en outre, avec un consortium regroupant d’autres firmes pétrolières occidentales dans un projet d’une valeur de 3.5 milliards de dollars pour l’élargissement de la grande raffinerie dans la province de Fujian (Chine).

Le facteur énergétique se dresse, enfin, comme obstacle aux efforts diplomatiques américains en vue d’imposer des sanctions à l’encontre de l’Iran. La crise du Darfour et celle du programme nucléaire iranien étant, aujourd’hui, des axes forts de la politique étrangère américaine. La Chine est hostile à de telles sanctions, elle qui dispose d’intérêts considérables dans ces deux pays.

Il existe, également, des remous chez les milieux politiques à Washington à propos des difficultés éprouvées par l’Administration américaine dans le dossier nucléaire de la Corée du Nord. Le Dialogue des Six Parties n’a pas, notamment, abouti à une issue favorable. La raison principale étant l’incapacité, de plus en plus, affichée par l’Administration américaine à impliquer, de manière décisive, Pékin dans sa politique « hostile » vis-à-vis de Pyongyang.

L’autre raison est la rivalité entre le Japon et la Chine sur la Zone Economique Exclusive (ZEE) du Japon qui est réputée riche en ressources énergétiques et ce, dans le sillage des grands différends territoriaux qui se sont multipliés, récemment, dans le Sud Est asiatique. En effet, la hausse constante des prix du pétrole, la demande énergétique importante des pays de la région, dont la plupart sont des importateurs nets incitent poussent ces derniers à vouloir imposer leur souveraineté, jalousement, sur les ressources en pétrole et en gaz de leurs Espaces Economiques Exclusifs. Ce en quoi, Washington fait face à un risque de compétition énergétique entre des pays réputés comme partenaires qui est de nature à exaspérer davantage les perturbations du marché énergétique mondial et à bouleverser les calculs de l’Administration américaine en rapport avec sa politique de diversification des sources d’approvisionnement énergétique du pays.

D’autres risques sont également visibles à l’horizon énergétique mondial comme la piraterie et le « terrorisme maritime » qui affectent les détroits par où passe la plus grande partie de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. 17 millions de barils/jour de pétrole, dont une partie substantielle est acheminée vers les Etats-Unis et la Chine passe à travers le détroit d’Hormuz. 46% des importations chinoises de pétrole provenaient du Moyen Orient. Ce pétrole doit traverser, ensuite, le Détroit de Malacca qui est un point très vulnérable de la planète

N’oubliant pas aussi que le facteur énergétique est un enjeu de premier ordre pour les stratèges militaires aux Etats-Unis et en Chine. Selon certains experts, l’establishment militaire chinois s’inquiète du fait que les Etats-Unis pourraient être tentés de couper la voie d’approvisionnement du pétrole en cas de conflit sur Taiwan. Le « réalignement » projeté des forces américaines stationnées dans l’Archipel japonais va peut être dans ce sens dans la mesure où il implique le déplacement de 8 000 hommes de la Force Expéditionnaire Marine III (MEF) ainsi que de 9 000 hommes du corps de soutien d’Okinawa à l’Ile de Guam à l’horizon 2014.

L’énergie devient non pas une raison valable d’une coopération productive, mais plutôt une source profonde de compétition, de mauvaise perception, et une excuse pour dresser des obstacles aux intérêts des deux pays.

Conclusion

La question de la sécurité énergétique aux États-Unis passe d’une exigence impérieuse et « épineuse » d’augmenter la production nationale dans des régions insuffisamment explorées mais qui sont toutefois problématiques tenant compte du facteur environnemental, à la « diversification » de l’approvisionnement à partir des sources extérieures du pétrole et du gaz et à la compétition pour le contrôle des sources de cet approvisionnement. Le dialogue avec les pays fournisseurs devient par conséquent impératif mais les États-Unis pensent également qu’il est de la plus haute importance de sécuriser les voies principales d’approvisionnement ainsi que d’ouvrir les négociations avec des pays potentiels à l’exportation vers les États-Unis.

Ceci est un élément clé qui n’a cessé d’être une préoccupation stratégique pour les États-Unis depuis les années 1990. Du déploiement de navires de guerre américains dans le Golfe Persique jusqu’à la période actuelle marquée par une multiplication de pays fournisseurs de pétrole et de gaz, Washington n’a jamais cessé de s’impliquer dans une politique de sécurisation des voies d’approvisionnement énergétique mondial.

Toutefois, l’instabilité politique et sécuritaire dans ces pays est de nature à compromette l’approvisionnement. C’est le cas notamment de certains pays africains ainsi que de la région de l’Asie Centrale. Ainsi, Washington a installé, avec des succès divers, des troupes dans des bases en Ouzbékistan, au Kirghizstan et en Géorgie avec l’arrière-pensée de sécuriser les sources d’approvisionnement. Le signe le plus clair de cette imbrication entre le facteur énergétique et les considérations proprement sécuritaires est la multiplication, ces dernières années, d’initiatives diplomatiques et militaires à l’instar de l’Africom.

Ces facteurs durables et structurants s’inscrivent dans la longue durée et expliquent l’écroulement de la politique énergétique voulue comme transformationnelle de l’administration Obama. Ils expliquent également et in fine le peu d’engouement des États-Unis pour les efforts internationaux dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques.

H.Rafik