Le président de l’Autorité française de sûreté nucléaire place désormais l’accident de Fukushima juste un cran en dessous de celui de Tchernobyl. Une explosion et un incendie ont touché la centrale dans la nuit. L’enceinte d’un des réacteurs n’est plus étanche.

• L’inquiétude internationale monte, le Japon demande de l’aide

Le président de l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN), André-Claude Lacoste, a déclaré mardi que l’accident nucléaire de Fukushima a atteint un niveau de gravité 6 sur l’échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, qui en compte 7. À titre de comparaison, le niveau 5 est celui de l’accident de Three Mile Island, le niveau 7 est celui de Tchernobyl. De son côté, l’agence de sûreté nucléaire japonaise ne confirme pas ce classement.

Le risque nucléaire est «extrêmement élevé», a néanmoins déclaré mardi matin le chef de la diplomatie française Alain Juppé, après une discussion avec son homologue nippon au sein du G8 à Paris. Avant lui, le ministre de l’Industrie Eric Besson avait estimé que l’«on est sur le chemin d’une catastrophe nucléaire».

Le directeur général de l’AIEA Yukiya Amano avait pour sa part estimé lundi «très improbable» que la crise dans la centrale nucléaire de Fukushima 1 dégénère en une situation comparable à celle de l’accident de Tchernobyl.

Pour faire face, le Japon a officiellement demandé à l’AIEA l’envoi d’une équipe d’experts après les explosions dans sa centrale nucléaire de Fukushima. Tokyo a également demandé aux États-Unis une aide sur les questions liées au refroidissement de réacteurs nucléaires.

• Deux brèches de huit mètres de large

La crise nucléaire s’est aggravée mardi à la centrale de Fukushima 1. Endommagée lors du puissant tremblement de terre suivi par un tsunami vendredi, la centrale, située à environ 240 km au nord de Tokyo, connaît une série d’explosions quasi quotidiennes . Deux ont atteint mardi ses réacteurs n°2 et n°4.

Une explosion d’hydrogène a ainsi déclenché un incendie dans le réacteur 4, qui était à l’arrêt pour maintenance lorsque le séisme s’est produit. Un bassin de stockage de combustible nucléaire usagé a été touché par les flammes, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique. Deux brèches de huit mètres de large sont en outre apparues dans l’enceinte extérieure du bâtiment, a annoncé l’Agence de sûreté nucléaire japonaise. Pour l’Autorité française de sûreté nucléaire, l’enceinte de confinement du réacteur numéro 2 de la centrale «n’est plus étanche». Or cette enceinte est destinée à isoler le coeur du réacteur de son environnement, afin d’éviter toute contamination radioactive.

Peu après 6 heures (minuit à Paris), une «grosse explosion» s’était déjà produite dans le bâtiment qui abrite le réacteur 2, a annoncé Tokyo Electric Power (Tepco), qui gère la centrale. Contrairement aux deux précédentes explosions sur les réacteurs 1 et 3, celle du réacteur 2 n’a pas été visible de l’extérieur et n’a pas endommagé le bâtiment externe.

Ces explosions sont la conséquence des opérations d’urgence lancées après la panne des systèmes de refroidissement des réacteurs provoquée par le tsunami. Depuis, la centrale, construite dans les années 1970, a été totalement mise à l’arrêt et Tepco injecte de l’eau de mer pour refroidir les réacteurs, un processus qui entraîne des rejets radioactifs.

Suite à ces nouveaux incidents, «le niveau de radioactivité a considérablement augmenté» sur le site de la centrale, a reconnu mardi le premier ministre japonais, Naoto Kan.

Des niveaux entre 30 et 400 millisieverts par heure ont été relevés autour des réacteurs, ont précisé Naoto Kan et l’AIEA. À partir d’une dose de 100 millisieverts reçue par le corps humain, les observations médicales font état d’une augmentation du nombre des cancers.

Le premier ministre a donc appelé les personnes habitant dans un rayon de 30 kilomètres à rester calfeutrées «à la maison ou au bureau». Cette mesure s’ajoute à l’évacuation, ordonnée samedi, des plus de 200.000 personnes résidant à proximité de la centrale. Le ministère japonais des Transports a par ailleurs instauré mardi une zone d’exclusion aérienne dans un rayon de 30 km au-dessus de la centrale.

• Une radioactivité ressentie jusqu’à Tokyo

Un niveau de radioactivité légèrement supérieur à la normale a également été relevé mardi à la mi-journée à Tokyo. Néanmoins, les autorités n’ont pas encore appelé les 35 millions d’habitants de la mégalopole à prendre des mesures de précaution particulières. À Saitama, près de Tokyo, le taux de radioactivité mesuré est 40 fois supérieur à la normale. À Maebashi, à une centaine de kilomètres au nord de Tokyo, le niveau de radioactivité est jusqu’à dix fois supérieur à la normale.

Tokyo, capitale à bout de nerfs

Selon une porte-parole de l’Organisation météorologique mondiale, les vents éloignent vers le large la menace de radioactivité sur le Japon. Une hausse légère du niveau de radioactivité a été constatée mardi jusqu’en Extrême-Orient russe, mais elle est demeurée cependant à un niveau jugé normal, ont rapporté les autorités russes.

Météo Consult : les vents repoussent la menace

De son côté, l’ambassade de France au Japon a démenti qu’un nuage radioactif se dirige vers la région de Tokyo. «Les prévisions météorologiques indiquent que le vent est en train de tourner : Tokyo n’est pas menacée par les retombées radioactives», précise un communiqué.

• Les étrangers s’éloignent

La France a conseillé dimanche à ses ressortissants habitant la région de Tokyo de «s’éloigner pour quelques jours» s’ils n’ont «pas une raison particulière» d’y rester. Plusieurs ambassades ont de même conseillé à leur personnel et à leurs ressortissants de quitter les zones affectées, les touristes ont abrégé leurs vacances et des compagnies internationales prévoient de se délocaliser hors de la ville.

Plusieurs journalistes étrangers, venus couvrir les opérations de secours dans le nord-est du pays durement frappée par le séisme et le tsunami, font également leur valise.

Les secouristes restent à pied d’œuvre

L’autre priorité des autorités japonaises est de porter secours aux plus de 500.000 personnes évacuées, dont beaucoup ont trouvé refuge dans des centres d’accueil. Les 100.000 soldats mobilisés et les secouristes étrangers tentent de répondre aux énormes besoins en eau potable et en vivres et de remettre en route les infrastructures (routes, téléphone…). «Nous manquons cruellement d’eau. Nous avons aussi besoin de couvertures» car les nuits sont fraîches, a témoigné un responsable de l’hôpital de Kesennuma.

Les sauveteurs continuent aussi, sans grand espoir toutefois, à rechercher d’éventuels survivants. Mardi, quatre jours après la catastrophe, deux personnes ont ainsi été retrouvées vivantes sous les décombres, dont une femme de 70 ans.

Pour l’heure, 2414 décès ont été confirmés par la police, un bilan appelé à s’alourdir au fur et à mesure de la découverte de nouveaux corps. On recense également 3118 disparus et 1885 blessés.

(lefigaro.fr)