A 25 ans, la romancière algérienne Kaouther Adimi affiche déjà un parcours littéraire que la critique parisienne salue avec la déférence due aux grands auteurs. Prix du Jeune écrivain francophone (2006 et 2008), prix de la Nouvelle des insomniaques (2007), prix du Festival international de littérature et du livre de jeunesse (2008), Kaouther fait florès aux côtés de ses aînés avec une fraîcheur d’âme et l’art d’un ciseleur.

Véritable révélation du monde littéraire, cette jeune romancière est venue à l’écriture par son appétit dévorant pour la lecture. « Petite, je dévorais livre sur livre et j’ai naturellement eu envie d’écrire. En 2006, j’ai participé au concours de nouvelles organisé par l’association du Prix du jeune écrivain.
Recevoir ce prix m’a permis de rencontrer d’autres jeunes écrivains en herbe, de participer à des ateliers d’écriture mais aussi d’affirmer un peu plus mon envie d’écrire », confie-t-elle à l’APS.

Née en 1986, Kaouther a vécu entre Alger, Oran, Grenoble et Paris. Une licence en langue française obtenue à l’université d’Alger, Kaouther se rend en France où elle décroche à la Sorbonne, une maîtrise en littérature générale comparée et un Master en Lettres modernes option arabe.

Kaouther qui concilie études et écriture, est consciente que l’écriture reste « avant tout un acte créatif, joint au plaisir de raconter et partager avec le lecteur l’envie de lui parler, sans jamais faire abstraction de la réalité ». Son roman « Des ballerines de Papicha » publié en 2010 aux éditions algériennes Barzakh et que la critique a qualifié de « sensible et percutant » sera réédité en mai prochain aux éditions Actes Sud, sous un autre titre: « L’envers de l’Autre ».

Ce livre dépeint l’histoire d’une famille, quelque part dans un quartier populaire d’Alger, plongée dans la tourmente de la promiscuité, du dés£uvrement et de la mal-vie, en un mot dans les difficultés de la vie.

« Je souhaitais (dans cet ouvrage) donner la voix à plusieurs personnages de générations différentes dont les discours se feraient écho. J’avais aussi envie de montrer un aperçu d’Alger, aujourd’hui, à travers l’histoire de personnages qui vivent ensemble, se croisent et se parlent sans jamais réellement se connaître », résume Kaouther.

Sur le choix d’un autre titre pour la réédition de ce roman, Kaouther avouera que la proposition vient de l’éditeur, que le nouveau titre « L’envers de l’Autre ») convient bien au roman et qu’elle n’avait pas envie de mettre une traduction tant le mot « Papicha » lui semblait difficilement traduisible en français. Dans son roman, Kaouther attribue le surnom de Papicha au personnage de Mouna, une fillette joyeuse et drôle, qui aime s’habiller avec féminité, et qui rêve d’un beau mariage.

Cette jeune romancière a également tenu à exprimer son « plaisir » d’avoir édité son roman d’abord en Algérie ensuite en France. « Je suis heureuse que mon roman soit en vente en Algérie à laquelle je suis profondément attachée », a dit cette romancière qui planche déjà sur un second roman.

Sur les plaisirs de la lecture, elle a avoué sa « frustration » de ne pas trouver en Algérie autant de livres à lire qu’elle le souhaite du fait qu’ils
sont d’abord « trop chers », qu’il y a si peu de librairies et de bibliothèques ». Pour cette romancière, qui figure parmi les auteurs les plus prometteurs de sa génération, être jeune en Algérie « c’est avoir l’envie d’améliorer les choses, d’avoir envie de ne rien faire, de rester en Algérie, de quitter l’Algérie, de dire non à tout, de dire oui à toutà C’est vivre dans une contradiction permanente ».

Le 8 mars, date symbolisant chaque année la lutte des femmes pour faire reculer toutes les formes d’exclusions et de discriminations, ne devrait pas se réduire à un simple cérémonial festif, mais à faire le bilan de tout ce qui reste à réaliser en s’appuyant sur ces femmes qui ont démontré qu’un projet social se construisait aussi par la conjugaison de talents de toutes les composantes de la société. Voilà ce qu’inspire déjà la jeune expérience de Kaouther.

APS