Abdelaziz Bouteflika doit sortir rapidement de son silence actuel pour éviter que l’Algérie soit touchée à son tour par le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe, estime un de ses alliés politiques.

Des membres en vue de la classe politique algérienne ont déjà adjuré le président de 74 ans de désamorcer les tensions en mettant en oeuvre des réformes radicales mais Bouguerra Soltani est le premier membre de l’alliance politique au pouvoir à réclamer explicitement une réforme de la Constitution.

Le chef du Mouvement de la société pour la paix (MSP), un petit parti islamiste modéré associé au gouvernement, a déclaré à Reuters que la clé de toutes les réformes était celle de la Constitution, qui devrait être amendée pour limiter à deux le nombre des quinquennats.

C’était le cas jusqu’en 2008, mais l’Assemblée populaire nationale avait amendé cette année-là la Constitution pour permettre à Bouteflika de briguer et d’obtenir l’année suivante un troisième quinquennat.

S’il a fait des apparitions publiques régulières ces derniers temps, le président algérien n’a prononcé aucun discours ni été filmé en train de prendre la parole depuis au moins trois mois, alimentant les rumeurs, officiellement démenties, sur son état de santé.

Ceci, estime Bougerra Soltani, ne saurait perdurer. « Bouteflika doit parler au plus tôt, dans les prochaines jours, pour calmer la situation. Tout délai serait susceptible d’aggraver la situation », a-t-il souligné.

Abdelaziz Bouteflika a cherché à prévenir en Algérie une révolte comme celle qui a emporté le 11 février l’ex-président égyptien Hosni Moubarak après 30 ans de pouvoir en annonçant une série de mesures – réduction de moitié des prix de denrées essentielles, levée de l’état d’urgence en vigueur depuis 19 ans et plus grande liberté de la presse, notamment.

Il s’est dit attaché à des réformes politiques, mais sans dire vraiment lesquelles, et son absence de la scène publique a alimenté l’idée avancée par certains détracteurs du régime que celui-ci était en pleine dérive.

Selon Bouguerra Soltani, les réformes politiques indispensables en Algérie doivent être portées par d’autres personnalités que celles qui sont actuellement au pouvoir.

D’ailleurs, selon lui, « les hommes politiques doivent prendre leur retraite à 70 ans », a-t-il dit, faisant clairement allusion au chef de l’Etat.

Il ne juge pas sain non plus que l’armée algérienne continuer à jouer un tel rôle en coulisse. « Comme au football, l’armée doit jouer un rôle d’arbitre. Elle ne doit pas s’ingérer dans le jeu politique, mais s’assurer que toutes les parties respectent les règles », dit-il.

Il se prononce enfin pour une amnistie générale de tous les insurgés islamistes « pour tourner la page de la violence » qu’a connue le pays depuis 1992, allant au-delà de celle que le président Bouteflika a offerte aux seuls rebelles acceptant de déposer les armes.

Reuters