« Les accords entre Tunisie et l’Europe sont asymétriques et doivent être repensés. »

Un parti politique est né officiellement aujourd’hui mardi 3 mai 2011, en Tunisie. Une conférence de presse aura lieu vendredi à l’hôtel El Mechtel à 16 heures. Le candidat du parti PTT pour la présidence de la République Tunisienne se nomme Abdel Jelil Bedoui.

Universitaire, diplômé en science politique à Grenoble, Jelil Bedoui présente sa thèse d’Etat en économie politique sur l’Etat et les développements économiques, une analyse comparative entre les pays émergents sur les trois continents. Proposé par l’UGTT, il démissionne après une journée, du gouvernement de transition, souhaitant ainsi une rupture totale avec l’ancien régime.

Abdel Jelil Bedoui a accepté de répondre aux questions d’Algerie-Focus.Com.

Interview

Algerie-Focus.Com : UGTT va créer un parti travailliste, êtes-vous le président de ce parti ?

Abdel Jelil Bedoui :
Je représente le parti qu’un grands nombre de syndicalistes ont pris l’initiative de créer. Le parti du travail Tunisien déborde l’aspect salarial. Il intègre les pêcheurs, les paysans, les intellectuels, etc.… L’aspect unificateur s’étend à tous les horizons sectoriels et professionnels. Le parti que je représente est une émanation de la volonté des syndicalistes.

La constitution adoptée le 1er juin 1959 va être modifiée. Une constituante devant être élue le 24 juillet 2011, que comptez-vous apporter comme changement ?

En principe, une nouvelle constitution devra être pensée. La tâche qui nous incombe est de redéfinir, de délimiter une nouvelle constitution pour fonder une République neuve. L’ancienne a été raccommodée un grand nombre de fois. Le débat reste ouvert.

Que comptez-vous modifier ?

Il s’agit de repenser les responsabilités de toutes les constitutions, les chambres, définir les prérogatives du Président en fonction de l’organisation de la vie politique ; réfléchir la relation entre la religion et l’Etat. Nous avons là une tâche de refondation.

Dans la constitution l’Islam est une religion d’Etat, quel est votre position sur le sujet ?

La Tunisie est une République. L’Arabe est sa langue officielle, et l’Islam sa religion. L’article premier précise que la Tunisie est un Etat libre. Son régime est la République. Il y a une tendance majoritaire à garder cette formulation ? Nous insistons sur la séparation de l’Etat et de la religion.

Que comptez-vous faire concernant les sans-papiers à l’étranger ?

Hocine Bardi est le porte-parole de la Fédération de France de notre parti travailleur. Un collectif se charge de cette question sous sa responsabilité. C’est un sujet sur lequel nous travaillons.

Les accords bilatéraux, signés avec l’Union Européenne, seront-ils amendés, revus ?

Nous exigeons que les accords soient repensés. Actuellement ils sont principalement portés sur les intérêts de l’Europe. Il faut donc mieux les équilibrer pour qu’ils soient moins asymétriques.

Que pensez-vous des centrales nucléaires sous-marines proposées par Areva à la Tunisie de Ben Ali ?

Je suis défavorable au nucléaire, hostile au nucléaire. D’autres énergies renouvelables mériteraient d’être développées et approfondies.

Quelle est la place des femmes au sein de votre parti ?

Nous croyons à l’égalité entre les hommes et les femmes. Je suis pour la parité et nous comptons favoriser une participation massive des femmes dans notre parti.

L’UGTT a une réputation assez ambivalente vis-à-vis de l’ancien pouvoir politique, certains journalistes parlent de corruption, êtes-vous de cet avis ?

Rares sont les organisations qui ne sont pas tombées dans ce piège. Il y a dans tous les organismes, des gens capables d’aller très loin pour bénéficier d’allégeances. L’UGTT était considéré comme un abri pour tous les mouvements politiques. Ces mouvements lui demandaient de jouer trois rôles contradictoires : un rôle d’expression contestataire, un second de médiateur privilégié avec l’Etat, et en troisième rôle, de défendre les acquis sociaux. Ce n’est pas simple. Il fallait contenter tout le monde. La corruption est ordinaire, mais l’UGTT ne se distingue pas par sa corruption. Ses dirigeants sont très exigeants. Il y a eu des périodes historiques où ce syndicat l’était moins. Nous travaillons vers plus d’autonomie, de transparence, de liberté. Nous voulons que cette organisation soit à la hauteur d’une véritable démocratie. Un dynamisme critique au sein de l’UGTT, une activité intense sur le plan critique est sans cesse à réactualiser.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours politique ? Étiez-vous en lien avec le parti de Ben Ali ?

Absolument pas. Je suis un universitaire et un opposant. J’ai été empêché de quitter la Tunisie.

Avez-vous fait de la prison ?

Nombreux de mes amis ont été emprisonnés. J’ai été l’objet d’intimidation et vécu quelques nuits dans leurs geôles. Je suis un opposant universitaire qui garde une certaine humilité.

Avez-vous des expériences associatives ?

Avec des étudiants, nous avons crée un journal que nous avions appelé l’émigré, en 1972. C’est la seule expérience associative. Je garde un très beau souvenir de cette époque. J’ai été conseiller de Habib Bachour, un homme combatif et militant.
Notre parti est dans une volonté de donner un souffle critique et contestataire pour jouer un rôle d’avant-garde.

Interview réalisée par Fadéla Hebbadj