« Le CNES, depuis le départ de feu le professeur Mohamed Salah Mentouri est devenu une chambre d’enregistrement des doléances de l’exécutif alors que tous les CNES de par le monde sont des institutions de propositions productifs grâce à un dialogue productif entre les différentes forces économiques et sociales évitant ce monologue lassant qui ne peut que conduire le pays à la dérive. »

Par le Dr Abderrahmane MEBTOUL, Expert International

Le CNES, depuis le départ de feu le professeur Mohamed Salah Mentouri est devenu une chambre d’enregistrement des doléances de l’exécutif alors que tous les CNES de par le monde sont des institutions de propositions productifs grâce à un dialogue productif entre les différentes forces économiques et sociales évitant ce monologue lassant qui ne peut que conduire le pays à la dérive. Le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir. Ce qui avait permis par le passé de faire du CNES un acteur incontournable de la scène politico-économique nationale. Le défunt avait refusé de faire de cette institution consultative une simple caisse de résonance du gouvernement comme le montrent clairement les rapports de conjoncture publiés régulièrement tous les trimestres, sous sa présidence, d’ailleurs largement reproduits tant au niveau national qu’international. L’important est de dire la vérité, rien que la vérité, évitant le dénigrement et l’autosatisfaction source de névrose collective se réfugiant sur un bilan de lois ou des réalisations physiques par l’unique dépense monétaire sans se préoccuper de la gestion, autosatisfaction que contredisent quotidiennement les pratiques sociales.

Outre qu’il faille se poser la question du pourquoi que la composante est sensiblement la même depuis plus de 20 ans, alors que la société a évoluée, le CNES est devenu depuis 2008 une annexe de l’administration. Pour preuve courant 2009/2010 et c’est récent le Ministre des finances annonce 9% de taux de croissance hors hydrocarbures. Le CNES dans ses rapports de conjoncture 2009/2010 écrit que c’est 11%(qui dit mieux) et que tous les indicateurs sont au vert selon l’expression du président du CNES reproduit par l’organe officiel APS , idem pour le taux de chômage qui serait de 10% et l’inflation maitrisée toujours selon les rapports du CNES. Or, deux mois après le Ministre des finances annonce un autre chiffre de 6%, contredisant le CNES. Et paradoxe, le 11 mai 2011 ce même président du CNES dit tout le contraire. Où est la crédibilité, et c’est dommage pour cette institution et l’Algérie ? Car, je suis convaincu que ce sont les idées qui mènent le monde.

Aussi, nous avons-nous- intellectuels (qui ne saurait s’assimiler aux diplômes mais la transmission des idées d’où le rôle important des médias surtout avec la révolution Internet), une lourde responsabilité vis à vis des générations futures, Ayant eu par le passé à participer aux débats du CNES entre 1996/2008 en tant qu’expert , et récemment à réaffirmer ma position sur bon nombre de rapports que j’ai jugé non objectifs sur le plan scientifique, considérant que le rôle de l’intellectuel n’ étant pas de produire des louanges par la soumission contreproductive pour le pouvoir lui-même en contrepartie d’une distribution de la rente( intellectuels organiques selon l’expression heureuse du grand philosophe italien Antonio Gramsci) , mais d’émettre des idées constructives, selon sa propre vision du monde, par un discours de vérité pour faire avancer la société, c’est pourquoi je ne participerai pas aux débats organisés par le CNES sur la société civile avec de nombreux amis et tout en respectant le choix personnel de ceux qui y participeront. C’est pour toutes ces raisons, rendant urgent, -car il y va de la sécurité nationale- d’organiser des États généraux de l’économie pour préparer l’après hydrocarbures, au sein d’une structure indépendante du gouvernement, (en dehors du CNES) rencontre qui devra tourner autour de dix axes stratégiques.

1- Premier axe, la gouvernance et l’efficacité des institutions impliquant d’analyser les dysfonctionnements des structures de l’Etat tant au niveau central que local, la problématique de la décentralisation responsabilisant les acteurs locaux à ne pas confondre avec la déconcentration. Les dernières actions de lutte contre la corruption qui prend des proportions alarmantes en Algérie doivent relever d’une volonté profonde de moralisation de la société devant passer par un contrôle pas seulement technique mais démocratique. En mettant sur le marché des sommes faramineuses sans prévoir des institutions et des instruments de régulation et de contrôle, ne fallait-il pas s’attendre à certaines dérives? Lié à cet aspect ayant un impact tant sur le fonctionnement des institutions , poser correctement la question de la place de la sphère informelle fonctionnant dans un espace de non droit , produit de la bureaucratie drainant plus de 40% de la masse monétaire en circulation et comment l’intégrer par des mécanismes transparents loin des mesures administratives ?

2- Deuxième axe, quel est l’impact des accords liant l’Algérie à l’Europe applicable depuis le 01 septembre 2005, quelles perspectives de l’adhésion future à l’organisation mondiale du commerce OMC et quelle est la place du secteur privé national et international pour instaurer une économie de marché concurrentielle dans l’économie nationale et donc quel est le futur rôle de l’Etat dans le développement économique et social face aux nouvelles mutations mondiales. Et dans quels créneaux investir en termes d’avantages comparatifs part entre infrastructures et entreprises dont agriculture, PMI/PME, tourisme, services) au sein des espaces socio-économiques naturels de l’Algérie à savoir l’espace maghrébin, posant l’urgence de l’intégration économique maghrébine, euro -méditerranéenne et arabo-africaine ?

3- Troisième axe ,quelle est la politique de régulation sociale liée à une véritable politique salariale, à mettre en œuvre évitant la distribution passive de la rente, une société fortement inégalitaire étant vouée à la décadence, les politiques de revalorisation de la ressource humaine, richesse bien plus importante que toutes les ressources d’ hydrocarbures fondement du management stratégique, de l’éducation, de la santé , de l’emploi liant l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale et quels sont les liens entre le mode d’accumulation, la répartition du revenu et du modèle de consommation par couches sociales supposant une analyse de l’inflation liée au mode de régulation, c’est-à-dire les mécanismes de production et de distribution de la rente des hydrocarbures ?

4- Quatrième axe , quel est le bilan du plan de soutien à la relance économique entre 2004/2009 de plus de 200 milliards de dollars, et les impacts attendus des 286 milliards de dollars prévus entre 2010/2014 dont 130 milliards de dollars de restes à réaliser montrant un gaspillage des ressources financières du pays , en comparaison de pays similaires ayant peu de ressources, son impact sur le taux de croissance réel et non nominal , sur le taux de chômage réel ( emplois productifs et non emplois rentes) et sur le pouvoir d’achat des citoyens tenant compte du taux d’inflation réel devant se méfier des réalisations physiques sans analyser les coûts, la qualité et les impacts économiques et sociaux réels et surtout de savoir si ces dépenses ont préparé l’après hydrocarbures N’aurions nous pas un taux de croissance faible déflaté par l’injection de la rente des hydrocarbures, l’actuel taux tant de croissance que du taux de chômage ne sont-ils pas des taux artificiels ?

5- Cinquième axe , quel est le niveau réel des réserves d ‘hydrocarbures, les coûts d’extraction ( gaz/pétrole) tenant compte de la rentabilité financière , quelle est la stratégie énergétique, du modèle de consommation énergétique de l’Algérie entre 2011/2020 et la promotion des énergies renouvelables tenant compte du défi écologique et d’un espace équilibré et solidaire au moyen d’une nouvelle politique d’aménagement du territoire?

6-
Sixième axe, quel est la future politique budgétaire et donc de la dépense publique et en s’agit-il pas de réorienter toute la politique socio-économique ? C’est que le projet de la LFC pour 2011 prévoit un déficit de 4.693 milliards DA (mds DA), soit un ratio par rapport au PIB de 33,9%, contre 3.355 mds DA dans la loi de finances initiale. La loi de finances 2011 tablait sur un déficit budgétaire de 3.355 mds DA, soit 28% du PIB. Le creusement du déficit, projeté pour 2011, survient sous l’effet de la dépense de fonctionnement qui s’accroît de 857 mds DA et sous l’effet de la dépense d’équipement qui s’accroît de 797 mds DA pour faire face à un programme additionnel de logements sociaux et ruraux et au renforcement de l’action économique de l’Etat, selon le projet et ne risque t- on pas à cette allure d’aller vers une inflation vertigineuse que l’on comprime artificiellement par des subventions mal ciblés , rendant nécessaire l’élévation des taux d’intérêts pur éviter la faillite bancaire et par conséquent l’épuisement du fonds de régulation entre 2013/2014. Car en cas d’un repli du cours du pétrole, cela serait dramatique dans la mesure, où selon le projet de LFC 2011, les équilibres budgétaires seront tendus en 2011, au regard du déficit du Trésor, la résorption nécessiterait un prix du baril de pétrole à plus e 135 dollars sous réserve d’une stabilisation du cours du dollar.

7- Septième axe -Quelle sera la politique financière du pays, de la réforme bancaire lieu de distribution de la rente, de la gestion des réserves de change et leurs placements: où, comment et combien a-t-on placé à l’étranger et quel leur rendement tenant compte du taux d’inflation et des taux d’intérêts directeurs ?

8- Huitième axe, l’impact des dernières mesures de suppression des crédits à la consommation et du passage du Remdoc au Crédoc , la traçabilité existant déjà au niveau du Remdoc, notamment sur les PMI/PME constituant la majorité du tissu économique productif sur la valeur , et non le volume des importations, en référence à l’évaluation de la dépense publique en comparaison aux normes de gestion internationales pour calculer les surcoûts .

9- Neuvième axe, l’impact des nouvelles dispositions 70% minimum national 30% pour le commerce et pour les autres secteurs 51% national minimum et 49% pour les étrangers ? Pourquoi cette généralisation à travers des lois. L’intelligence ne suppose t- elle pas des actions ciblées, la notion de secteur stratégique ou pas étant historiquement datée, les expériences montrant que ce qui est stratégique aujourd’hui peut ne pas l’être demain, ce qui est non stratégique peut le devenir, au vu des mutations tant internes que mondiales ?

10- Dixième axe , se poser la question centrale du blocage actuel qui est d’ordre systémique, donc politique avec la faiblesse d’un Etat de droit et de véritables contrepoids politiques, les partis actuels suscitant une méfiance généralisée de la population algérienne incapables mobiliser et surtout de susciter une adhésion qui influent négativement sur l’économie, favorisant une corruption socialisée. Cela pose la problématique de l’approfondissement de la réforme globale renvoyant à la refonte de l’Etat sur des bases démocratiques devant faire jouer à l’Etat régulateur le rôle stratégique qui est le sien au sein d’une économie de plus en plus globalisée, pour le passage d’une économie fondamentalement rentière à une économie productive.

En résumé, l’entrave principale au développement en Algérie trouve son explication en une gouvernance mitigée, provenant de l’entropie impliquant la refonte de l’Etat, largement influencée dans ses nouvelles missions par l’internationalisation de l’économie. En fait, la solution durable passe par une gouvernance renouvelée et la valorisation du savoir, pilier du développent du XXIème siècle. Et pour ce dernier facteur stratégique, comment ne pas appeler , la récente enquête inquiétante, de l’importante revue américaine Foreign Policy de 2010, classant l’Algérie parmi les plus vulnérables au monde avec une note de 8,6 sur 10 pour la disparition et la dispersion de l’élite, s’agissant d’une des notes les plus mauvaises du monde et de conclure : « les très bas salaires et l’environnement politique défavorable hypothèquent l’avenir de l’Algérie qui risque de se retrouver sans son intelligentsia pour construire son avenir ». Face à cette situation, il est urgent d’entreprendre des actions politiques concrètes loin du replâtrage comme l’ouverte des médias lourds, allant vers des réformes politiques en profondeur et de convoquer des États généraux du de l’économie pour tracer la future politique économique et sociale de l’Algérie 2011/2020 et préparer l’après hydrocarbures, 16/25 ans étant demain. Seul le dialogue permanent et la concertation permettront d’aborder avec un planning opérationnel de réalisation daté réaliste, lucidement et sans passion, les problèmes stratégiques déterminants qui engagent l’avenir du pays.

En fait cela implique une vision stratégique conciliant les réformes socio- économiques, l’Etat de droit et la démocratie solidaires. Aussi, il me semble impératif de réfléchir aux voies et moyens nécessaires pour contrôler et réduire cette entropie à un niveau acceptable afin de réaliser cette transition stratégique d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures supposant un profond réaménagement au niveau des structures du pouvoir. Meditons ce proverbe chinois plein de sagesse « la modestie permet de progresser ; l’arrogance est un frein » (proverbe chinois).

Le 13 ami 2011 Professeur Abderrahmane MEBTOUL