Comme je l’avais prédit dans mes contributions à  la presse algériennes  et dans mes interviews au niveau international,  la rencontre  sur la société civile organisée par le conseil économique et social  du 14 au 16 juillet 2011 comme il fallait s’y attendre a montré un  visage désolant  du moins pour ceux qui se sont prêtés à ce spectacle, qui étaient de loin de représenter la véritable société civile algérienne. Certains observateurs étrangers et nationaux ont pu parler d’un spectacle  folklore, d’autres d’une véritable foire.

1.- La confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traverse et sa relation  complexe à la société et à l’Etat ajoutent à cette confusion. En Algérie l’observation lucide met en relief  quatre  sociétés civiles fondamentalement différentes et antagoniques  trois au niveau de la sphère réelle et une dominante dans la sphère informelle. Le plus gros segment, présent au conseil économique et social qui est d’ailleurs l’interlocuteur privilégié et souvent l’unique des pouvoir publics  sont des sociétés dites civiles appendice du pouvoir se trouvant  à la périphérie  des partis du FLN/ RND/, MSP  vivant en grande partie du transfert de la  rente. Deuxièmement   une société civile ancrée franchement dans la mouvance islamiste, en dehors du MSP, peu présente,  formant un maillage dense. Troisièmement   une société civile se réclamant de la mouvance démocratique, faiblement représentée à cette réunion  peu  structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et  minée par des contradictions en  rapport, entre autres, avec la question du leadership. Enfin,  lorsqu’un Etat veut imposer ses propres  règles à la société, celle-ci enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner avec ses propres organisations, une société civile informelle qui n’était pas présente  alors qu’elle   contrôle  40% de la masse monétaire en circulation, contribuant à plus de 50% à la valeur ajoutée hors hydrocarbures et employant  la même proportion de la population active. Sans l’intégration intelligente de la sphère informelle, il ne faut pas  compter sur une réelle dynamisation de la société civile.

2.-Comme il fallait s’y attendre cette rencontre  a montré un  visage désolant : une présence non représentative, formelle et ostentatoire, impuissante à agir sur le cours des choses et à formuler clairement les préoccupations et les  aspirations de la société réelle.  L’on  a pu constater hélas l’état de désorganisation et de léthargie dans lequel se trouve les segments présents où comme par le passé dans les congrès du parti unique  l’on a misé sur le nombre pour aboutir à des recommandations générales que bon nombre d’intellectuels  ou d’organisations avaient déjà suggérées aux pouvoirs publics. Comme  cette phraséologie pompeuse que l’on retrouve  sur tous les sites internet  traitant de la société civile ; je cite l’agence de presse officielle  APS »  la rencontre a vu  l’adoption de la  charte de la société civile  à l’issue des travaux des premiers états généraux de la société civile qui    considère la société civile comme un « élément constitutif » de la nation et « un lieu privilégié » de la promotion de la citoyenneté dont elle est un élément fondateur ; comme une « source d’incitation à la cohésion nationale », avec pour but de « promouvoir l’intérêt général dans un cadre démocratique ». Pourquoi ces dépenses inutiles afin de meubler la scène politique pour aboutir à des résultats dérisoires ? Exemple, certaines organisations ont demandé à l’Etat    plus de subventions, la rente toujours la distribution de la rente  alors que les  propositions certes intéressantes du patronat, ont déjà été formulées au niveau de la Tripartie.

3.-Comment expliquer cette situation ? C’est qu’ ’en ce mois de juin 2011 le constat est amer : vieillissement des élites politiques issues de la guerre de libération nationale, obsolescence du système politique et enjeux de pouvoir internes, crise économique, sociale et culturelle et, enfin, contraintes externes de plus en plus pesantes ont abouti à  l’absence dramatique d’une véritable stratégie nationale d’adaptation au  phénomène total et inexorable qu’est la mondialisation.  La conjonction de facteurs endogènes et exogènes  a abouti finalement à une crise systémique d’une ampleur inattendue et à une transition chaotique  qui se traîne en longueur depuis au moins 1986. J’arrive à cette conclusion  que le blocage  est essentiellement d’ordre culturel certains décideurs rêvant toujours, déconnectés  des réalités,  croyant  toujours être dans les années 1970 (vision dictatoriale et paternaliste) alors que le monde qui nous entoure et l’Algérie ont profondément changé. C’est pourquoi la réunion du conseil économique et social sur la société civile ne pouvait aboutir qu’à des résultats mitigés.

Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL EXPERT International