Après une solide année 2010, la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) s’efforce de retrouver ses performances passées malgré un démarrage difficile en 2011. Les indices de certains secteurs affichent une tendance à la hausse, tandis qu’une nouvelle cotation et une nouvelle stratégie de développement semblent pouvoir bénéficier à la Bourse.

Le Tunindex a rebondi de 18.4 % au cours de l’exercice 2010, un taux annuel en hausse pour la huitième fois consécutive. Les 11 sous-indices sectoriels suivis par la BVMT ont enregistré une augmentation pendant l’année. L’indice des services financiers a été le plus performant (+ 37.7 % pour l’année entière), suivi par les indices bâtiment et matériaux de construction (+ 27.77 %) et valeurs industrielles (+ 24.83 %). Le volume des transactions a progressé de 49 % par rapport aux chiffres de 2009, tandis que la capitalisation boursière en pourcentage du PIB est passée de 20.8 % fin 2009 à 24.1 %.

En 2010, les activités ont été portées par la réintroduction de mesures d’incitation fiscales, qui permettent aux sociétés qui introduiront plus de 30 % de leur capital en bourse d’ici à 2014 de bénéficier pendant cinq ans d’une réduction du taux de l’impôt sur les sociétés, de 30-35 % (en fonction du secteur) à 20 %.

L’année a également été marquée par cinq nouvelles cotations en bourse, les plus importantes étant celles de Carthage Cement et Ennakl, un distributeur automobile. La cotation de Carthage Cement a permis de lever 134.9 millions de dinars tunisiens (68 millions d’euros), celle d’Ennakl 128.4 millions de dinars tunisiens (64.7 millions d’euros). Les actions de Carthage Cement figurent également parmi les actions les plus échangées au cours des dernières semaines et des derniers mois. Les autres sociétés ayant fait leur entrée en bourse étaient issues du secteur des services financiers ; elles comprenaient deux compagnies d’assurance et de réassurance, Assurances Salim et Tunis Re, ainsi que Modern Leasing.

À l’inverse, le marché boursier connaît jusqu’à présent une année 2011 plus difficile. Dans le contexte d’agitation politique qui a marqué le début de l’année, celui-ci a fermé pendant deux semaines, après avoir enregistré des pertes importantes. Mi-juillet, le Tunindex s’établissait à 14.9 % en deçà des niveaux du début de l’année. Toutefois, ces résultats en berne ne sont pas exclusivement imputables aux troubles nationaux. Les marchés du Maroc voisin, par exemple, qui subit pourtant des bouleversements extrêmement limités, accusent un fléchissement de quelque 10 %.

L’indice a affiché des performances nettement inférieures à celles de l’indice MSCI Marchés émergents, qui enregistre un fléchissement d’environ 1 % sur l’année. Le nombre de transactions à la première moitié de l’année 2011 a également reculé de façon significative ; chiffré à 1.19 million à la même période en 2010, il s’établit désormais juste au-dessus de la barre des 570 000, soit un déclin de 51.67 %.

Malgré ces revers, la Bourse tunisienne est restée un investissement solide sur le long terme. L’indice Tunindex a progressé de quelque 120 % au cours des cinq dernières années, en dépit des replis récents. Ce résultat peut être comparé à la hausse de quelque 55 % de la valeur de l’indice MSCI Marché émergents, qui reflète la surperformance globale de la Tunisie. L’indice a également connu une certaine embellie depuis le début du mois de juin, avec une hausse de 4.26 % sur le mois, et sa valeur s’établissait début août près de la barre des 4 420 points.

Certains secteurs ont également affiché une tendance à la hausse depuis le début de l’année, malgré un repli global de l’indice Tunindex. Cette année, depuis le 15 juillet, le sous-indice bâtiment et matériaux de construction, en hausse de 9.17 % depuis janvier, domine les sous-indices sectoriels. Deux autres secteurs ont affiché d’excellents résultats, à savoir les valeurs industrielles (+ 4.76 %) et la production de matières premières (+ 3.14 %). En revanche, le secteur de la production de biens de consommation a reculé de 3.14 %.

À l’inverse, les plus mauvais résultats ont été enregistrés par les banques ; certaines ont octroyé des prêts à des personnalités de l’ancien régime, qui pourraient ne pas être remboursés, ce qui justifie en partie le fléchissement de 19.3 % cumulés à ce jour. Les compagnies d’assurance ont également subi un contrecoup (- 18.57 %).

Malgré un début d’année difficile, et les défis continus auxquels sont confrontés certains secteurs, le marché boursier reprend sa croissance. Au mois de mai, la BVMT a enregistré sa première cotation de l’année, avec l’ajout de la société Telnet Holding, spécialisée dans les technologies. Son introduction en bourse a mis en évidence « l’appétit » continu des investisseurs pour de nouvelles cotations. La Bourse cherche par ailleurs à attirer de nouvelles sociétés, et la réussite de Telnet est un précieux exemple pour d’autres sociétés potentielles.

Début juillet, le président du comité d’administration de la BVMT, Fadhel Abdelkefi, a annoncé l’adoption d’une nouvelle stratégie de développement du marché pour 2011-2013, axée autour de cinq objectifs : renforcer la culture du marché financier national et la sensibilisation par le biais des médias, de campagnes d’éducation et de journées portes ouvertes ; approfondir le marché en augmentant le nombre de sociétés admissibles en bourse ; poursuivre le développement du marché des obligations ; améliorer les plateformes informatiques de l’organisation, en mettant notamment en place une nouvelle plateforme d’information et d’opération électronique en 2012 ; et développer les ressources humaines de la Bourse par le biais de programmes de formation supplémentaires.

Au vu de ces plans d’avenir et des succès du passé, il semble probable que les résultats du premier semestre 2011 restent un phénomène marginal dans la trajectoire globale du marché, dans une perspective à long terme.

Oxford Business Group