1- Le rôle de l’intellectuel, du journaliste, d’un cadre de la Nation, et, plus généralement, de tout patriote intègre soucieux des intérêts supérieurs de l‘Algérie, est d’éviter tant la sinistrose et le dénigrement gratuit que l’autosatisfaction, source de névrose collective, mais également d’émettre son analyse et son appréciation selon sa propre vision du monde.

Le débat contradictoire productif, le dialogue serein, la symbiose Etat/citoyens sont, me semble t-il, la condition sine qua non pour établir tant un bilan objectif afin de corriger les erreurs, que de tracer les perspectives futures du pays. Et si j’ai accepté, le 21 aout 2011, l’invitation de mon ami Mohamed BAHLOUL, directeur de l’Institut des Ressources Humaines à Oran, et ayant eu le privilège (l’élève me semble a dépassé son maitre et j’en suis fier pour l’Algérie) d’avoir été son professeur tant durant sa licence es sciences économiques qu’en magister, c’est justement afin de mener ce débat productif que j’appelle de mes vœux depuis de longues années.

Le débat que nous avons animé avec lui et mon ami Rachid MOHAMED BRAHIM, ancien membre de mes équipes de recherche notamment entre 1974/1977 et ex-conseiller économique à la chefferie du gouvernement, rentre dans cet objectif stratégique. Aussi, c’est avec surprise que j’ai lu le compte rendu sommaire de l’agence officielle APS en date du 22 aout 2011, qui selon elle, précise que les experts qui ont animé le débat sur la transition, auraient affirmé que l‘Algérie est sur la bonne trajectoire. Or, et tout simplement, nous avons insisté sur le fait que la société avait pris conscience d’un changement pour une transition démocratique pacifique alors que les pratiques de gouvernance ont malheureusement peu changé.

Le rédacteur du texte a confondu prise de conscience et changement réel ! L’APS ignorerait-elle que nous sommes à l’ère d’Internet où le monde est devenu une maison de verre ? Pourquoi cette désinformation contreproductive pour le pouvoir lui-même ? L’Algérie n’a-t-elle pas surtout besoin d’un regard lucide et non de courtisans ? Pour l’opinion publique, afin qu’elle ne soit pas induite en erreur par cette propagande de l’ère du parti unique, nuisible aux intérêts du pays et à notre statut d’intellectuel, et sans rentrer dans les détails (ma longue intervention introductive à ce débat qui a duré 30 minutes ayant été transmise en synthèse à l’ensemble de la presse algérienne), voici les conclusions qui ont fait le consensus, tant des trois experts animateurs, que de la nombreuse assistance qui a participé au débat.

2- Le blocage est d’ordre systémique en Algérie. Le vrai débat sur la transition, qui dépasse largement l’aspect monétaire, est de relancer la sphère réelle, afin de créer des emplois créateurs de valeur ajoutée afin de diminuer les tensions sociales renvoyant à des facteurs politiques, sociaux et culturels car le blocage est d’ordre systémique et il n’est pas seulement dû à des facteurs économiques, au moment où la population algérienne passera de 36 millions à 50 millions, sans pétrole et sans gaz, dans 25/30 ans, et ce, dans l’hypothèse d’un scénario raisonnable.

L’objectif stratégique pour l’Algérie est la transition rapide d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures supposant une gouvernance renouvelée, la valorisation de l’entreprise et de son support la ressource humaine, richesse bien plus importante que toutes les ressources des hydrocarbures, tout en réhabilitant son élite, ce qui suppose de profondes réformes politiques et économiques solidaires. L’Algérie a le choix entre deux variantes :

Première variante, une transition démocratique pacifique grâce à un dialogue sans exclusive, entre les différentes forces sociales et économiques, une mobilisation citoyenne, une société participative tenant compte des bouleversements du monde, notamment au moment du printemps arabe où les peuples ont vaincu l’ennemi le plus mortel, LA PEUR.

Deuxième variante, ignorer la transformation du monde, continuer dans une gestion autoritaire, administrative des années 1970, assimilant la population algérienne à un tube digestif que l’on croit calmer par la distribution de revenus sans contreparties productives, se refugiant dans l’élaboration de lois alors que l’Algérie a les meilleures lois du monde – que contredisent quotidiennement les pratiques sociales – alors que le problème est ailleurs, et qu’il faut une nouvelle gouvernance liée à un Etat de droit, renvoyant à une nouvelle régulation politique, sociale et économique. Cette dernière variante préparerait alors, à terme, une très grave déflagration sociale. Espérons que la raison l’emportera au profit exclusif de l’Algérie et d’une manière générale pour l’ensemble du Maghreb et l’Afrique dont l’intégration économique est une nécessité historique et économique face à la nouvelle configuration géostratégique mondiale.

J’ai tenu à faire cette mise au point afin que mon nom ne soit pas associé à cette mascarade, de ne pas entacher ma crédibilité tant nationale qu’internationale, mon seul souci étant le bien être de l’Algérie, car ce flash de l’APS a été répercuté comme par enchantement à l’échelle internationale et repris par tous les journaux gouvernementaux algériens.

Professeur Abderrahmane MEBTOUL, économiste