L’évènement pour certains démons : l’ambassade d’Israël en Égypte attaquée. C’est l’occasion de revenir sur une tribune d’André Glucksmann publiée dans le journal « Le Monde » dans la rubrique « Débats ».

La cadence accélérée imprimée au temps de la réflexion déclenchée par les Arabes, une appellation, que certains affectionnent particulièrement depuis janvier 2011, a pris de cours les élites. Celles qui raisonnablement peuvent et doivent prendre de la distance et de la hauteur, les philosophes, en sont désarçonnées. André Glucksman, à lire cette tribune dans le journal Le Monde du 19 février 2011, en est une victime. Dans cette tribune, il en vient à broder une opinion factuelle éloignée de la rigueur nécessaire à l’explication et à la compréhension de ces avènements et non plus événements. Des avènements, telles des flèches, vont donner une tout autre direction à toute la phénoménologie qui suivra et différente de celle qui a été programmée par des élites et intellectuels dont la corruption n’est plus à démontrer. Durant les années (19)90, André Gluksmann et ses acolytes ont justifié les recours au militarisme prétendument sécuritaire, en Algérie par exemple, pour aller fondamentalement et frontalement contre les aspirations de certains peuples au profit d’autres peuples.
David Hume, philosophe du 18ème siècle a, dans le livre intitulé Dialogues sur les religions naturelles, et pour des raisons de prestige et de richesse, trahi Jean Jaques Rousseau, un autre philosophe. Il a été victime de sa propre guillotine qu’il a définie en réfléchissant au problème du comportement des individus en termes simples d’opposition ou de contradiction. Cette guillotine part de ce qu’un homme « est » en l’opposant à « ce qu’il doit être » pour arriver, selon ses pensées, à ce « qu’il doit être » ou « ne doit pas être ».

Dans le chaudron qu’est devenue toute l’Afrique du Nord, à la centralité de la question palestienne, cette guillotine ne peut être appliquée puisqu’elle « EST ». Par contre est-ce qu’elle doit l’être, c’est ce qu’a tenté de nier André Glucksman. Pour ce faire, il a appliqué, inconsciemment peut être, ce dilemme, cette opposition aux évènements : ceux qui se produisent et ceux qui ne se produisent pas. Logiquement, les évènements non advenus ne doivent pas être appelés ainsi puisqu’ils n’existent pas. Dans le même esprit de logique, ceux qui naitront ou se produiront doivent être appelés les conséquences. De ce fait, ce que nous voyons, entendons et ce que l’urgence, la situation dramatique du moment, de ce temps ont mis sous silence ou plutôt en écho pour nous et que Glucksmann appellent les non-événements en sont des causes. Tout simplement : des évènements.

Toujours dans le même esprit de construction logique, ces événements qui ne se sont pas produits mais qui sont dans le refoulé, le non-dit populaire des manifestants ou rebelles Tunisiens, Égyptiens, Algériens et ceux qui suivront sont des CAUSES. Et c’est là où réside l’escroquerie intellectuelle de ce philosophe. Parmi ces CAUSES, toutes les souffrances des habitants qu’ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, de la terre de Palestine et de ceux qui leur expriment leur solidarité active telle que cette américaine Raquel Corrie, en est UNE.

Pour démontrer la non centralité de la question palestienne, il a utilisé une argutie ténue: absence d’effigie de Barack Obama, absence de slogans antioccidentaux, a relevé la revendication d’une « démocratie égyptienne comme en Israël » et pour se faire bonne conscience, il la coince entre le pouce et l’index de sa main qui n’écrit pas en affirmant que « Jérusalem n’est pas le centre du monde ». Une affirmation si réductrice et biaisée qu’il prolonge dans sa tribune qui ne mérite que les petites remarques suivantes : il ne complète ni conditionne l’existence d’Israël par celle de la Palestine, ne considère les Palestiniens que par la frange des réfugiés et le lecteur appréciera le mot « sort » qu’il colle à Jérusalem, s’il avait écrit Jérusalem-El Quds, son objectivité et neutralité auraient été surement appréciées.

Ces arabes qui, il n’y a pas longtemps plus précisément hier, étaient nanifiés, qualifiés de fermés à la civilisation occidentale s’entend, sectaires et réfractaires au progrès, sont devenus soudainement, selon ses termes, « plus réalistes et plus intelligents que les géopoliticiens diplômés (s’il avait ajouté philosophes, son verdict aurait été un peu plus complet) ».

Cette intelligence et réalisme, qu’ils soient innés ou acquis, intègrent certainement un module d’histoire collective. Dedans, ces Peuples ont mis l’émiettement du Moyen Orient, les guerres de 1956, 1967, 1973, les drames du Liban, le bombardement du quartier général de l’OLP par les Israéliens en 1985 à Tunis et « autres faits d’armes ». C’est cette intelligence qui leur a permis de s’attaquer aux despotes intronisés par la France, l’Angleterre et les USA et de décréter une nouvelle donne, redistribution des cartes et surtout une révision radicale de la « condition humaine universelle » et par conséquent une nouvelle philosophie du Monde.

Ces Peuples n’ont pas et c’est vrai revendiqué une démocratie à l’occidentale car c’est cette intelligence qui leur a permis de comprendre qu’elle est réellement en panne. Ils ont donné une leçon de courage en s’envoyant à la mort, peut être que les citoyens de cette région du monde utiliseront des moyens moins violents, moins sanglants pour ré-exercer pleinement ce pouvoir en éloignant les vautours de la finance globalisée des sphères de la décision. Ce qui se passe en Libye et se produira certainement et bientôt en dessous de l’équateur en est l’exemple mortifère.

Dans ces vertiges du temps présent, les philosophes ont certainement perdu le sens de l’appréciation et de l’analyse. Platon et les autres ont fait des efforts. Ils sont usés. Un renouveau est indispensable.

En conclusion, n’étant pas philosophe, cette opinion n’est pas une érudition de notre part, c’est juste pour dire que les escrocs peuvent exister dans toutes les couches populaires, intellectuelles, religieuses et même scientifiques. Les plus dangereuses étant celles qui ont les microphones ouverts et les caméras braquées sur leur visage.

Chérif Aissat
Étudiant en Coopération internationale à l’Université de Montréal.

N.B. Cette opinion a été rédigée en apportant de légères modifications à celle qui a été adressée au journal « Le Monde » courant février 2011, et qu’il ne l’a pas publiée.