Le cas libyen enflamme les débats, d’autant plus qu’il est en lien direct avec l’Algérie et ce, sur plusieurs plans. Pour l’évoquer, mettons-nous d’accord sur un SMIG intellectuel.

D’abord, la diversité et la divergence des opinions sur ce qui se passe actuellement en Libye est un bon signe, on aurait été franchement plus inquiet si on avait eu à la place un consensus national digne des années «prix unique».

Ensuite, disons les choses telles qu’elles sont, l’implication de l’OTAN, de la France, de la Grande-Bretagne et du Qatar dans un conflit en Afrique du Nord, interne de surcroît, est une première inquiétante. Qui peut en effet garantir que ceci ne se reproduira plus ?

Troisièmement, sommes-nous prêts à cautionner un interventionnisme étranger au nom du «droit d’ingérence humanitaire» quand on sait pertinemment que ce fameux prétexte n’est en réalité qu’un alibi brandi selon des critères purement géostratégiques, le cas d’Israël est dans ce sens une preuve flagrante du cynisme et de l’opportunisme des puissances mondiales.

De plus, quel romantique croit toujours que des pays comme la France, ravagée par une crise de la dette sans précédent et au bord de la faillite, pourrait accepter d’aller guerroyer contre un tyran africain, juste parce que ses indigènes le valent bien ?

Ceci dit, l’Algérie s’est retrouvée malgré elle impliquée dans ce bourbier qui s’annonce long et coûteux pour des raisons géographiques, historiques et politiques.

Notre pays aura assez à faire rien qu’avec le flux de réfugiés qui fuient la Libye, entre Touaregs, anciens du régime et population terrorisée. Pour éviter de sombrer dans l’opposition systématique, il faut dissocier l’attitude du régime algérien à l’égard de la Libye de sa politique intérieure.

Sur la scène nationale, Bouteflika n’a tout simplement rien fait jusqu’à présent pour assurer une transition démocratique pérenne et ça serait se répéter que d’évoquer de nouveau tous les ratages du système.

Sincère ou pas, le Chef de l’État fait fausse route en confiant ses réformes à un système contesté et dont la légitimité est au moins remise en cause.

Pour ce qui est de la Libye, qui ne ressemble en aucun cas à la brave révolution tunisienne, l’Algérie a choisi la prudence à l’égard d’une présence étrangère à proximité de ses frontières et d’une instance rebelle qui ne manque pas d’afficher sa loyauté envers ses bailleurs de fonds.

Connaissant son passif, il serait absurde de dire qu’Alger porte Kadhafi dans son cœur. Pour autant -jusqu’à aujourd’hui et après les déclarations de Medelci sur Europe 1 à l’occasion de la Conférence sur la nouvelle Libye à Paris auquel il a pris part-, l’Algérie ne soutenait pas le CNT à cause, semble-t-il, des frasques diplomatiques agressives à son égard et le ticket d’entrée qu’il a accordé à l’OTAN dans la région.

A-t-on pris la bonne décision ? La réponse n’est pas aussi simple que certains veulent le faire croire. Une chose est sûre cependant : La présence d’une menace extérieure ne fera que renforcer notre régime.

Ali B.