Après la fille, Aïcha, Safia Kadhafi, la veuve de l’ex-dirigeant libyen, embarrasse à nouveau Alger par des déclarations faites vendredi 21 à la chaîne de télévision syrienne Arraï. Elle réclame une enquête des Nations unies sur les circonstances de la mort de son mari. Alors que l’Algérie doit discuter avec le Conseil national de transition libyen d’une possible extradition de la famille, sur son sol depuis fin août, quels sont les scénarios possibles ?

Le transfert vers un pays tiers

Il s’agit sans doute du scénario le plus probable. « En les accueillant fin août, l’Algérie avait bien précisé que cette situation était temporaire », rappelle Fayçal Métaoui, journaliste à Alger. Parmi les pays amis de la Libye de Kadhafi, susceptibles de leur donner asile : le Venezuela, l’Afrique du Sud ou encore l’Erytrée. Juridiquement, cela ne devrait pas poser de problème, car comme le souligne Antoine Basbous, fondateur et directeur de l’Observatoire des pays arabes, qui s’apprête à sortir un nouveau livre cette semaine, Le Tsunami arabe, chez Fayard, « la famille Kadhafi peut voyager. Elle n’est pas réclamée par la justice internationale. Leur trouver un point de chute arrangerait tout le monde. Puisqu’ils ne reviendront jamais au pouvoir, qu’ils fassent leur vie ailleurs. Ce serait une manière de clore le chapitre Kadhafi. »

En visite à Alger cette semaine, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, avait déjà envoyé un message dans ce sens. « Nous pensons, au Royaume-Uni, que l’Algérie doit coopérer avec les autorités libyennes si celles-ci effectuaient toute demande concernant les personnes qui sont venues dans ce pays », avait-il déclaré mercredi aux côtés de son homologue algérien Mourad Medelci en évitant de parler « d’extradition ».

L’extradition vers la Libye

Dans le contexte actuel, ce scénario paraît impossible. Le Conseil national de transition libyen compte, pourtant, en faire la demande, dixit Adel Bourguin, membre du CNT, qui déclarait jeudi 20 à El Watan Week-end qu’ »une délégation serait bientôt à Alger pour discuter avec les autorités algériennes du sort des membres de la famille Kadhafi et de leur extradition vers la Libye. » Même si depuis, la visite a été reportée, la discussion entre l’Algérie et le CNT est inévitable. « Pour les extrader, Alger doit s’assurer qu’ils ne seront pas lynchés, note Fayçal Métaoui. Or rien ne le garantit. Pour l’instant la famille court clairement le risque d’être tuée. »

Antoine Basbous avance un autre argument : « Il faudrait par ailleurs que les Algériens aient la conscience à 100% tranquille, car la famille Kadhafi pourrait les accuser de les avoir abandonnés, trahis et pour se venger, parler de l’aide –hommes, carburants, avions…- qu’elle aurait reçue en soutien… » Enfin, d’après une source diplomatique, une extradition n’arrangerait ni l’OTAN, ni les Etats-Unis : « Il ne faut pas sous-estimer l’impact des images de la mort de Kadhafi, on parle-là du lynchage d’un homme d’Etat, sur l’opinion publique occidentale. Ce n’est pas un hasard si l’ONU vient de demander l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de la mort du leader libyen. »

Le maintien en Algérie

Ce troisième scénario est possible mais peu probable. « Cela risque de poser problème pour les autorités algériennes, d’envenimer ses relations avec le CNT, d’autant que personne ne peut empêcher la famille de s’exprimer, analyse Antoine Basbous. Alger pourrait toutefois décider de les garder pour faire pression sur la Libye. Mais cela l’isolerait encore davantage. »

Peut-elle prendre ce risque ? « Oui, assure Fayçal Métaoui. Tout dépendra des négociations avec le CNT. Si ce dernier se montre conciliant, l’Algérie choisira probablement le transfert vers un pays étranger. En cas de durcissement, Alger pourrait, dans une décision souveraine, leur accorder l’exil politique. De toute manière, rien ne presse. L’Algérie peut très bien garder les Kadhafi encore une année, ne serait-ce que pour des raisons humanitaires. » Un avis que partage aussi une source diplomatique. « Le principe d’hospitalité transcende beaucoup de logiques. Alger savait très bien qu’en accueillant les Kadhadi, elle se mettrait une partie du monde à dos mais elle n’avait pas le choix. La France a bien accueilli Cesare Battisti alors qu’il était recherché par la justice italienne ! »

Blog de Mélanie Matarese