Un nouveau système de notation pour le secteur financier algérien ainsi qu’une surveillance réglementaire plus solide devraient permettre aux banques du pays de conserver leur bon fonctionnement et contribuer à réduire la vulnérabilité du secteur tant aux crises exogènes qu’aux crises intérieures.

Le système bancaire algérien est sorti relativement indemne de la récente crise financière internationale et se caractérise à la fois par sa rentabilité et une abondante liquidité, d’après le Fonds Monétaire International (FMI). Néanmoins, afin d’assurer un fonctionnement sain au secteur au moment où celui-ci est en expansion et alors que des banques internationales s’installent dans le pays, le gouvernement a accru les pouvoirs de la Banque d’Algérie, la banque centrale du pays, en ce qui concerne la surveillance des institutions financières.

De plus, Mohamed Laksaci, le gouverneur de la Banque d’Algérie, a annoncé fin juin un projet de lancement d’un nouveau système de notation bancaire dans le cadre des efforts déployés pour surveiller la solidité financière des banques algériennes et pour mieux garantir la stabilité du secteur.

Ce système, qui devrait être mis en place avant la fin de l’année, permettra à la banque centrale d’évaluer la solvabilité de chaque banque et institution financière du pays en s’appuyant sur une série d’indicateurs et de notations, comme le ratio de solvabilité et les indicateurs de gestion du risque et de liquidité. Ainsi, elle pourra anticiper d’éventuelles faiblesses et prévenir l’émergence de crises dans le secteur. Laksaci a déclaré que ce système donnait une orientation plus opérationnelle à l’approche risque de la supervision du secteur financier dans le pays.

La Banque d’Algérie planche depuis trois ans, avec le FMI et le Département du Trésor des Etats-Unis (US Department of the Treasury), sur l’instauration de ce nouveau régime. Dans le cadre de ce nouveau système, qui aurait également pour but de détecter les activités illégales, notamment le blanchiment d’argent, les différents organismes chargés de surveiller le secteur financier- parmi lesquels la banque centrale, la Commission Bancaire et les organes de régulation du marché des capitaux et des assurances- vont intensifier le partage d’informations. En août 2010, une réforme du cadre légal de la Banque d’Algérie a conféré à celle-ci des pouvoirs accrus en ce qui concerne la surveillance des institutions locales ainsi que la possibilité d’effectuer des inspections dans des banques et autres établissements financiers.

Dans l’ensemble, le secteur bancaire progresse à bon rythme : dans la dernière consultation au titre de l’article IV du FMI, publiée en février, celui-ci notait que le secteur se caractérisait par d’abondantes liquidités, dues en partie aux recettes pétrolières, et par la présence de banques bien capitalisées et rentables. Il notait également un recul important du ratio des créances non-productives, qui avait atteint un pic en 2007 avec 22,1% et se situait en juin 2010 à 14,9%, soulignant cependant que le ratio des créances non-performantes restait trop élevé dans les banques publiques.

Le rapport indiquait cependant un faible niveau de prêts dans le secteur en raison du risque de crédit. Les entreprises locales se plaignent de la difficulté d’accès au crédit et du coût élevé de celui-ci. L’Algérie s’est classée 138eme sur 183 pays dans la catégorie « obtention de prêts » du rapport Doing Business de la Banque mondiale.

Pour lutter contre ces problèmes, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a déclaré début août que le gouvernement avait l’intention de développer le secteur des petites et moyennes entreprises (PME), de créer des emplois et de promouvoir et diversifier l’investissement local grâce à des mesures visant à réformer les banques et le secteur financier. Pour augmenter les prêts, le gouvernement veut lancer cette année un registre sur le crédit permettant aux banques une meilleure évaluation de la capacité de remboursement de leurs clients. Sont également en préparation des mesures qui permettraient aux particuliers de souscrire une hypothèque et aux PME d’augmenter leurs crédits. Le gouvernement prend aussi des mesures pour améliorer l’accès au crédit et en réduire les coûts, secteur qui prend de l’ampleur grâce également à des investissements étrangers.

On peut déjà constater l’impact des efforts effectués quant à l’accroissement des prêts en général et aux PME en particulier. Les concours à l’économie ont augmenté à un taux effectif de 16% en 2010, atteignant 3,27 billions de dinars (31,8 milliards d’euros), affichant des taux de croissance similaires aux trois années précédentes. Les crédits bancaires aux PME affichaient une hausse de 29% à 830 milliards de dinars (8 milliards d’euros), soit 25,4% du total des crédits à l’économie. La part des prêts à moyen et long terme est passée de 57% en 2009 à 60% en 2010 de l’ensemble des prêts.

Avec l’adoption prochaine d’un nouveau système de notation et les efforts pour augmenter les possibilités de crédit, le gouvernement fait preuve d’une attitude dynamique et affirme sa volonté de maintien de la stabilité du secteur bancaire, ce qui devrait aboutir à des banques encore plus fortes et plus saines.

Oxford Business Group