Un fort taux de croissance du secteur non agricole au premier semestre, auquel s’ajoutent des récoltes records, se sont traduits par une amélioration des perspectives de croissance du Maroc en 2011. L’inflation reste faible malgré une hausse supérieure aux prévisions. Le gouvernement travaille à un certain nombre de mesures pour enrayer le problème du déficit budgétaire, dont la forte hausse est source d’inquiétude.

Salaheddine Mezouar, le ministre de l’Economie et des Finances, a révélé au mois d’août que le secteur non agricole au Maroc avait réalisé un fort taux de croissance du PIB, de 5,1%, au premier semestre de 2011. Il a constaté que les secteurs du BTP et des industries exportatrices se portaient particulièrement bien, et ce malgré la crise que traversent les principaux marchés de destination du pays. Le secteur agricole devrait lui aussi contribuer à la croissance globale, grâce à une très bonne récolte en 2010-2011.

Le volume de production des trois principales céréales – blé dur, blé tendre et orge- s’est élevé à 8,4 millions de tonnes, en hausse de 12% par rapport à la récolte précédente grâce à une augmentation de 7% de la superficie cultivée ainsi qu’un rendement en hausse de 5%, dû en partie à des pluies abondantes et survenues au bon moment. Le secteur de l’industrie affiche également une bonne performance ; la production a enregistré une hausse de 2,6% au premier trimestre de l’année par rapport aux chiffres de la même période en 2011.

Une enquête réalisée par la banque centrale du Maroc, Bank Al Maghrib, auprès d’entreprises industrielles a révélé une augmentation de la production en juin et juillet : 43% des entreprises interrogées ont rapporté une hausse de leur production contre 26% qui ont vu leur production diminuer. A la fin juillet, les exportations annuelles enregistraient une croissance de 19,5% en glissement annuel et atteignaient 99,5 milliards de dirhams (8,86 milliards d’euros), notamment grâce à une augmentation des ventes à l’étranger des produits des industries minières, métallurgiques et chimiques. La progression des importations, en hausse de 20,2% pour un total de 206 milliards de dirhams (18,35 milliards d’euros), dépasse cependant légèrement celle des exportations.

En juillet, l’inflation a dépassé les prévisions du gouvernement mais celle-ci reste sous contrôle avec, en glissement annuel, une progression de 1,8% des prix à la consommation. La raison principale de cette hausse est attribuée à une hausse significative (+3,1%) du prix des denrées alimentaires, celles-ci représentant près de la moitié du panier de biens de consommation. L’inflation mensuelle est de 0,6%.

Compte tenu de la bonne performance économique du pays, il a été rapporté que la Bank al Maghrib avait relevé sa fourchette de prévisions du taux de croissance d’un demi-point pour 2011, soit 5-5,5% au lieu de 4,5-5%. Le Haut Commissariat du Plan, l’institution marocaine chargée de la production statistique, a également revu à la hausse son estimation la plus prudente et estime désormais la progression du PIB à 4,8% au lieu de 4,6%.

A l’horizon 2012, les perspectives sont également encourageantes. Le Ministère de l’Economie et des Finances établit son budget 2012, actuellement en cours d’élaboration, sur la base d’un taux de croissance du PIB prévu entre 4,7 et 5,2% (avec un taux de croissance du secteur non agricole entre 5% et 5,5%) et d’un taux d’inflation annuel de 2%. Celui-ci table également sur un prix moyen du baril de pétrole à 100 dollars.

Le gouvernement va toutefois devoir faire face à un défi crucial sur le plan financier : un important déficit budgétaire qui, selon les prévisions, devrait encore s’aggraver du fait d’une augmentation significative des salaires dans le secteur public en début d’année et d’une envolée du coût des subventions sur les produits de base en raison des hausses de prix des matières premières et des troubles économiques qui agitent les autres pays d’Afrique du Nord.

Mi-août, le Ministre de la Communication Khalid Naciri a déclaré que les subventions à la Caisse de Compensation atteindraient 48 milliards de dirhams (4,3 milliards d’euros), soit un montant près de trois fois supérieur aux 17 milliards de dirhams (1,5 milliards d’euros)initialement prévus cette année, faisant monter les prévisions du déficit budgétaire de l’année à environ 5% du PIB, ou 5,7% selon de récentes conclusions du Fonds Monétaire International (FMI). En même temps, la libéralisation commerciale, qui s’est manifestée par une diminution des tarifs douaniers, exerce une pression à la baisse sur les revenus. Le FMI a récemment averti que le déficit pourrait atteindre 6,5%-7,5% du PIB si le problème n’était pas résolu.

Le gouvernement espère cependant, à moyen terme, réduire le déficit budgétaire à 3% du PIB. En plus de nouveaux projets de privatisation, le gouvernement envisagerait d’instaurer de nouveaux impôts sur la fortune et les propriétés, ce qui aiderait à compenser la hausse du coût des subventions sur les produits de base. Il procède également à une réduction des transferts budgétisés aux entités publiques avec des excédents de trésorerie et a demandé aux différents ministères d’économiser 10% de leurs allocations budgétaires sur certaines dépenses non essentielles. D’après le FMI, ces mesures devraient permettre de réduire le déficit annuel d’1% du PIB.

Les efforts en matière d’administration et de collecte des impôts, qui ont donné lieu à des recettes fiscales plus élevées que prévues fin juin, devraient avoir un impact du même ordre sur la réduction du déficit. Le gouvernement compte également sur une augmentation des recettes des entreprises publiques grâce à la reprise économique et envisage de réduire la masse salariale de la fonction publique dans les prochaines années. Le FMI, quant à lui, recommande une réforme de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour maintenir, voire augmenter, les recettes de la TVA.

Oxford Business Group