Le président français Nicolas Sarkozy a appelé une nouvelle fois vendredi la Turquie à reconnaître sa responsabilité dans le génocide arménien de 1915, laissant entendre que la France pourrait faire voter une loi pénalisant le négationnisme en la matière. Ankara l’a accusé d' »opportunisme politique ».

Le ministre turc des Affaires étrangères a estimé que la France, du fait de son passé colonial, était mal placée pour critiquer Ankara. Ahmet Davutoglu a qualifié les propos du président Sarkozy d' »opportunisme politique », jugeant que « malheureusement, chaque fois qu’il y a des élections en Europe, on assiste à ce genre d’opportunisme ».

Lors d’une conférence organisée dans la matinée à Erevan, Nicolas Sarkozy a précisé qu' »il ne revient pas à la France de poser un ultimatum à qui que ce soit ». « Mais enfin, à travers les lignes, vous pouvez comprendre que le temps n’est pas infini, 1915-2011, il me semble que pour la réflexion, c’est suffisant », a-t-il souligné.

« Dans ce cas-là, la réaction de la France, en fonction de ce que diront les dirigeants turcs, se ferait connaître dans un délai assez bref, et si je ne le précise pas, c’est parce que j’espère toujours dans les réactions de la société turque et du gouvernement turc », a souligné le chef de l’Etat. « Mais enfin, assez bref, cela a une signification qui, en tout état de cause, englobe la durée de mon mandat », a-t-il ajouté.

Il a aussi confié que sa visite, la veille, au mémorial de Tsitsernakaberd, dédié aux victimes du génocide, lui avait rappelé des sentiments similaires à ceux qu’il avait eus en se rendant au mémorial Yad Vashem consacré aux victimes de l’Holocauste, à Jérusalem, et dans un musée rendant hommage aux victimes du génocide au Rwanda.

La France, comme une vingtaine d’autres pays, a reconnu le génocide arménien, en 2001, mais la Turquie refuse de le faire, ce qui pèse notamment sur son dossier de candidature à l’Union européenne.

Les autorités arméniennes estiment que jusqu’à 1,5 million d’Arméniens ont été tués par les Turcs de l’empire Ottoman pendant la Première guerre mondiale, ce que les historiens considèrent comme le premier génocide du XXe siècle. La Turquie affirme que ce nombre est exagéré et qu’il s’agit de victimes de la guerre civile et du chaos de l’effondrement de l’empire Ottoman.

Nicolas Sarkozy terminait la journée de vendredi et son déplacement caucasien en se rendant à Bakou, en Azerbaïdjan, pour un entretien avec le président Ilham Aliev, puis à Tbilissi, en Géorgie, pour une rencontre avec le président Mikhaïl Saakachvili.

AP