Les « indignés » manifestaient samedi à travers la planète pour dénoncer le poids de la finance et les politiques d’austérité qui, disent-ils, mènent le monde à la ruine et condamnent une partie de l’humanité à la pauvreté.

Inspirés par les « indignados » précurseurs de Madrid, galvanisés par le mouvement Occupy Wall Street, les premiers manifestants ont défilé en Nouvelle-Zélande, suivis par les Européens avant de laisser la place aux New Yorkais.

Selon le réseau 15october.net, qui recense les appels à manifester, des rassemblements étaient prévus dans au moins 951 villes à travers 82 pays.

Dans l’ensemble, la mobilisation est restée relativement limitée et n’a pratiquement pas perturbé la circulation dans les grandes villes concernées.

A Rome, où quelque 100.000 participants étaient attendus, la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canon à eau pour disperser les manifestants après une série d’incidents imputés à des « black blocs » par plusieurs témoins.

Près du Colisée, des affrontements ont éclaté entre la police et des manifestants qui jetaient des bouteilles et des pierres contre les forces de l’ordre.

Quatre voitures ont été incendiées et le feu s’est propagé à un bâtiment situé à proximité. Des vitrines de magasins et de banques ont été brisées lors de ces incidents qui ont fait au moins un blessé.

Selon l’agence de presse Ansa, des manifestants ont également saccagé des locaux du ministère de la Défense.

« Au niveau mondial, nous ne sommes pas en mesure d’en supporter davantage avec une dette publique qui n’a pas été créée par nous mais par des gouvernements voleurs, des banques corrompues et des spéculateurs qui s’en foutent de nous », a dénoncé une manifestante de 49 ans, arborant un T-shirt barré d’un « ASSEZ ».

TAMBOURS

En France, les cortèges à Paris et dans une trentaine de villes de province sont restés peu fournis avec quelques centaines de manifestants dans les rues ().

« C’est un mouvement qui cherche à créer un espace pour une réelle démocratie », a dit à Reuters un porte-parole à Paris où se tenait la réunion des ministres des Finances du G20.

A Melbourne, où était donné le coup d’envoi de cette journée de mobilisation mondiale, un millier de personnes se sont réunies sur une place du centre-ville.

Quelque 2.000 manifestants, des représentants de la communauté aborigène, des syndicalistes et des militants communistes, se sont réunis à Sydney devant la banque centrale d’Australie tandis que l’on dénombrait 200 protestataires dans la capitale néo-zélandaise Wellington.

Plusieurs centaines de personnes, dont des militants opposés au nucléaire, ont marché à Tokyo et quelques dizaines se sont rendues devant l’ambassade des Etats-Unis à Manille aux Philippines aux cris de « à bas l’impérialisme américain ».

Trois ans après la chute de Lehman Brothers, emporté par l’éclatement de la bulle des crédits « subprime », et après les plans de soutien et de relance financés par la puissance publique, les pays occidentaux, notamment dans la zone euro, vivent désormais au rythme des plans de rigueur et des cures d’austérité.

« Ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, c’est le cauchemar qui attend d’autres pays à l’avenir. La solidarité est l’arme des peuples », écrit le groupe Démocratie réelle, qui avait appelé à manifester dans le centre d’Athènes, sur la place Syntagma.

Le mouvement est né au printemps en Espagne, le pays de l’Union européenne ayant le taux de chômage le plus élevé (plus de 20% de la population active, jusqu’à 45% chez les jeunes de 18-25 ans).

L’occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid, a fait des émules à travers l’Europe, à commencer par la Grèce, où le déblocage de l’aide financière de l’UE et du FMI est assorti de conditions d’austérité draconiennes.

Des mouvements semblables se sont développés au Chili ou en Israël. En France, la place de la Bastille à Paris a été quelques temps un centre de ralliement de la contestation.

QUELLE INFLUENCE ?

En Amérique du Nord, le mot d’ordre Occupy Wall Street a été lancé cet été sur internet par les activistes du collectif Adbusters (littéralement les Casseurs de pub), un groupe créé à Vancouver qui combat le capitalisme et détourne les codes de la société de consommation.

« Nous étions inspirés par ce qui s’était produit en Tunisie et en Egypte. Nous avions le sentiment que l’Amérique était mûre pour vivre son propre Tahrir », explique Kalle Lasn, co-fondateur du groupe, en référence à la place du Caire devenue l’hiver dernier l’épicentre de la contestation contre le régime d’Hosni Moubarak.

Occupy Wall Street appelait à se rassembler autant de temps que nécessaire à partir du 17 septembre. Le mouvement entrera lundi dans son deuxième mois et les protestataires campent toujours dans un village de tentes dressé dans le parc de Zucotti, près du coeur financier de Manhattan.

D’Athènes à New York, les revendications restent assez générales. Elles visent le 1% de la population accusé de concentrer l’essentiel des richesses et accusent les gouvernements élus d’être sourds à cette colère.

L’efficacité de cette mobilisation reste à démontrer.

« Il y a plus de sympathisants que de personnes qui manifestent réellement », souligne Mary Bossis, professeur à l’université grecque du Pirée. En dépit des situations de désespoir créées par les mesures d’austérité, ajoute-t-elle, il semble que l’étincelle qui lancerait un mouvement durable fait défaut.

Reuters