« Je me permets de vous écrire aujourd’hui car profondément choqué par la couverture que vous avez consacrée dans El Watan Week-end à la mort téléguidée, volontairement programmée et exécutée de sang froid sous la forme d’un lynchage qui, quoi que l’on pense du personnage et toutes proportions gardées, ressemble fort à celui perpétré sur Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Saddam Hussein, Ceausescu etc.

J’ai entendu toute la nuit les radios du monde occidental pour me faire une idée. Certaines d’entre elles ont osé poser la question des conditions de la liquidation physique du chef de l’Etat libyen, quelques intervenants improvisés ont soulevé le problème des exécutions sommaires d’anciens leaders, y compris de ceux considérés comme dictateurs, et d’autres ont soulevé la question du mandat de l’ONU et de son bras armé, l’OTAN.

Qu’avez-vous fait vous-mêmes qui prétendez lever l’étendard de la démocratie et des droits humains fondamentaux ?

Rien dans votre édition du week-end ne permet de vous démarquer des dépêches des agences occidentales en-deçà desquelles vous vous situez. Votre titre est scandaleux. Vous savez pertinemment que la mort d’un chef d’État, même despotique ne résout pas le problème des fondements de la dictature. Libye libre titrez-vous, mais libérée par qui, par quoi ? Par l’OTAN et ses unités spéciales au sol ? Par un tir d’un Rafale français ou d’un drone états-unien?

En procédant de la sorte vous ne faites que préfigurer le sort que vous réserverez aux opposants et autres adversaires idéologiques ou politiques et avec quels alliés vous le ferez.

Je ne vous enverrai pas en fichier attaché le commentaire de Thierry Meyssan que vous auriez pu reprendre en contre-point pour au moins donner l’impression d’une relative objectivité ou neutralité dans le jugement que vous devez à vos lecteurs.
Votre parti est déjà pris.

Permettez-moi pour finir de me désinscrire de la lecture en ligne de votre journal à qui je ne donnerai plus d’entretien ou d’opinion.

Bonne route reporters sans frontières. On se retrouvera quand la menace d’une intervention étrangère frappera plus fort à nos portes.

Daho Djerbal