C’est donc raté. Comme en 62, comme en 65, comme en 79, comme en 88 et comme en 99. Vous n’aurez pas le pays que vous voulez mais le pays qu’ils veulent. Après neuf mois d’huile et de sucre à la place de la démocratie et de la liberté, la boucle vient d’être bouclée : les lois contre les libertés sont votées en quinze jours (presse, associations, partis politiques, etc.). Les lois «pour» la liberté, comme l’audiovisuel, doivent attendre une commission, des cahiers des charges et une ouverture graduelle à partir de 2067.

Donc dans trois mois on aura des élections législatives. Avec les mêmes, avec le FLN qui a même l’impudence d’annoncer son score (majoritaire) avant les urnes, le MSP à qui on va donner un peu plus pour faire «in» dans le printemps arabe et les mêmes supplétifs bureaucrates. Des nouveaux partis ? Oui, ils seront agréés quinze jours avant le vote : le but étant d’en faire des faire-valoir. Ils n’auront pas le temps de faire campagne mais seront là pour «habiller» le nouveau pluralisme. Le jeu est déjà fermé : d’ailleurs, même les nouveaux partis seront fabriqués avec les vieux amis. Que reste-t-il de la promesse d’un printemps algérien «doux», flower and children, fait d’une transition sans violence et d’une transmission sans arnaque ? Rien. Le régime a su négocier le virage, rebondir, faire le dos rond et ressortir en souriant de sa propre boîte magique.

Maintenant que le scénario est ficelé, on peut même se permettre des observateurs étrangers à enfermer dans des circuits de zoo et à promener dans des aquariums souriants.

Raté donc, remis à plus tard, mis en sursis, ce pays qui a été promis il y a cinquante ans. On l’aura donc dans cinquante ans, date de la solution biologique et de l’épuisement du pétrole. Rien n’a été fait, sauf reconduire les mêmes pour la même chose. Dieu, que faut-il faire ? Où puiser la force de subir encore ces mêmes têtes ? Comment supporter que la vie soit un remake et le futur une rediffusion ? Où aller ? Pourquoi tiennent-ils tant à rester assis sur nos têtes ? De tout ce qui a été annoncé, après les nouveaux prix de l’huile et du sucre, tout a été doucement laminé, érodé, travaillé et détourné pour que n’en restent qu’un barbu, une barbichette et une moustache.

De prochaines élections ? Oui, et le pire c’est qu’elles vont être concoctées par des ministres qui ne sont pas neutres, qui sont partisans, qui appartiennent à des partis «uniques» connus et qui ne vont pas se gêner. De la belle mascarade pour un peuple tenu à distance de sa propre terre et de son propre destin. Des observateurs étrangers ? Bien sûr. Depuis des décennies, les régimes intelligents ne bourrent plus les urnes mais filtrent les candidatures. A quoi sert d’ailleurs une urne transparente dans une cage mal éclairée ?

Kamel Daoud
In Le Quotidien d’Oran