Invités  d’honneur du 3ème festival international du conte initié par l’association Kan ya makane à Constantine, l’humoriste français Smain, d’origine algérienne,  et  l’homme politique français Georges  Morin, natif lui aussi de Constantine, se sont  exprimés sur la position de l’Algérie quant au traitement de l’affaire de l’inhumation de la dépouille de  Mohamed Merah.

Ainsi, Smain a estimé : «J’ai une conscience politique, tout ce que je peux dire c’est que ça été dramatique pour un père, pour des familles musulmanes et juives qui ont perdu leurs proches. Il y a un avant et un après, je ne sais rien de particulier sur cette affaire, mais en France on a souvent employé le terme « On pense que…», moi je dis qu’il faut penser avec des preuves. C’est mal tombé pour certains et pour d’autres c’était bien. Ceci-dit, je trouve que c’est avec grande dignité que l’Algérie a traité l’affaire, tout  en refusant de rapatrier le corps de Merah. Cet enfant est français, il doit donc être enterré en France. Ça aurait été injuste que l’Algérie puisse porter et supporter son histoire qui est de l’autre côté de la Méditerranée».

Pour sa part, Georges Morin, actuellement membre de l’association de maires militants pour la coopération internationale, est revenu sur le lourd contentieux historique entre l’Algérie et la France.   «  Il est nécessaire de parler d’avenir, ici en Algérie comme en France. Mais pour cela, il faut que les politiques français reconnaissent ce que la France a commis durant 132 ans. Ce n’est pas la faute du peuple français d’aujourd’hui mais simplement il y a eu au 19ème siècle des politiques qui ont mené une campagne de conquête et de colonisation. J’en suis une de ses victimes. Je n’aime pas le mot repentance mais l’Etat français doit reconnaître cette vérité. Lorsque Jacques Chirac avait déclaré en 1996 que c’est l’Etat français qui est responsable de la déportation de juifs français, il a grandi la France. Un an plus tard, lorsque Lionel Jospin avait déclaré que l’armée française avait fusillé des soldats lors de la première Guerre Mondiale, il avait lui aussi fait grandir la France. Je pense à présent que le moment est venu pour qu’un président fasse grandir encore plus le pays en avouant que la France coloniale avait créé un système insupportable et indigne. Les pieds noirs ont été un produit de cette situation. Je me sens profondément Algérien, je ne m’en cache pas, et c’est une richesse extraordinaire».

 RAF