Le Committee to Protect Journalists, organisation de défense de la profession basée à New-York, dénonce dans les colonnes du New York Times une menace chinoise qui pèse à ses yeux sur la presse indépendante en Afrique.  

Depuis quelques années, les démocraties occidentales étaient devenues moins regardantes à propos du respect des libertés fondamentales dans certains pays africains, et plus particulièrement dans les pays qui affichent un taux de croissance séduisant et un marché de consommateurs émergent. La pression internationale s’étant relâchée, les pouvoirs autoritaires ont commencé à réprimer plus spontanément les journalistes qui se montraient trop curieux ou trop gênants.

Mais avec le développement des relations économiques sino-africaines, la menace sur le journalisme indépendant devient alarmante dans certains pays. Premier partenaire commercial de l’Afrique, la Chine entend prescrire au continent noir sa propre conception de la liberté de la presse : une presse « fidèle à la réalité », qui ne s’encombre pas de « nouvelles négatives » et qui sait magnifier les réussites collectives tout en garantissant à l’Etat un soutien populaire sans faille.

Pour atteindre cet objectif, la Chine ne lésine pas sur les moyens : en janvier dernier, le gouvernement a publié un livre blanc appelant au renforcement des médias chinois à l’étranger et au déploiement de 100 000 journalistes dans le monde, prioritairement en Afrique. Un premier centre de diffusion télévisée a été ouvert au Kenya, une première publication a vu le jour en Afrique du Sud. Et l’agence de presse officielle Xinhua (Chine Nouvelle) possède déjà une vingtaine de bureaux sur le continent.

Stage de formation de journalistes africains, conseil et encadrement technique pour les gouvernements africains qui veulent lutter contre une certaine « presse négative »… l’Empire du Milieu partage volontiers ses recettes pour un pouvoir fort. Des recettes déjà largement appliquées dans des pays comme l’Ethiopie ou le Rwanda. Les prisons éthiopiennes se remplissent petit à petit de journalistes et de dissidents et les sites Internet sont de plus en plus filtrés. Prendre des photos de la misère qui règne dans certaines régions ou quartiers est fortement déconseillé.

A Kigali, le gouvernement a laminé toute couverture critique et a commencé à filtrer l’accès aux sites de dissidents rwandais basés à l’étranger.

Dans la guerre d’influence que se livrent les Occidentaux et les puissances émergentes, la Chine a bien compris que le secteur des médias peut constituer une arme décisive.

Source : Agence Ecofin