Dimanche dernier, a eu lieu au Palais de Tokyo (Paris XVIe) la soirée de lancement des 6 semaines de cinéma live,  » Un été à Alger » en présence de celles qui l’ont imaginé, Aurélie Charon et Caroline Gillet . L’équipe d’Algérie-Focus a pu les rencontrer pour connaitre l’origine de ce projet. Vous pouvez suivre ces images inédites sur algerie-focus en exclusivité.

 

 

Quand et comment vous est venue l’idée de ce projet ? Pourquoi la ville d’Alger en particulier ?

Il y a un an nous avons passé tout l’été à Alger pour réaliser la série radiophonique  Alger nouvelle génération qui a été diffusée sur France Inter. N’ayant aucun lien avec ce pays, nous avons voulu comprendre et analyser le contexte politique pendant le Printemps Arabe. Les semaines passées sur place nous ont permis de rencontrer et de dialoguer avec les jeunes algériens que nous connaissions peu. Très vite nous nous sommes découverts énormément de points communs; l’âge, la langue, l’histoire mais surtout l’envie de se connaître. Nous nous sentions très proche d’eux et avons décidé de prolonger le dialogue en diffusant des images d’Alger que les gens n’avaient jamais vu. Le travail de recherche a alors débuté; il fallait contacter des jeunes cinéastes qui avaient déjà filmé leur ville mais également trouver des endroits insolites. Nous voulions surtout travailler avec des natifs d’Alger qui ont un accès plus facile aux choses.

Comment avez vous sélectionné les réalisateurs ? Et comment avez vous travaillé avec eux ?

Nous avons essayé de retourner en Algérie assez vite mais nos visas ont été refusés. Il fallait donc trouver des jeunes cinéastes qui avaient déjà tourné, nous nous sommes tournées vers la sélection de Béjaïa ou la Chrysalide d’Alger. Dès que l’un deux passait à Paris, nous organisions des rencontres et des selections. Chacun était libre de proposer ses idées. Ce qui les intéressait principalement était de travailler sur un format différent. Habitués aux longs-métrages, le web-documentaire leur a permis de réaliser 6 vidéos très courtes. On voulait rendre ça accessible à tout le monde, la projection sur internet permet d’ouvrir le débat auprès de n’importe qui. En Décembre dernier, nous avons rencontré toute l’équipe et le projet a pu prendre un autre tournant. Nous avions 3 semaines de workshop à Alger, financé par le CFI, qui ont été ouvertes aux développeurs, graphistes multimédias… La réalisation des épisodes est relativement récente, il faut compter environ deux jours de tournage et montage ce qui permet plus d’immédiateté. L’image qui circule est celle d’Aujourd’hui, maintenant.

Quelles contraintes/difficultés avez vous rencontrées ?

Nous n’avons pas rencontré d’énormes difficultés mais des petits inconvénients relatifs au pays. Par exemple, il fallait solliciter plusieurs autorisations pour tourner dans un même endroit. Nous avons essayé par tous les moyen de tourner, certains courts métrages ont été réalisés la nuit. Une ou deux personnes ont été interpellées par la police. Cela retarde énormément le tournage.

Vous évoquiez la jeunesse, pourquoi vous y intéresser , quelles ruptures avez vous constaté avec le passé ?

Lorsque nous les avons rencontrés, nous avions le même âge et la même envie de dialoguer. 50 ans après l’indépendance on trouve énormément de livres dans les librairies, de témoignages qui s’ajoutent à l’Histoire des deux cotés de la Méditerranée. Mais la vraie question à se poser reste ;  » c’est quoi l’Algérie aujourd’hui ? « . Malheureusement la jeunesse s’exprime encore trop peu. Elle a envie de parler d’autre chose, de connaitre l’avenir et de pouvoir voyager.

Quelle vision de l’Algérie voulez-vous donner aux spectateurs ? 

Nous n’avons pas cherché à donner une vision particulière, nous avons sélectionné 4 réalisateurs qui proposent 4 visions différentes. Les images se sont accumulées au jour le jour avec plein de vérités. Nous avons trouvé intéressant qu’ils soient 4; homme et femmes, d’âges différents. Lorsque nous avons projeté les courts-métrages pour la première fois, nous avions des spectateurs très variés; des franco-algériens qui n’y vont que l’été, des personnes qui découvrent la ville et n’y sont jamais allé, des étudiants algériens… Chacun perçoit et réagit aux documentaires à sa manière.

Seriez vous prêtes à réitérer ce type de projet et quel enseignement en avez vous tiré ?

Nous allons y retourner très bientôt dans le cadre d’un reportage de 56min pour TV5monde . Notre projet est de continuer l’atelier de formation pour les jeunes sur le web-docu. Il n’y a pas d’école de cinéma ni de formation donc nous voulons les aider à exprimer leurs idées et pourquoi pas mettre en place un échange des deux cotés de la Méditerranée. L’enseignement que nous avons tiré est la persévérance. Nous avons eu l’idée de ce projet il y a 1 an et nous avons douté à plusieurs reprises. C’était un miracle d’être au Palais de Tokyo dimanche dernier. Nous nous sommes dit  » ça peut marcher ». Et grâce à cette expérience nous avons des amis maintenant à Alger pour continuer à échanger et à travailler ensemble.

 

Myriama Mokdahi

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