Une journaliste du quotidien Akher Sâa a été condamnée à une peine de prison ferme et des amendes malgré les dispositions du nouveau code de l’information.

 

 

 

L’affaire de la journaliste Fatma-Zohra Amara accusée de diffamation vient relancer les doutes sur la liberté de la presse en Algérie. Le 25 juin dernier, elle a été condamnée à une peine de prison de deux mois ferme assortie d’une amende de 20 000 DA et du versement d’une somme de 100 000 DA, à titre de dommages et intérêts. L’ex-directeur d’un hôpital de Annaba avait poursuivi en justice la reporter, suite à son article relatant les accusations d’harcèlement sexuel portées par une employée à son encontre.

La profession dénonce

Le syndicat des journalistes (SNJ) a immédiatement réagi. « Ce verdict prononcé par le tribunal d’Annaba est d’autant plus surprenant que la législation algérienne en la matière, le code de l’information en l’occurrence, ne prévoit plus des peines d’emprisonnement pour délit de presse depuis la révision de cette loi, en novembre 2011 », écrit  dans un communiqué Kamel Amarni, secrétaire général du SNJ. Pourtant c’est la seconde condamnation d’un journaliste en deux semaines. Le journaliste Mohamed Manseur, du  quotidien La Nouvelle République, avait également été condamné par le tribunal de Mascara à deux mois de prison ferme et à une amende de 50 000 DA.

« Cette dernière condamnation dépasse le domaine journalistique, c’est politique », déplore Me Youcef Dilem, avocat au SNJ. Les procès de journalistes commençaient pourtant à se raréfier, mais depuis quelques semaines la justice s’est durcit. Ce qui inquiète surtout l’avocat c’est que « statistiquement, les journalistes en procès sont rarement innocentés. »

L’indépendance des médias remise en question

La situation inquiète Reporters sans frontières qui a publié un rapport à l’occasion des 50 ans de l’indépendance de l’Algérie. Dans ce bilan, RSF estime que le métier est moins dangereux mais toujours difficile. Les journaux subiraient encore des pressions non politiques mais plutôt économiques.

« Les journalistes d’aujourd’hui n’ont pas de poids, ils ne peuvent lutter contre cette mafia. Le SNJ est beaucoup trop faible pour assurer notre défense. Les éditeurs ne nous soutiennent pas, au contraire, ils nous poussent à ne rien dire, à la censure, pour ne pas avoir de problèmes confie un journaliste indépendant. C’est un cercle très dangereux, nous travaillons dans l’humiliation, on ne peut pas parler, mais seulement constater.»

Amina Boumazza