Hausse du prix des céréales, du prix du cours du riz… Les aliments les plus consommés au monde n’en finissent plus de subir une inflation qui touche toutes les régions du monde et tous les secteurs. Economist intelligence unit s’est penché sur la question et a publié un rapport dans lequel il fait l’état des lieux de l’insécurité alimentaire des dix dernières années.

L'insécurité alimentaire touche principalement l'Afrique subsaharienne

La sécurité alimentaire mondiale serait pire que la décennie précédente, en raison d’une inflation incessante et chronique. Les calculs de Economist intelligence unit démontrent que l’inflation générale  aurait augmenté de 146%.

Cette année encore, la FAO, organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, souligne également une hausse généralisée pour le mois de juillet de  l’indice des cours des produits alimentaires en 6 %.

Au regard de l’ensemble du rapport, l’avenir n’est pas très positif. « Nous allons connaître une hausse des prix dans les 15 ou 20 prochaines années, il n’y a aucun doute à ce sujet « , précise Kostas Stamoulis, directeur de l’agriculture et de division de l’économie à l’alimentation et l’agriculture (FAO), et secrétaire du comité de sécurité alimentaire mondiale, dans le rapport.  Et d’ajouter,  « La question est, que feront les  gouvernements à ce sujet ?  « 

La situation inquiète d’autant plus que plane l’ombre des émeutes de la faim de 2008 et 2011, déclenchées suite à de fortes hausses des prix des matières premières agricoles. 

D’après la Banque Mondiale, cette situation aurait fait passer 44 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, dans le monde. Un constat paradoxal, puisque Economist intelligence unit, estime que « le monde, dans l’ensemble, est plus riche et mieux nourri depuis 50 ans » mais subit « une insécurité alimentaire chronique ».

Disparités régionales 

Si à l »heure actuelle, l’inflation concerne le monde entier, ce que l’on peut appeler « insécurité alimentaire » ne touche que diverses régions du monde et à des degrés différents.

Les pays occidentaux affichent sans surprise la plus haute sécurité alimentaire. Les Etats-Unis, le Danemark et la France détiennent  les meilleurs indices dans le « Global food security index », la classification suivie par Economist intelligence unit, suivi de près par un certain nombre de pays européens

Les craintes sont plus du côté de l’Asie, avec le Cambodge, le Népal, le Pakistan ou encore le Bangladesh.

L’Afrique affiche également un bilan critique, elle est le continent le plus sujet à une instabilité alimentaire. L’Afrique Subsaharienne a la situation la plus inquiétante. Elle connaît fréquemment des inflations généralisées et un accès à la nourriture irrégulier. Le Burundi, le Tchad, la République démocratique du Congo sont les pays qui traînent le plus d’handicaps et ont la sécurité alimentaire la plus basse au monde.

L’Afrique du nord avec le Maroc, la Tunisie et surtout l’Algérie observent une insécurité alimentaire croissante, que liée à la volatilité des prix, une spécialité nord-africaine. Ces trois pays sont parmi ceux qui subissent le plus de fluctuations des prix des matières premières agricoles, car leur production n’est pas assez importante par rapport à la demande que chaque pays exige. Cette année encore on a pu l’observer en Algérie, avec le prix variable de la pomme de terre, par exemple.

Les raisons d’un tel déséquilibre ne proviennent pas seulement de la richesse de chaque pays, divers facteurs entrent en ligne de compte. La sécurité alimentaire est calculée en fonction des capacités économiques, l’investissement dans la recherche et le développement, de la prévalence de la sous-alimentation, de l’insuffisance pondérale des enfants, et enfin de l’intensité de la pénurie alimentaire. Par conséquent, plus ces éléments seront perturbés et plus la sécurité alimentaire sera mise en danger.

Les conflits armés, les guerres, l’instabilité gouvernementale, le manque de démocratie, les accidents climatiques sont autant de facteurs qui déstabilisent l’équilibre alimentaire. L’Afrique a eu son lot de perturbations : le Mali est encore sous les feux d’un conflit sans fin. Des milliers de réfugiés ne survivraient pas sans l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM). Le Sahel connaît constamment la famine à cause de la sécheresse, mais le reste du temps aussi, par manque de moyens, de production, d’indépendance agricole et bien d’autres raisons.

Prévenir et se prémunir

 «Nous ne devons pas oublier que la crise alimentaire de 2008 a connu un pic dans les prix des denrées alimentaires. Tout est allé très haut et très rapidement. Les populations ont été prises par surprise, et n’ont pas le temps d’ajuster leur production à la hausse des prix, ou pour ajuster leur consommation», estime Kostas Stamoulis.

En 2012, le monde est encore loin des deux crises alimentaires de la décennie. Pour le moment seules quelques matières premières et produits sont concernés à la différence de 2008 et 2011 où la hausse des prix était bien plus généralisée. Il est donc possible d’éviter qu’une crise atteigne son paroxysme. Il est justement encore possible d’ajuster la consommation et la production.

La solution tient à l’organisation. La mobilisation des moyens dans la recherche et le développement sont indispensables. Des investissements dans l’agriculture et une bonne gouvernance sont d’importants moteurs pour offrir une disponibilité de nourriture suffisante. Le financement des petits exploitants agricoles pourrait aider à augmenter la productivité en achetant plus de matériel, en payant plus de main-d’œuvre. Une plus grosse production permettrait d’accélérer le rendement et par conséquent une baisse des prix pourrait s’opérer.

Les précautions à prendre sont nombreuses, mais reste à les appliquer à l’échelle mondiale. Tous les pays seront-ils prêts à mettre la main à la pâte ? Qu’importe les moyens, le but, qui est vital, est d’augmenter la production. La FAO elle estime que d’ici 2050 il faudra une hausse de 50 à 70% pour satisfaire la population mondiale qui devrait atteindre les 9 milliards d’êtres humains.

Amina Boumazza