Le conflit qui oppose l’armée libre syrienne et les forces armées du gouvernement se radicalise, mais quotidiennement c’est la population syrienne qui subit les conséquences. Depuis plusieurs jours, à Alep les habitants sont sans vivres et surtout sans eau. La situation est alors très préoccupante car dans cette région du monde, l’eau est une denrée qui pourrait disparaître à long terme.

La mer morte en Jordanie

La Syrie, mais ainsi que d’autres pays de la zone MENA, sont des terres très asséchées.  Hugo Micheron membre du groupe de réflexion Capmena, a d’ailleurs dressé un bilan inquiétant sur leur potentiel hydraulique.

La région possède seulement 1,5 % des ressources mondiales, soit l’une des plus rares sur la population. Selon les critères du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) elle serait même en dessous du » seuil de pauvreté hydrique estimé à 1000 m3 d’eau par an par habitant, », explique Hugo Micheron dans son analyse.

Rareté généralisée

L’inquiétude est surtout portée sur la Syrie, mais aussi sa voisine, la Jordanie. Si pour le moment ces deux pays parviennent à se contenter de ces ressources, l’avenir est plus préoccupant surtout pour la Syrie qui risquerait même de vivre une pénurie d’eau d’ici 2015.

La Jordanie, de son côté, est le 4e pays qui possède le moins d’eau au monde. Le seuil reste critique car seuls les Territoires palestiniens sont moins bien dotés au Moyen-Orient. La Jordanie est naturellement composée à 90 % de zones désertiques, et par conséquent l’eau vient à manquer, jusqu’à se raréfier.

Au sein même des pays, il y a des inégalités dans les ressources naturelles d’eau, certaines régions sont riches alors que d’autres sont asséchés. Pour la Jordanie, le nord de la Mer Morte , et pour la Syrie le nord et l’est, sont les zones les plus pourvues en eau, mais ce n’est pas forcément là-bas que la demande est la plus conséquente.

Une population trop forte

La population de ces deux pays a beaucoup augmenté mais l’eau en revanche vient à manquer. Par exemple en Syrie, la demande  actuelle de la globalité des habitants représente 14,5 milliards de m3, alors que les ressources ne sont que de 17,1 milliards de m3.

Ces deux pays ont alors créé une dépendance vis-à-vis de leurs voisins qui les aident à compléter leurs besoins. Pour la Jordanie, « le bassin de la rivière Yarmouk, plus grand réservoir d’eau du pays, représente 40 % de ses ressources totales, et il est alimenté par le Lac de Tibériade dont les réserves sont contrôlées à 85 % par Israël », précise le groupe Capmena.

L’agriculture, dévoreuse d’eau

La répartition de l’eau pose également problème, entre les besoins quotidiens de la population et ceux de l’agriculture, la ressource naturelle est devenue un véritable sujet de discorde. En Syrie « 90 % des ressources hydriques sont ainsi consacrées à l’irrigation par inondation, méthode ancienne et dépassée, qui génère des pertes de l’ordre de 50 %. C’est donc pas moins de 45 % des réserves hydriques totales du pays qui sont ainsi gaspillées », estime le Capmena.

Alors qu’en Jordanie « L’agriculture consomme les trois quart des ressources en eau jordaniennes et est responsable, pour les mêmes raisons qu’en Syrie, de près de 40 % de pertes », souligne Hugo Micheron.

Les politiques actuelles de gestion de l’eau sont adaptées au présent, mais pour le futur la Syrie et la Jordanie devront voir à plus long terme et mettre en place  de » grands projets d’assainissement s’imposent comme une solution incontournable à la pénurie d’eau dans la zone Syrie-Jordanie et comme la garantie indispensable à leur développement économique et social futur », d’après Hugo Micheron.

Amina Boumazza