Ils sont officiellement 12 000 Syriens à avoir trouvé refuge en Algérie, peut-être plus… Certains avancent le chiffre de 25 000. Ils ont fui leur pays d’origine pour échapper aux combats et être en sécurité. Alors qu’ils auraient pu facilement trouver de l’aide en Turquie ou en Jordanie, des milliers de Syriens ont préféré se rendre en Algérie.

réfugiés syriens - Syriens en Algérie, Algériens en Syrie : 150 ans d’Histoire
Des familles syriennes sont venues se réfugier au square Port-Saïd à Alger

Le choix peut-être étonnant, notamment en raison de son coût et de la distance qui sépare les deux pays. Mais il faut remonter dans le temps pour mieux comprendre cette décision…

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Les relations entre l’Algérie et la Syrie sont très anciennes et l’amitié entre les deux pays ne date pas d’aujourd’hui. Si sur le plan politique et diplomatique, leurs relations sont restées longtemps relativement cordiales, entre les deux peuples c’est une véritable Histoire qui s’est créée au fil des décennies, et même des siècles.

L’élan de solidarité des Algériens vis-à-vis des Syriens qui arrivent en ce moment à Alger n’est pas surprenant, il s’inscrit dans une longue tradition… Déjà au 12eme siècle, des Algériens sont allés combattre aux côtés des Syriens contre les croisés dans l’actuelle Palestine.

Des symboles historiques en commun

Tout au long des décennies les relations se sont renforcées, jusqu’à ce que l’une des figures historiques algériennes, vienne inscrire cette amitié dans la mémoire.

L’Emir Abdelkader, symbole de la résistance face à la colonisation française, s’installe en exil à Damas vers 1855. Il est suivi par plusieurs milliers d’Algériens qui vont constituer une communauté dans la capitale syrienne. L’Emir devient vite un symbole de l’Algérie en Syrie, un homme montré en exemple. Car il ne s’est pas contenté de partir en exil à Damas. Il a contribué le restant de ses jours à aider les syriens.

La Syrie saura s’en souvenir. C’est en effet le petit fils de l’émir Saïd Abdelkader qui lit en 1918 la déclaration d’indépendance du pays et qui devient premier ministre du roi Fayçal.

Un autre petit fils de la famille Abdelkader viendra encore renforcer le lien entre Algérie et Syrie, l’Emir Khaled. Après avoir porté les idées politiques de son grand père, l’émir est considéré comme trop dangereux par la France et est lui aussi forcé à l’exil. Celui qui sera considéré plus tard par les historiens comme un  symbole de la Nahda, part en 1926 finir ses jours à Damas.

Combattre la colonisation

La lutte commune de l’Algérie et de la Syrie contre le colonialisme qui forgera les relations entre les deux pays. Ce que la famille Abdelkader et les milliers d’algériens ont fait pour la Syrie et son indépendance, les Syriens le rendront à l’Algérie.

Des centaines de combattants partent au front pour lutter contre les Français en Algérie pendant la guerre de libération. La Syrie forme même les djounouds algériens de l’Armée de Libération Nationale.

Des noms célèbres rejoignent les Algériens dans le maquis, le plus connu d’entre eux est Nourredine Al Atassi. Il s’est battu près de la frontière algéro-tunisienne contre les colons français avant de regagner la Syrie ou il devient président en 1966.

Divergences politiques, convergences nationales

Suite au coup d’Etat d’Hafez Al Assad en 1970, le ton change avec l’Algérie. De nombreux désaccords voient le jour. Ceux qui avaient participé à la guerre de libération finissent par s’exiler en Algérie, alors que la situation politique interne en Syrie se durcit.

Les relations entre les deux pays se dégradent peu à peu, à tel point que durant la décennie noire, Damas, allié traditionnel et historique d’Alger, ne fait aucun geste pour condamner le terrorisme qui sévit en Algérie.

Cela n’a cependant pas empêché les peuples des deux pays de poursuivre leur relation historique, d’autant plus importante parce qu’elle est liée par l’Histoire.

L’arrivée des milliers de réfugiés syriens en Algérie n’est pas anodine. Beaucoup d’entre eux peuvent d’ailleurs être considérés comme ressortissants puisqu'ils disposent également de la nationalité algérienne.

Les citoyens algériens, aidés par le Croissant Rouge ont pris en charge les familles, de façon à trouver une solution d’accueil pour les plus modestes qui n’ont pas les moyens de se loger durablement.

Du côté politique un durcissement de ton apparaît. Les contrôles d’identité vis-à-vis des Syriens deviennent récurrents. Ceux venus en touristes ne peuvent théoriquement pas rester plus de 90 jours sur le territoire algérien, la date d’arrivée est donc aussi systématiquement vérifiée.

Pour l’heure, les ONG et les pouvoirs publics tentent de venir en aide à l’intégralité des familles qui refusent parfois d’intégrer des lieux d’hébergement.

Avec l’intensification de la guerre civile en Syrie, il est certain que le nombre de réfugiés augmentera considérablement.

L’Histoire des relations entre Algériens et Syriens continue de s’écrire…

Antoine Mokrane