La guerre des caricatures est lancée dans le monde. Alors que la France est vivement accusée de cultiver une certaine islamophobie, notamment après la publication des dessins du prophète Mohamed par l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Qu’en est-il dans le monde arabe ? Le respect des religions et des origines est-il rigoureux ? 

Une agence de presse iranienne met en scène un serpent américano-juif conseillé par le diable en personne de faire le film anti-islam/©Fars news agency

« L’Innocence des musulmans » a cristallisé les tensions déjà présentes entre l’occident et l’orient, et les caricatures de Charlie Hebdo, ont encore jeté un pavé dans la mare. Les musulmans ont pointé du doigt ces deux évènements symbolisant pour eux deux nouvelles preuves de l’islamophobie régnante dans le monde.

La presse arabe a vivement critiqué le film du réalisateur américano-israelien, et n’a pas oublié d’insister sur la confession de Sam Bacile. Le webzine d’opinion israélien JSS news en a donc profité pour faire une revue de presse des caricatures sur le sujet, parues dans les médias arabophones.

Le juif diabolisé

Cette compilation montre que ces journaux savent également tomber dans la satire limite offensante, envers les Américains et surtout envers les juifs, qui leur inspirent des dessins assassins. Le monde arabe, mais aussi l’Iran, ont été très productifs en termes de caricatures. L’Iran reste encore le plus imaginatif dans le domaine de la critique, comme on peut le voir sur le dessin suivant  publié par la Fars News Agency :

La  caricature représente un diable juif, symbole ultime du mal pour les musulmans. Coiffé d’un chapeau brodé d’une étoile de David, il est alors l’instigateur du film polémique de Sam Bacile.

La presse qatarie a également le crayon aiguisé, le quotidien Ar-Raya avec ce dessin  publié le 16 septembre dernier, titré « le meurtre de l’ambassadeur américain en Libye », dénonce la responsabilité juive dans la mort de Christopher Stevens. Deux mains portent aux poignées, à nouveau, l’étoile de David et tiennent un clap ensanglanté du film :

L’insistance sur la faute juive, dans les violences survenues récemment, est plus que marquée dans chacun de ces dessins. Certes le réalisateur et d’origine israélienne mais peut-on incomber à toute une communauté la responsabilité de ce film? Tout comme peut-on réduire tous les musulmans aux manifestations violentes organisées dans quelques pays ?

Bien sûr il ne faut pas faire de généralités, ces quelques dessins ne représentent pas l’opinion générale dans le monde arabe mais contre-balancent avec les caricatures offensantes pour les musulmans. Le dessin ci-dessous, publié dans le quotidien jordanien Alghad montre qu’il existe quelques exceptions :

Le dessinateur a ironisé sur sa propre communauté. Le cavalier arabe dessiné a le choix entre deux destinations pour aller au combat : « Massacre d’un peuple innocent en Syrie  » à droite, et « Film offensant », à gauche. Il choisit sûr de lui, le sabre tendu, la direction du film.

Le thème de la liberté d’expression aura dominé le débat public, les médias, et même les relations diplomatiques ce mois-ci. Jusqu’où la satire et l’humour peuvent-ils aller ? En 2012, le rire a quand même un petit goût de haine.

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui », Pierre Desproges aurait trouvé la solution ?

Amina Boumazza

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