Algérie : La nouvelle prospérité des classes moyennes !

0
329

La Chronique économique d’Hassan Haddouche

Explosion des importation de véhicules, boom du crédit immobilier, les classes moyennes algériennes, laminées au cours des années 90 par l’échec du modèle socialiste, connaissent depuis quelques années une renaissance rapide, favorisée par la croissance des dépenses publiques et les largesses récentes du budget de l’Etat.

Au cours des dernières années, la situation de Mahdi.B, la quarantaine, steward à Air Algérie a connu une amélioration spectaculaire : « mon salaire est passé en un peu plus de trois ans de moins de 40 000 dinars, à près de 100 000 dinars aujourd’hui ». Outre un train de vie plus confortable, cette augmentation de ses revenus le rend apte à postuler à l’achat d’un logement promotionnel dans un des  quartiers en pleine expansion des hauteurs d’Alger moyennant un emprunt immobilier de 5 millions de dinars auprès d’une banque publique qu’il a obtenu en quelques semaines.

Laminées tout au long des années 90, d’abord par l’échec du modèle étatique, puis par la mise en œuvre de la politique d’ajustement structurel, les classes moyennes algériennes ont été soumises à un rude processus de décomposition- recomposition. Il s’est caractérisé dans sa première phase par un rétrécissement de la sphère du secteur public marchand et par une paupérisation de la fonction publique.

Jusqu’à une date récente, il était admis  que la reconstitution progressive des classes moyennes nationales ne pourrait venir que du secteur privé. Il y a à peine 2 ans, le premier responsable d’une banque privée nous confiait : «Chez nous la rémunération moyenne  d’un cadre se situe aux alentours de 110 000 dinars. Ce sont des entreprises comme les nôtres, grâce au niveau des salaires que nous distribuons, qui contribuent  au développement des classes moyennes ». Dans son compartiment national aussi bien que dans son segment étranger, le secteur privé semblait seul capable de rompre avec l’égalitarisme traditionnel du secteur public algérien et de rémunérer la qualification professionnelle de ses cadres suivant des standards comparables aux pays voisins comme la Tunisie ou le Maroc, souvent cités en exemple dans ce domaine.

Le secteur public plus rémunérateur !

Ce pronostic semble en grande partie déjoué par les évolutions des toutes dernières années. Chargé de cours dans une grande école publique de création récente, Malek B, la cinquantaine, ne cache pas que ses revenus «dépassent  largement 150 000 dinars mensuels, compte tenu de quelques extras dans le secteur privé ».  La revalorisation substantielle des salaires dans l’enseignement supérieur, pour ne prendre que cet exemple, change la donne pour des dizaines de milliers d’enseignants. Ils accèdent à un niveau de revenu qui est désormais égal ou  supérieur dans beaucoup de cas aux salaires versés, à qualification égale, dans le secteur privé. Le mouvement amorcé  au début de la décennie écoulée en faveur des cadres supérieurs des administrations centrales s’est  élargi récemment aux effectifs,  beaucoup  plus nombreux, des cadres des secteurs publics de l’enseignement supérieur, de la santé, de la justice  voire de certaines entreprises publiques.

Une renaissance  accélérée

L’une des caractéristiques remarquables de cette résurrection récente des classes moyennes nationales est sa rapidité. Un  sous-directeur  au ministère des PTT  souligne que son salaire qui était encore voisin de 45 000 dinars en 2009 atteint aujourd’hui, primes comprises, le niveau respectable de 120 000 dinars. Le mouvement de revalorisation du statut  et des rémunérations des cadres du secteur public est un phénomène récent dont la genèse politique n’a pas encore  fait l’objet d’une analyse approfondie. On peut dater son démarrage entre 2007 et 2008. On peut aussi affirmer que l’instrument essentiel de cette renaissance des classes moyennes algériennes est le budget de l’Etat. Ce dernier a amorcé, à partir de 2008 une évolution qui a fait doubler le montant des dépenses de fonctionnement de l’Etat. Elles sont passées de 2500 milliards de dinars en 2008 à près de 5000 milliards de dinars en 2012, soit l’équivalent  de la coquette somme  d’environ 65 milliards de dollars.

Cette dépendance à l’égard des recettes de l’Etat constitue bien sûr également un facteur de fragilité. La démarche mise en œuvre par les pouvoirs publics au cours des dernières années risque en effet  de rencontrer rapidement un problème de soutenabilité. Le niveau de dépense atteint à l’occasion de la LFC 2012 suppose  déjà selon le calcul d’un expert auprès du FCE  un baril de pétrole à 120 dollars ce qui fait peser des doutes sérieux sur la possibilité de le maintenir à long terme.

Une solvabilité renforcée et….

Pour l’heure, force est de constater que le statut social de beaucoup de cadres algériens a connu au cours des dernières années des transformations remarquables. Elles se manifestent non seulement par un meilleur niveau de rémunération, qui a eu, entre autres conséquences, une explosion des importations d’automobiles, mais également par une solvabilité renforcée auprès du système financier. La modicité du crédit aux particuliers était jusqu’à une date récente un des aspects les plus frappants de la faiblesse des performances du secteur bancaire algérien. Une situation d’autant plus anormale que les dépôts des ménages algériens auprès des banques publiques et privées sont en plein boom au cours des dernières années. Dans le sillage des importantes augmentations de salaires obtenues au cours des dernières années  , ils sont même en train de battre des records.  Au cours  de l’année 2011, ils ont représenté près de 40% des dépôts bancaires dépassant pour la première fois les dépôts effectués par Sonatrach. Les ménages algériens n’ont jamais été aussi “riches” et selon la Banque d’Algérie  la valeur totale de leurs avoirs auprès du secteur bancaire dépasse désormais le montant de 1 800 milliards de dinars, soit près de 25 milliards de dollars.

…un  boom des crédits immobiliers

C’est cette solvabilité et cette confiance retrouvée qui sont à l’origine notamment d’un boom du crédit immobilier auquel sont associés, dans la période la plus récente, l’ensemble des établissements financiers, banques privées comprises. Depuis près de 2 ans, les autorités algériennes ont multiplié les initiatives destinées à le faire décoller. Les résultats semblent au rendez-vous. En 2011 et 2012, les crédits immobiliers se sont accrus  en moyenne  de près de 25% par an. Pour la seule année 2011, le montant des crédits immobiliers accordés par le secteur bancaire est  proche de 70 milliards de dinars  de DA. Il pourrait dépasser 90 milliards en 2012. Illustration supplémentaire de ce confort financier  retrouvé des classe moyennes nationales ,  le montant moyen des prêts est en augmentation sensible : un peu plus de 1,7 millions de dinars à la CNEP  et près de 3 millions de dinars chez SGA.