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Au niveau politique, la situation n’est pas meilleure. La coloration régionaliste a, depuis l’indépendance, obscurci la scène politique et le «Pouvoir» n’a jamais su comment refléter la diversité des différentes régions et cultures en Algérie. Selon les opposants, tout a été fait pour renforcer les disparités régionales afin d’étouffer la contestation démocratique. 

Un Président et neuf ministres originaires de la même wilaya

Le régionalisme et la politique, voilà une équation diabolique qui explique à elle seule la complexité du  système de gouvernance en Algérie. Un système politique dont le visage change en fonction de la domination d’un clan précis au détriment des autres composantes de la société. Des clans qui se définissent souvent selon leur appartenance régionale. Ainsi, on a dénoncé juste après l’indépendance le « clan d’Oujda ». Des années plus tard, on a parlé du clan des généraux chaouis.

D’autres pointent du doigt le lobby kabyle. Et leurs détracteurs accusent le lobby tlemcenien. Ce dernier a nourri ces dernières années les frustrations qui cristallisent le mécontentement des Algériens. Et pour cause, après son accession à la fonction suprême, Abdelaziz Bouteflika, originaire de Tlemcen, a mis en place un gouvernement dont près de la moitié des ministres, neuf plus exactement, sont issus de la même région, à savoir Tlemcen. Bouteflika s’est entouré également de plusieurs conseillers, de hauts responsables civils et militaires,  qui auraient été nommés en raison de leurs origines tlemceniennes, ont dénoncé des opposants. Pour que la polémique commence à s’estomper, il aura fallu attendre le remaniement ministériel et le départ de certains ministres impopulaires, et originaires aussi de l’ouest du pays,  à l’image de Djamel Ould Abbès, ex ministre de la Santé, et le sulfureux Chakib Khalil, ex ministre de l’Energie et des Mines.

Le vote régionaliste

Cependant, force est de constater qu’en Algérie, le régionalisme n’est pas propre uniquement aux autorités. Dans ses travaux sur les expériences électorales en Algérie, le sociologue Nacer Djabi a relevé l’impact de l’aspect de régionalisme dans le vote. Selon lui, le régionalisme joue encore un grand rôle dans le processus électoral dans notre pays. A titre d’exemple, le sociologue cite l’expérience  de l’ex-président de la République, Liamine Zeroual, qui a eu plus de voix dans la région de l’Est d’où il est originaire. Ce postulat s’est vérifié également avec l’ancien président du RCD, Saïd Saïdi qui a eu plus de voix en Kabylie où il est né et a grandi. Partant de ce constat, Nacer Djabi considère que la vie politique en Algérie reste dominée par l’aspect de l’appartenance et le régionalisme. Et ce sont les citoyens d’abord qui alimentent ce régionalisme comme l’a fait remarquer Nacer Djabi.

Mais ce régionalisme arrange bien les affaires du régime, relève de son côté le parti de l’opposition le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). Ce dernier a préparé en juillet dernier une plateforme pour remédier au régionalisme qui mène «l’Algérie  dans une impasse institutionnelle ». Pour le RCD, « le pouvoir central encourage le régionalisme pour contrôler la société ». Le remède est dans  « la régionalisation »  qui conduira à une meilleure organisation territoriale. Il s’agit du  « projet d’un Etat régionalisé. Un modèle qui revêt une importance croissante et émerge de plus en plus dans les pays démocratisés », a expliqué le RCD dans sa plateforme citant les cas de l’Espagne et de l’Italie.  Mais un tel projet pourra-t-il réellement voir le jour en Algérie ? Pour cela, il faudra au préalable aborder  « le problème de manière sereine et sans pensée négative »,  observe, dans une analyse publiée à ce sujet, Abed Charef, journaliste et fin observateur de la vie politique algérienne.

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