Les joies de l’Indépendance n’ont pas étouffé ce scandale. Et de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ces «faussaires de l’Histoire». Les faux Moudjahidine, ces personnes qui n’ont jamais contribué à la libération du pays mais qui bénéficient tout de même de tous les avantages inhérents à ce statut,  ont défrayé à maintes reprises la chronique. En 2008, un député du parti de l’opposition, le RCD, Nouredine Ait Hamouda, a jeté un véritable pavé dans la marre en annonçant que les faux Moudjahidine seraient au moins 20000.

Tous ces faussaires touchent le plus normalement du monde des pensions qui font rêver les Algériens. Selon Nouredine Ait Hamouda, l’Etat est complice dans ce mensonge et cette manipulation car il entretiendrait savamment ce «clientélisme» pour s’assurer un soutien populaire. Nouredine Ait Hamouda, fils du colonel Amirouche, un véritable héros de la guerre d’Indépendance, est allé jusqu’à mettre en cause «le chiffre d’un million et demi de morts durant la guerre d’Indépendance». «Un chiffre qui n’est pas crédible», a accusé l’ex député de l’opposition lequel n’a pas manqué de s’attirer les foudres de la «famille révolutionnaire». Ces derniers ont même exigé sa déchéance du mandat parlementaire pour avoir diffamé des Moudjahidine. Mais la polémique ne s’est pas arrêtée car même le ministre des Moudjahidine, Chérif Abbas, a reconnu récemment que son département a suspendu pas moins de 12 000 dossiers de faux moudjahidines ! Un chiffre qui se rapproche de celui avancé par le député Nouredine Ait Hamouda.

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Mais ces statistiques sont loin de correspondre à la réalité. Preuve en est, le président de l’association des grands invalides de guerre de Libération nationale, Mohamed Bouhafsi estime, lui, à près de 85 000 les dossiers de demande de reconnaissance de la qualité de moudjahid qui sont bloqués depuis des années au niveau de la commission ministérielle du ministère des Moudjahidine ! Ce chiffre effarant ne surprend pas Benyoucef Mellouk. C’est par cet ancien chef de service du contentieux au ministère de la Justice que le scandale est arrivé en 1992.  En effet, Benyoucef Mellouk a dévoilé des preuves de l’existence de magistrats faussaires : 132 dossiers de magistrats faussaires et de faux Moudjahidine,  ainsi que 328 noms de personnes dont les dossiers avaient disparu. Mais depuis ces révélations, la vie Benyoucef Mellouk s’est transformée en cauchemar et lui et sa famille ont subi des pressions inqualifiables. Licencié, puis emprisonné, cet homme de 68 ans continue, aujourd’hui même, à subir des menaces et des intimidations. Sa volonté de mener jusqu’au bout son combat ne plait à certains décideurs qui tentent d’empêcher par tous les moyens que la lumière soit faite sur le dossier des «faux moudjahidine».

Les poursuites judiciaires durent maintenant depuis 18 ans et opposent Benyoucef Mellouk à deux anciens ministres, à savoir Mohamed Djeraba, ancien ministre des Moudjahidine, et Mohamed-Salah Mohamedi, ancien ministre de l’Intérieur. “Les historiques de la Révolution et les moudjahidine authentiques connaissent le dossier. Il faut qu’ils se prononcent tant qu’ils sont vivants”, avait récemment affirmé l’inépuisable sexagénaire qui ne baisse pas les bras, malgré toutes les intimidations, et espère toujours faire aboutir ce scandale